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MICHAEL MONROE (12/01/26)

Figure majeure du rock finlandais et international depuis le début des années 1980, Michael Monroe s’est imposé comme l’un des visages les plus emblématiques du glam et du punk rock européens. Chanteur, multi-instrumentiste et performeur reconnu pour son énergie scénique, il accède à une notoriété internationale avec Hanoi Rocks, formation phare de la scène hard rock finlandaise. Le groupe marque durablement son époque avant le décès du batteur Razzle en 1984, événement qui met un coup d’arrêt brutal à son ascension.

Après la séparation de Hanoi Rocks, Michael Monroe poursuit une carrière solo soutenue et multiplie les projets, notamment avec Demolition 23 et Jerusalem Slim, tout en collaborant avec plusieurs figures du rock international. Plus de quarante ans après ses débuts, il demeure une personnalité influente du milieu, reconnue pour sa constance artistique et son engagement scénique.

À l’occasion de la sortie de son nouvel album Outerstellar, prévue le 20 février prochain, Michael Monroe revient sur son parcours, son actualité et sa vision d’un rock qu’il continue de défendre avec la même intensité.

Lorsque tu as joué tes premiers concerts au Tavastia (club mythique de Helsinki), la connexion avec le public semblait immédiate et particulièrement intense. Quels souvenirs gardes-tu de ces débuts sur scène, et comment perçois-tu aujourd’hui cette période fondatrice après plusieurs décennies de carrière ?

Michael Monroe : Je ressens exactement la même excitation qu’avant. Quand je monte sur scène, c’est comme partir à la guerre. À chaque concert, tu essaies de faire mieux que le précédent, et ça garde la faim intacte. Je veux toujours m’améliorer et continuer à donner le meilleur de moi-même. Cette énergie, ce lien avec le public, c’est ce qui rend chaque show unique. Même aujourd’hui, après toutes ces années, l’adrénaline et l’intensité restent les mêmes.

Ton état d’esprit a‑t‑il changé avec le temps, es-tu toujours animé par la même énergie qu’au début ?

Michael Monroe : Je suis toujours motivé par le même état d’esprit. J’ai toujours faim, toujours envie de rock. Je me considère comme un vrai rocker, et je sais que j’ai encore beaucoup à donner. Ce que je fais, je l’aime profondément, et j’ai eu la chance de construire ma vie autour de cette passion. Chaque jour où tu es en bonne santé est un jour réussi. La vie est belle, et je n’ai aucune raison de m’arrêter. Je ne vais pas me recroqueviller et disparaître. Je fais ça parce que j’adore ça. Le rock n’roll est dans mon cœur, et je n’en aurai jamais assez.

Qu’est-ce qui te donnes encore envie d’écrire, de tourner, de remonter sur scène encore et encore ?

Michael Monroe : Parce que j’adore ça, tout simplement. Faire ce que je fais et pouvoir en vivre, c’est tout ce que j’ai toujours voulu. La vie est belle. Chaque jour où tu es en bonne santé est un bon jour. Je me sens vraiment chanceux. Et ce que je fais, je vais continuer à le faire. Je suis un rocker dans l’âme. J’aime le rock, et je n’en aurai jamais assez.


À propos d’Outerstellar, tu disais que la technologie était censée rapprocher les gens mais qu’elle les a finalement éloignés. C’est bien cela ?

Michael Monroe : Ce commentaire concerne surtout le deuxième single, “Disconnected”. Cette chanson parle d’Internet, censé rapprocher les gens, mais qui les rend en réalité plus séparés et isolés. Les gens passent tout leur temps à regarder leurs téléphones ou leurs écrans d’ordinateur. Ce n’est pas ce à quoi on s’attendrait. “Ain’t no heart, ain’t no love. Ain’t no heart in a static cage, ain’t no soul on the empty stage. On pourrait penser qu’Internet rapproche, mais en fait, il éloigne et rend les gens plus étrangers les uns aux autres.

Beaucoup croient tout ce qu’ils lisent en ligne. Tout le monde devient expert du jour au lendemain, et il y a souvent plus d’experts que de vérités. Les choses négatives sont aussi faciles à remarquer : dès qu’une célébrité fait quelque chose, hop, tout le monde en parle. Et les gens croient facilement des mensonges simplement parce qu’ils les ont lus sur Internet ou dans les journaux. On peut littéralement imprimer n’importe quoi.

C’est pour ça que j’essaie toujours de m’en tenir à la vérité. La vie est déjà assez compliquée comme ça, et inventer des histoires ne fait qu’ajouter à la confusion. Dans mes paroles, je veux poser des questions, peut-être proposer quelque chose de constructif. Sans être trop politique, j’exprime des émotions et des sentiments. “Disconnected” parle de ce phénomène : les gens deviennent plus éloignés les uns des autres, au lieu de se rapprocher grâce à Internet. Ce n’est pas forcément une bonne chose.


Cet accès sans limite peut aussi avoir des bons côtés non ?

Michael Monroe : Oui, l’accès à Internet et à toute cette information peut être génial. Mais il y a aussi un côté plus sombre. Parler directement aux gens a quelque chose de particulier. Quand tu échanges en personne, tu obtiens une réponse immédiate. Avec un e-mail, tu dois attendre. C’est nécessaire, mais l’échange direct reste plus humain.

Et ce qu’un ordinateur ne peut pas recréer, c’est la connexion entre le public et le groupe pendant un concert. C’est là que la magie opère. Ces moments où tu réagis avec l’audience sont uniques et impossibles à reproduire autrement.

Heureusement, l’Internet ne peut pas nous enlever ça. Le live restera toujours là, et c’est pour ça que j’ai toujours été un performeur live passionné. Faire des disques et transmettre un message sur un album est différent, mais je pense avoir bien réussi, surtout avec ce nouvel album.


Tu as travaillé pour la première fois avec Dave Draper sur ce disque. Que peux-tu en dire ?

Michael Monroe : C’est la première fois que je travaille sur un disque avec lui, et c’est vraiment une super découverte. On va continuer à faire des projets ensemble à partir de maintenant. C’est mon homme. Il a fait un travail exceptionnel et c’est définitivement une personne géniale.

Je pense que cet album sonne mieux que n’importe lequel des cinq précédents que nous avons réalisés avec le groupe. C’est probablement le meilleur son que nous ayons eu sur tous nos disques jusqu’à présent. Je suis donc vraiment très content de celui-ci.

Le live semble essentiel pour toi.

Michael Monroe : Complètement. L’ordinateur ne pourra jamais recréer l’interaction entre un groupe et le public en live. Ce moment précis, dans l’instant, où tu réagis à l’énergie du public et inversement. C’est là que la magie opère.

Est‑ce frustrant d’avoir tous ces téléphones devant toi quand tu es sur scène ?

Michael Monroe : Ouais, un peu. On parle de connexion et de technologie. J’ai remarqué beaucoup de gens avec leurs téléphones, qui filment chaque instant du show. Avant, tu pouvais essayer une nouvelle chanson en live, sentir comment elle passait, voir la réaction du public. Aujourd’hui, tu ne peux plus vraiment faire ça, parce que tout est sur Internet en une heure. La première impression, celle du moment, tu ne la retrouves jamais. Tu ne peux plus tester de nouvelles chansons comme avant à cause d’Internet.

Les gens filment tout le temps. J’aimerais parfois qu’ils regardent le show plutôt que de filmer, mais c’est leur choix. Pour moi, si je regardais un concert uniquement à travers un écran, j’aurais l’impression de l’avoir raté. Tu rates toute l’expérience. Mais chacun est libre de faire ce qu’il veut.

“Rocking Horse ” sonne comme une provocation, comme une déclaration affirmant : “Je suis qui je suis, c’est à prendre ou à laisser ! “. Était‑il important de rendre cela clair ? Et à qui s’adresse cette chanson ?

Michael Monroe : Eh bien, je parle en fait à tout le monde. Avec “Rocking Horse”, je parle de moi-même et de mon point de vue. La chanson évoque aussi toutes ces personnes qui copient les autres ou qui se prennent pour supérieures. “Get off your high horse. Personne n’est au-dessus de quelqu’un d’autre. On est tous égaux, chacun avec nos différences.


Parmi les douze chansons de l’album, y en a‑t‑il une qui capture le mieux ton état d’esprit aujourd’hui, pas musicalement mais émotionnellement ?

Michael Monroe : Chaque chanson exprime une émotion ou un aspect de ma personnalité. Mais mes préférées sont “One More Sunrise” et “Rocking Horse”, avec une petite préférence pour “One More Sunrise”. Elle est très différente des autres, et c’est la plus longue chanson que j’ai jamais faite. On a simplement continué à écrire, sans se limiter à trois minutes. Avec tout le groupe dans la même pièce, on a commencé à zéro et ajouté des parties au fur et à mesure, en laissant la créativité guider le processus.

Cet album a mis quatre ans à se construire. Depuis la sortie de I Live Too Fast to Die Young! en 2022, nous avons travaillé sur des démos avec notre guitariste. C’est de là que sont venues des chansons comme “Road To Ruin”, “Shinola” et “Precious”. Au départ, ce n’étaient que des démos, mais en les réécoutant, nous avons réalisé qu’elles fonctionnaient très bien et nous les avons incluses dans l’album.

“Push Me Back”, elle, venait des sessions de l’album One Man Gang en 2019. Elle n’avait trouvé sa place dans aucun des albums précédents, mais elle s’est parfaitement intégrée ici. Quant à “Rockin’ Horse” et “One More Sunrise”, elles ont été écrites ensemble avec le groupe. Pour la première fois depuis 2013, nous étions tous dans la même pièce pour créer des chansons de zéro, après plusieurs années de travail à distance, notamment à cause de la période COVID.

Être tous ensemble a permis de créer “Rockin’ Horse” et “One More Sunrise”, des chansons de plus de sept minutes. J’adore ça, parce que ça brise les codes et sort des formats classiques. J’aime créer quelque chose de différent, inattendu. C’est pour ça que “One More Sunrise” est l’une de mes chansons préférées.

Tu peux développer un peu plus sur l’histoire de “Black Cadillac” ? Qui est ce personnage ?

Michael Monroe : Ouais, cette chanson parle d’un pote – un junkie qui vivait dans le coffre d’une Cadillac, dans un parking. C’était Johnny Thunders, le guitariste des New York Dolls, un mec que je connaissais bien. Il avait, évidemment, un problème avec l’héroïne. Mais à un moment, à New York, il vivait vraiment à l’arrière de cette Cadillac dans un parking. Il arrivait souvent que quelqu’un frappe à la vitre, et une fille apparaissait, tu vois ? Je lui demandais : “Johnny est‑il là ?” et la nana disait : “Laisse‑moi voir s’il est dedans. (Rires)

C’est de ça que parle la chanson. C’est une histoire différente, une autre perspective. Ce genre de trucs m’intéresse : des histoires humaines, pas juste des paroles, mais quelque chose de vécu, de réel.

Et “Painless”, qu’est‑ce que cette chanson raconte ?

Michael Monroe : “Painless” parle de ce que c’est d’être signé sur un label, avec un gros contrat mondial pour plusieurs albums – genre sept albums étalés sur dix ans de ta vie. Ensuite, tu attends que quelque chose se passe… et rien ne se passe. Alors tu prends un petit quelque chose pour passer le temps, puis un autre truc pour engourdir le vide… mais toujours rien. Et tu te dis : “Mec, j’ai vendu ma vie et ça ne mène à rien.” À la fin, tu finis par t’en foutre. La dernière ligne résume tout : “Wasted away, sleeping through the day, they don’t get up anymore“.

Ça vient de mon expérience avec Polygram Records au début des années 90. J’ai fini par leur devoir presque un million de dollars parce que le projet avec le guitariste prenait trop de temps en studio, et je devais encore livrer l’album au label. J’ai dû me libérer du contrat pour ne rien perdre de ce deal, mais ça a pris un an avant qu’ils me lâchent. Ils avaient dépensé ce million-là, et ensuite j’étais libre, sans contrat mais sans dette non plus. C’est à ce moment-là que j’ai enregistré l’album Demolition 23.

Quand Outerstellar a été fini, as-tu ressenti un soulagement ?

Michael Monroe : C’est un projet qui a duré trois, quatre ans, donc c’était un processus sans fin. On ajustait encore la pochette récemment, je l’ai approuvée juste avant Noël. Il n’y a pas eu de vrai point de départ ou de fin clairs. Mais maintenant, c’est fini parce qu’on ne peut pas changer le contenu ou la pochette approuvée. Alors maintenant c’est fini, prêt à être mis dans le monde.


Qu’est‑ce qui fait un grand show pour toi ? Est‑ce la technique, la connexion ou même le chaos ?

Michael Monroe : Ce n’est pas une question de technique. C’est l’énergie, le feeling et la connexion avec le public. Le public a une énorme influence : tu te nourris de son ambiance, et nous donnons toujours 200 %, on se donne entièrement. C’est toujours l’une des meilleures sensations que l’on puisse vivre.

Pour moi, c’est comme le sentiment après un super concert, le “high” que tu ressens après un bon gig. Avec ce groupe, chaque concert est exceptionnel : génial, brillant ou fantastique. On ne se sent pas toujours au top après un show, mais il y a ce moment sacré où tu te dis : “Ouais, c’était bien. On l’a fait.

On improvise aussi ; ce n’est pas simplement jouer du début à la fin. Même avec la même setlist, on modifie certaines choses, on joue au feeling. Et c’est ce qui fait qu’on se sente bien après un show. Les gens repartent avec de bonnes vibes, et moi aussi.

Les gens viennent à un concert. Même ceux qui ne connaissent pas le rock viennent avec un ami et finissent par dire : “Whoa, c’était vraiment cool.” L’ambiance vient de la scène, on transmet ces bonnes vibes. C’est comme ça que ça fonctionne.

Est ce que tu adaptes tes concerts ou ton attitude selon le pays ou le type de salle ?

Michael Monroe : Non. Je jouerais même sur ta table de cuisine. Je fais toujours les choses à 200 %. Je fais un super show n’importe où. Que ce soit deux personnes, 200 personnes, 200 000 personnes ou deux millions, je donne tout.

As-tu de bons souvenirs de la France ?

Michael Monroe : Oui, bien sûr. Je parlais avec quelqu’un plus tôt aujourd’hui, et on évoquait le fait que j’ai joué trois fois en live en France. Il y a eu le Hellfest, évidemment : public incroyable, ambiance fantastique. Alice Cooper avait joué la veille, et cet été-là, on assurait aussi sa première partie. C’était génial.

On y avait déjà joué deux fois auparavant, et également deux fois à Paris avec Hanoi Rocks, lorsque le groupe s’était reformé dans les années 2000. Mais ça a toujours été une super expérience. J’ai toujours eu envie de jouer en France. J’aime beaucoup être là-bas, d’autant plus que j’ai étudié le français à l’école pendant cinq ans.

Est-ce que je parle bien français ? Non, pas vraiment. Si j’y avais vécu un certain temps, je l’aurais sûrement appris correctement, parce que j’en connais les bases. Mais je ne peux pas dire que je le parle couramment. Cela dit, je l’ai étudié à l’école et j’ai toujours été intéressé par la langue, donc je suis vraiment enthousiaste à l’idée d’y jouer.

Qu’est‑ce qui te frustre le plus dans la manière dont on parle du rock aujourd’hui ?

Michael Monroe : Peut-être simplement que la musique n’a plus vraiment sa place dans l’industrie musicale. Il y a trop de business, trop de mise en avant des tendances, trop de gens qui cherchent à imposer des choses et à copier les autres. Ça finit par devenir uniquement une affaire de dollars et d’effets de mode.

Les genres, par exemple… Je pense qu’ils ont leur utilité, comme le grunge ou le heavy metal ou d’autres catégories. Mais le rock, c’est avant tout de la bonne musique, point final. Il devrait y avoir de la mélodie, et les mots sont des outils au service d’une action positive. À mes yeux, la musique et les paroles ont exactement la même importance.

J’ai besoin d’avoir quelque chose à exprimer et du fond dans mes textes pour pouvoir les chanter avec sincérité. Et pour moi, c’est frustrant, parce que l’industrie détruit le processus créatif. Elle étouffe la musique et l’imagination, car tout le monde pense à l’argent et à en gagner rapidement.

Et puis, pour les genres… Prenons les années 80 ou 90, par exemple, avec le grunge : un groupe exceptionnel comme Nirvana arrive et vend des millions d’albums. Alors les maisons de disques se disent : “Voilà la formule“. Ensuite, des centaines de millions de groupes essaient de sonner comme Nirvana, sans jamais atteindre leur niveau, mais toujours des millions qui se ressemblent sans égaler l’original.

Donc c’est un peu la décadence du rock n’roll. La musique se dégrade, tu vois, à mon sens. Et à la fin, tout le monde finit par sonner pareil. C’est lassant. Alors oui, je pense que toutes ces catégories sont superflues. Et puis l’industrie abîme le processus créatif et la bonne musique, parce que chacun croit que le business doit passer avant tout.

Notre média s’appelle RockUrLife. Qu’est‑ce qui rock ta vie ces jours‑ci sur scène ou en dehors ?

Michael Monroe : Qu’est‑ce qui rock ma vie ? Le rock, par exemple; Outerstellar; la musique. Donc j’ai tout ce qu’il me faut.


Site web : michaelmonroe.com

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