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METALDAYS (03/04/19)

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Le festival Metaldays (ex-Metalcamp) est l’un des plus dingues qu’il soit au monde ! On en apprend davantage encore avec Boban Milunovic, l’un des organisateurs du festival qui a lieu en Slovénie.

Enchanté Boban, comment vas-tu ?

Boban Milunovic : Je vais bien merci.

2019 marque la 7ème édition du Metaldays. A quatre mois du festival, comment te sens-tu ?

Boban : Je me sens bien. Les ventes se portent bien et si on continue sur notre lancée, d’ici la fin mai, on sera sold out. Ce sera alors le sold out le plus rapide depuis que le festival existe. Ca veut tout simplement dire qu’on a fait du bon boulot l’an dernier.

L’affiche 2019.


Alors qu’est-ce qui rend votre festival si unique ?

Boban : On aime à penser que nous sommes des pionniers en la matière, à proposer l’expérience de vacances et de festival, en même temps. Ce n’est pas qu’un simple festival. Tu peux y faire beaucoup de choses à part la musique. Il y a de plus en plus de festivals qui essaient de faire pareil. Comme le 70,000 Tons Of Metal par exemple. Ils ont lancé ça bien après nous, mais l’approche est effectivement différente. C’est ce qui nous démarque des autres festivals.

Le format et la capacité d’accueil n’ont pas vraiment changé. A l’image du festival Alcatraz en Belgique, les affiches sont belles et la jauge assez restreinte. Est-ce une réelle envie de votre part de garder le festival ainsi ou d’autres éléments ne vous permettent pas de faire plus ?

Boban : On ne peut faire plus sur le site actuel. Nous sommes déjà au maximum de nos capacités. Même si on le souhait, ce serait impossible. Cependant ce n’est pas vraiment quelque chose que nous souhaitons. Même si nous disposions de plus d’espace, on le ferait pas plus grand. On y perdrait beaucoup. L’expérience ne serait plus la même. Si c’était un festival comme un autre, tu peux te permettre de ne pas te doucher quelques jours et de dormir quelques heures la nuit. Mais aux Metaldays, tu y viens pour plus d’un week-end généralement. On se doit de proposer des services et des installations de qualité aux festivaliers. En s’agrandissant, ce serait chose impossible.

Vous mettez également en avant les jeunes groupes, ou groupes amateurs au travers des New Forces. Peu de festivals jouent le jeu comme vous. Quelle est votre motivation ici ?

Boban : On estime qu’il faut prendre soin de l’avenir du metal, de la jeunesse du metal. Si tu aimes ce que tu fais, alors il faut aussi penser à l’avenir non ? C’est le concept avec les New Forces. D’ailleurs, dès l’édition 2020, on va changer la formule. On aura un festival dédié qui s’appellera New Metal Festival, et qui sera collé aux Metaldays, le samedi et dimanche. L’idée, c’est de permettre à ces groupes de jouer sur une scène plus grande encore, d’apprendre comment ça fonctionne au niveau au-dessus. Il y aura une grosse tête d’affiche par jour, histoire d’attirer les fans. C’est en jouant sur de grandes scènes qu’on apprend.

Vous avez également lancé Winter Days Of Metal. D’où vous est venu l’idée ?

Boban : Il n’y avait aucun festival en hiver. On a commencé en 2010, mais ça s’appelait encore Wintercamp. Il n’a duré qu’un an. Par la suite, on s’est dit de relancer la chose et depuis tout se passe bien. Nous avons même atteint l’équilibre cette année, donc cela nous aidera pour les éditions futures.

T’attendais-tu à un tel succès ?

Boban : A vrai dire, non. J’étais très surpris ! (rires)


Penses-tu que les fans recherchent de nouvelles expériences de ce type ? A l’image aussi de toutes les croisières.

Boban : Je le pense, oui. Faisons un parallèle. Tu es à Paris et tu souhaites manger. Tu peux aller au fast food ou trouver n’importe quel type de restaurant. C’est pareil avec les festivals. Tu peux choisir ce qui te convient ou non. Tu peux aller à un festival à plusieurs centaines de milliers de personnes pour un weekend, t’éclater la gueule ou alors, tu peux venir aux Metaldays et vivre quelque chose de différent.

Ces gros fests ne pourront jamais proposer la même chose que nous. C’est pourquoi Metaldays ne s’agrandira pas. Je pense d’ailleurs qu’il y aura davantage de festivals comme nous, à l’avenir, mais ceux-ci resteront relativement petits.

Regarde, le 70,000 Tons Of Metal ça doit faire trois mille personnes. C’est très difficile à comparer au Hellfest par exemple.

Le mode de consommation de la musique a changé. Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient. En dix ans, beaucoup de choses ont changé. Les festivaliers attendent de nouvelles choses, ils sont d’ailleurs plus critiques. A l’image de ton premier smartphone et de celui que tu as aujourd’hui. Tes attentes sont différentes et c’est pareil avec les festivals.

Vous organisez trois festivals sur le même lieu. Comment gérez-vous l’impact environnemental sur le site ? C’est un sujet qui vous tient beaucoup à coeur d’ailleurs.

Boban : Voila un autre sujet où nous sommes convaincus d’être des pionniers également. Notre programme a débuté en 2008. C’était la première fois que nous proposions des packs tentes biodégradables et une contribution pour la gestion des déchets. Tout le monde était vraiment furieux d’ailleurs. Aujourd’hui, c’est devenue une mode, et tous les festivals travaillent sur ces points-là. Nous n’avions pas fait ça pour le coup de pub, nous l’avons fait car c’est une idée qui a du sens.

On essaie de laisser le minimum de traces possible quant à notre passage sur le site. On utilise des matériaux biodégradables, on fait du tri. D’année en année, on réduit le nombre de toilettes chimiques et on en installe des vraies. Je suis d’ailleurs d’avis à dire que le site est plus clean, une fois le festival terminé, qu’à notre arrivée. Personne n’en prend soin le reste de l’année.

Vous louez les terrains ?

Boban : Oui, il y a vingt-sept propriétaires différents. Seule une petite partie appartient à la municipalité, donc c’est parfois compliqué. (rires)

Et quelle image dégage le festival localement et nationalement ?

Boban : Une très bonne image ! Notre entreprise est celle qui ramène le plus de touristes dans le pays, en tant qu’entreprise privée. Tolmin est une petite ville et une majorité des revenus proviennent du tourisme. C’est vraiment vital pour eux.

Tu as également un quatrième festival, qui se déroule maintenant à Ljubljana, dans un château. Peux-tu nous en dire davantage ?

Boban : On avait un festival qui s’appelait MotorCity, situé toujours à Tolmin. Autant l’idée de base était chouette, mais ça n’a pas bien fonctionné. (rires) Les motards ne sont pas vraiment tous fans de blues. Je pense avoir vu trop de films américains. (rires) Alors que les fans présents, eux venaient vraiment pour la musique et ceux qui n’étaient pas là, ne venaient pas en raison des motos.

On a décidé d’arrêter ça et de ne garder que la partie qui marchait. Le nom a changé et nous avons décidé de bouger le festival sur Ljubljana car c’est une destination très en vogue en ce moment, en Europe. La ville est très charmante. Evidemment, nous ne voulions pas faire les choses à moitié et avions l’idée du château en tête, dès le départ. On en a discuté et à l’aide de notre bonne réputation, ils ont accepté d’accueillir le festival dans cette si belle enceinte.

As-tu le temps et l’occasion de visiter d’autres festivals ? T’arrive-t-il d’y piquer quelques idées pour le Metaldays ?

Boban : Je fais ça assez régulièrement oui. Cette année, je commence avec le Holland International Blues Festival. J’apprécie particulièrement les petits fests qui sortent du lot. Ils sont souvent assez récents et petits. Je ne vais rien apprendre en allant au Hellfest ou au Wacken. Je ne peux rien leur piquer car leurs problématiques sont d’une toute autre envergure.

A ton avis, sur quels points le Metaldays peut encore s’améliorer ?

Boban : De toute évidence, toute la partie consacrée à l’écologie. Il y a tant de choses à faire encore. Nous avons d’ailleurs un plan quinquennal à ce sujet.

Cette année, nous interdisons les générateurs alimentés au fuel mais nous proposons aux festivaliers de louer des générateurs électriques. L’an prochain, nous allons mettre en place un système pour encourager le co-voiturage. Si vous êtes quatre dans une seule voiture, on vous offre une place de parking. D’ici 2023, on espère se débarrasser des toilettes chimiques. Enfin comme tu vois, il y a plein de choses !

En ce qui concerne la musique, on ne peut pas faire plus. Outre le festival pour les jeunes groupes déjà évoqué, on ne pourra jamais accueillir Iron Maiden ou Rammstein, même si financièrement nous en avions les capacités. Les productions qui sont les leurs ne peuvent prendre place sur notre scène principale.


Avec cinq jours de festival, quelle quantité de bières vendez-vous ?

Boban : Wow. On vends cent mille fûts. Sachant qu’un seul représente cinquante litres de bière. Faites le calcul. (rires)

Si tu avais la possibilité de booker le groupe de tes rêves, quel groupe choisirais-tu ? Sans évoquer le budget évidemment.

Boban : En étant présomptueux, je te dirais AC/DC. (rires) Mais ça n’aurait rien à voir avec le budget. Il faudrait démolir la moitié de la ville pour les accueillir. (rires)

Tool pourrait le faire aussi ! C’est l’un de mes groupes préférés, même s’ils paraissent trop gros pour nous. Mais je suis certain qu’avec le bon budget, ils accepteraient de venir jouer à Tolmin, tout en réduisant leur production.

Les groupes comme Rammstein ont vint-cinq semi remorques. Ici, on peut en garer à peine trois. (rires)

Et y a-t-il un groupe que tu souhaites désespérément signer ? Mais avec qui ça coince pour x raisons.

Boban : Oui, ah oui ! Ca fait des années que j’essaie de faire Gojira mais ils nous ignorent complètement.

Oh !

Boban : (rires) Je suis certain que c’est leur agent et non le groupe en lui-même en fait.

Nous, fan de metal, pourquoi devrions-nous tenter l’expérience Metaldays ?

Boban : Principalement car ce qu’offre les Metaldays ne se trouvent nulle part ailleurs. Cette association entre vacances et musique est unique. De plus, la Slovénie est un si beau pays. Il y a tellement de choses à voir, avant ou après le festival. On a surtout un meilleur vin que vous. (rires)

Enfin, nous sommes “RockUrLife” donc qu’est-ce qui te rock Boban ?

Boban : Ma vie. Elle vit au rythme du Metaldays tous les jours ! (rires)

Site web : metaldays.net

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