Interviews

MASS HYSTERIA (07/10/15)

Pour la sortie de leur excellent nouvel album “Matière Noire”, nous avons rencontré Mouss Kelai et Fred Duquesne, respectivement chanteur et guitariste de Mass Hysteria, dans un café parisien. Une interview fleuve pour comprendre comment a été élaborée cette nouvelle oeuvre.

Votre nouvel album, “Matière Noire“, est disponible depuis le 23 octobre. Quel est votre état d’esprit ? En êtes-vous satisfaits ?

Fred Duquesne (guitare, production) : Aujourd’hui on a des premiers retours avec les journalistes avec lesquels ont a fait des interviews, et pour l’instant c’est plutôt cool !

Mouss Kelai (chant) : Oui on est très satisfait. On était content de le finir cet album, puisqu’il a été assez éprouvant pour tout le monde. Moi je suis passé en dernier dans l’enregistrement donc j’ai vécu la fin d’album avec Fred. Je ne te parle pas du fond de l’album, je te parle de la forme : avec tout ce qui s’est passé pour finir cet album, pour en arriver là, ça a été super éprouvant. On a donc été très content de l’avoir fini !

F : Soulagé même !

M : Oui soulagé exactement ! A la ré-écoute, franchement… Je ne sais pas si on pourrait dire qu’il a été fait de façon robotique, parce qu’on l’a vraiment bien préparé mais… Il y a quelques morceaux, on pourrait dire qu’on a pas trop réfléchi. Et je me demande si ce n’est pas ça qui paye. Il y a des fois où je me suis dit : “putain je voyais pas ça comme ça, je ne me souvenais pas qu’on l’avait fait de manière aussi spontané !”.

F : En fait on commencé par l’instru, et une fois qu’elle est finie, Mouss arrive avec ses textes. C’est à ce moment là qu’on place sa voix, ses textes, les punchlines, les petites mélodies, on construit au dernier moment. Et une fois que c’est fini, on envoie ça à “l’usine”. Et on a pas de recul. Donc ce que Mouss veut dire c’est qu’on a fait des choses instinctivement, et à la fin de la journée il fallait passer au titre d’après.

M : Et on ne pouvait pas revenir.

F : Donc on est parti du studio en se demandant “est-ce que c’est complètement chanmé ou est-ce que c’est nullissime ?” (rires)

M : Donc voilà pourquoi on était plus soulagé que content de le finir ! Comme on fait les choses bien et qu’on a du bon sens, on a des petits doutes à la ré-écoute. Quand les autres membres du groupe arrivaient en fin de semaines et qu’ils nous demandaient “On peut ré-écouter ce que vous avez fait cette semaine ?” on n’osait pas trop, on était en demie-teinte. On avait pas le temps de faire plusieurs essais de direction pour choisir la meilleure, revenir dessus. Par contre dès qu’on avait une direction, on faisait dix fois cette direction pour obtenir le meilleur.

C’est vrai que sur les autres albums on avait eu plus de temps : on avait fait une pré-maquette, on avait le temps de se ré-écouter, d’ajuster. Sur cet album, ça a été assez “one shot”. Mais à notre âge, avec notre expérience ce n’est pas que mal. On l’a fait même si on a pas eu le choix, mais avec notre conscience professionnelle et un peu de fun, ça l’a fait !

F : On a été à l’essentiel avec une façon brute de le faire. Après, le mécanisme, on le connaît : c’est notre quatrième album ensemble [ndlr : avant d’intégrer le groupe en tant que guitariste, Fred était déjà producteur], on ne débarquait pas. Je sais ce que Mouss est capable de faire, jusqu’où on peut aller, là où on ne peut pas aller. On va direct vers ce qu’on sait faire, instinctivement et le plus simplement du monde ! Il n’y a pas de “laboratoire”.

M : Même si la recherche peut donner de bons albums quand même ! Par exemple Metallica a mis deux ans à faire le “Black Album”. Ils sont passés dans quatre studios différents, ils ont fait et refait, enregistré, supprimé, ré-enregistré. Ils se sont amusés : ils avaient les moyens et le temps. Ça donne un putain de bon album ! Mais sur certains albums, travailler dans l’urgence c’est intéressant aussi. C’est sûr qu’on aurait préféré avoir plus de temps, mais il a fallu faire avec le temps imparti, j’ai moi-même tardé sur certains points, mais voilà, aujourd’hui on est satisfait de cet album.

F : A l’inverse, si on avait eu plus de temps, si ça se trouve on aurait pas eu ce résultat, il n’y a pas de règles !

M : Ce n’est pas mieux, c’est différent.

Et pourquoi étiez-vous contraints par le temps ?

F : En fait dans l’exécutif on a eu le temps de le faire, mais on a pas eu le recul nécessaire pour savoir si c’était bien. Et puis après on est parti en vacances. (rires)

M : Oui c’est vrai, et puis personnellement j’ai vécu des choses dures : j’ai perdu mes parents au début de cette année. Donc ça pas mal retardé la création, la composition, l’écriture. Heureusement j’ai été le seul, on était pas tous dans le deep ou dans le deuil. Les choses de la vie ont fait que chacun a eu ses problèmes. Pour moi l’album a été fait avec beaucoup de chagrin et beaucoup de retard, contrairement à la musique qui s’est faite “dans les temps”. J’avais des phrases dans ma tête, mais je ne savais pas comment j’allais les poser, comment j’allais les travailler. J’avais de vagues idées, je me faisait confiance, mais j’étais un peu désabusé… J’étais présent physiquement mais ailleurs dans ma tête. Je savais que Fred et Yann, le guitariste, allaient m’aider. En deuil je n’avais pas le recul, je n’arrivais pas à synthétiser toute la matière que j’avais. Du coup ça fait un album intense : quand j’avais des choses graves à dire je pouvais les dire, et de l’autre côté, quand j’avais des choses fun, elles explosaient, parce que j’en avais besoin !

F : Chaque émotion est utile pour créer une facette différente de Mass.

M : Moi je crois que la musique que l’on fait nous ressemble : quand tu es joyeux ça fait de la musique joyeuse, quand tu es triste ça fait de la musique triste, si tu es un peu les deux c’est mieux, comme ça y’en a pour tout le monde !

F : On avait chacun nos soucis, et ce sont des moments où ton émotion te joue des tours, mais souvent dans le bon sens pour créer de la musique. Je trouve que quand tu vas hyper bien dans la vie, tu ne fait pas la meilleure musique.

M : Il y avait un grand auteur qui disait : “J’ai besoin d’être mal pour écrire bien”. Même Henry Rollins de Rollins Band disait ça ! Il arrivait à écrire quand il était contrarié et bouleversé. Des fois quand tout va bien, tout va bien ! Tu n’as rien à dire ! C’est comme lorsque tu as quelque chose d’un peu physique à faire quand tu es fatigué : tu vas puiser dans tes ressources, et c’est là que tu fait la meilleure performance : tu t’es dépassé !

Donc je pense qu’on en est là : quand tu es mal tu te dépasses pour transcender ton mal et écrire un truc bien. Ça rend un petit côté sophistiqué à tes propos : tu es mal et en même temps tu as envie de dire des choses bien.

Pourquoi ne pas avoir voulu décaler la sortie de l’album si vous manquiez de temps ?

F : On avait déjà des partenaires autour qui commençaient à caler des concerts donc il fallait qu’on “livre” en temps et en heure. On ne voulait pas freiner tout le procédé qui suit la sortie d’un album et qui pour nous étais déjà en place.

M : On a réussi à gratter un peu, mais la maison de disque nous demandait à quelle date on pensait avoir tout finit. Ils nous disaient “à cette date là c’est bien, pour commencer la promo, lancer toute la machine”. C’est un groupe de quinze-vingt personnes quand même, il faut assurer. Donc on acceptait leur date limite, et eux commençaient à se mettre au travail activement à cette date là. Donc il fallait être prêt à temps, parce que eux étaient déjà partis.

Donc comme on disait, on est allé à l’essentiel, c’est ce qui fait peut-être que cet album est cru mais bien calibré, sans fioritures.

Pourquoi avoir choisi “Chiens De La Casse” comme premier titre dévoilé ?

M : “Chien De La Casse”, c’est une expression argot qui désigne les jeunes voyous, comme les blousons noirs dans les années 70. Ce sont ces petits rebelles, un peu énervés. Et j’ai l’impression que les politiciens nous voient nous, les gens du rock ou de la musique un peu extrême, comme des petits jeunes voyous énervés qui ne savent pas ce qu’ils racontent. C’est à dire qu’ils ne nous considèrent même pas !

F : “Chiens de la casse, sans dents, fous de liberté”.

M : Oui j’ai repris le terme “sans dents” comme notre président, Monsieur Hollande, voit le petit peuple. Nous en faisons partie du “petit peuple”. Pour moi le petit peuple ce sont les gens qui travaillent, qu’ils soient salariés, cadre sup’, patrons, artisans. Bref ceux qui font leur taff, qui payent leurs impôts, qui ont une vie de famille, une vie sociale, et qui ne pètent pas plus haut que leur cul. Donc pour moi Hollande il a insulté 90% des Français ! Mais bon après c’est confidence sur l’oreiller, que sa meuf a dit dans un bouquin. Mais je trouve ça super violent, donc je ne pouvais pas passer à côté.

Et puis j’adore l’expression “chiens de la casse” : je trouve ça mortel ! Il y a tout une métaphore, une image qui est super belle. C’est une illustration de comment les gens de là-haut nous voient : révoltés, vindicatifs, énervés. Donc je prend ça à notre compte : “c’est comme ça que vous nous voyez, en ben c’est comme ça qu’on va se définir”. J’ai envie de dire on ne vaut pas plus que des chiens de la casse ? Dans le refrain ça fait : “Chiens de la casse, sens dents, fous de liberté, que l’on suit à la trace comme des loups depuis la puberté”.

À mes quinze ans, je pouvais être énervé et le lendemain oublier, j’étais un peu insouciant. Et pour moi le rock c’est ça, c’est être un peu insouciant. Quand tu grandis tu acquiers de l’expérience, tu gardes un peu de cette insouciance, mais il ne faut pas être niais non plus. À quinze ans je n’aurais vraiment pas cru être où j’en suis aujourd’hui, sur scène à faire des concerts, la première partie de Metallica.

Ce n’est pas parce qu’on est un peu en dehors de la société, qu’on aime la musique extrême, que l’on est des chiens de la casse incultes. La musique peut servir à véhiculer de la joie, de l’amour, de la tristesse, des sentiments, mais aussi la réalité : économique, sociale, du quotidien. De tout le monde ! Pourquoi c’est dur d’aller bosser, c’est dur de trouver un job ? Parce que les politiques ne font pas leur boulot. Donc c’est sur eux qu’il faut taper ! Le rock est une musique sociale : au début tu fais des chansons contre l’autorité de tes parents, après contre l’autorité de ton patron, après contre l’autorité de l’Etat. Tu es toujours un peu en rébellion, mais on n’est pas que ça ! Cette rébellion est notre énergie, le fond de notre jeunesse éternelle !

F : Après il n’y a pas de vraie unique raison de balancer “Chien De La Casse” en premier : c’était le premier titre de l’album, et puis on l’avait fait tous ensemble. On voulait dès le début le mettre en premier.

M : Il y a le petit côté : “je pousse la métaphore au paroxysme”. Il y a un petit côté drôle, ironique, dire qu’on ne se prend pas au sérieux.

F : Oui, mais on est un peu comme ça aussi en vrai : on ne pète pas dans la soie, on écoute du rock n’roll, on monte dans un van et on boit des bières ! Il y a deux mille raisons qui font qu’on peut se retrouver dans cette image de chiens de la casse.

M : On extrapole, on exagère un peu pour la poésie, mais on ne ment pas.

F : Oui, on caricature parfois aussi.

M : Et puis le texte de “Chiens De La Casse” parle à tout le monde. Je dis au début du morceau : “vous avez pris notre tolérance pour une faiblesse”. Et ça c’est politique : je vais avoir quarante-quatre ans bientôt donc ça fait vingt ans que je vote. Le premier album de Mass Hysteria s’appelait “Le Bien-Etre Et La Paix”, aujourd’hui on sort “Matière Noire”. Donc il y a une évolution.

Au début j’étais utopiste, “peace & love”, j’avais des dreads jusqu’au cul, j’étais un nègre blanc, j’étais puéril, juvénile, excité, optimiste pour l’avenir. Et je vois que vingt après rien n’a changé. Donc je me dis que voter ça ne suffit pas. Je me sens de gauche mais… ce n’est pas la droite qui est mieux que la gauche ou la gauche qui est mieux que la droite. Quand c’était mon tour je votais gauche, quand il n’y avait plus le choix (le fameux Chirac – Le Pen) je votais blanc.

Mais bon je trouve que nous, les citoyens, on est gentil, on est tolérant. C’est une vertu, mais les politiques l’ont pris pour une faiblesse : ils en abusent, d’où le texte du morceau. Si on alterne Gauche/Droite en France, c’est que c’est équilibré, chacun suit son discours. Je préfère être gouverné par un gouvernement qui n’est pas le mien mais qui satisfait le plus grand nombre. Même si je fait partie de la minorité auquel le gouvernement ne plaît pas, la majorité, elle est satisfaite : ça s’appelle la démocratie !

Nicolas Sarkozy avait dit avant d’être élu : “Il faut moraliser le capitalisme”. Si il l’avait fait, on n’en serait pas là aujourd’hui. S’il l’avait fait, il m’aurait troué le cul ! Mais il a dit des bonnes choses comme la gauche a dit des bonnes choses, ça reste à chaque fois des promesses qu’ils ne mettent pas en application. Il ne manque pas grand chose dans la politique actuelle : c’est moraliser le capitalisme et répartir les richesses. Le seul clivage qu’il existe aujourd’hui c’est riches/pauvres. Il faut arrêter d’opposer les gens ! Celui qui n’a pas d’argent n’est pas forcément moins con que celui qui a réussi. On a tous des amis de différentes catégories socio-professionnelles.

Dans un post sur Facebook, vous avez dit que vous aviez eu du mal à choisir un extrait à mettre en avant puisque vous considériez plutôt l’album comme une œuvre complète.

F : On s’est rendu compte qu’aujourd’hui tout le monde lâche deux, trois, voire quatre titres avant de sortir un album. Du coup quand l’album arrive, il n’y a plus le côté “fraîcheur”, il n’y a plus la même attente de nouveauté. Et nous on a plutôt la réaction de “vieux tontons” : on a connu les moments où l’on attendait les albums avec impatience, il n’y avait pas encore les réseaux sociaux, il n’y avait pas encore toute cette communication qu’il y a aujourd’hui. Et avec cet album on a voulu redonner ce goût là aux gens, celui de la découverte.

M : Les réseaux sociaux c’est tout et tout de suite. Et souvent gratos. Aujourd’hui avec le haut-débit, on a tout en deux secondes ! Je me souviens à l’école pour les devoirs on galérait ! Aujourd’hui ma fille qui est en première S tape un énoncé sur internet, elle trouve l’exercice corrigé. Si j’avais eu ça, j’aurais été un fumiste ! Même les films, avec le streaming les ados de quinze ans ne vont plus au cinéma. Ils peuvent même voir le film avant qu’il ne sorte. Il y a un groupe dernièrement dont l’album a fuité avant qu’il ne sorte. C’est grave de ce dire que ça été fait par des gens proches ou malintentionnés, peut-être dans le studio où tu étais. C’est tout un travail qui est ruiné. Donc on est un peu de la veille école.

F : Et on est conscient de la nouvelle ! Mais on a voulu réviser le disque, en livrant un objet en série limitée à la sortie. D’autres trucs vont arriver, mais c’est pour que les gens retrouvent la musique avec de la matière. Le clic, le streaming, le lecteur iTunes, ça reste super froid.

M : Avant dans les années 80/90, quand tu aimais le hard rock ou le metal, tu n’avais pas accès aux clips des groupes. On était obligé de se taper des vidéos de complilation qui venaient des États-Unis où il y avait vingt clips ! Il y avait de tout dedans : de Beastie Boys à Suicidal Tendencies en passant par les Red Hot Chili Peppers. C’était des morceaux qui avaient deux ans mais tu étais content de voir les vidéos. On avait pas de recul, pas de matière, pas de support pour voir d’un coup tout ce qu’un groupe proposait. C’était une autre façon de consommer la musique : on était obligé de commander les albums parce que le disquaire du bled avait tout, sauf la musique que tu écoutais ! Il y avait AC/DC quand même, ou Def Leppard, ou Scorpions. Vers la fin des années 80, si tu demandais un album de Suicidal Tendencies, ton disquaire devait le commander. Tu devais attendre quinze jours, en import ! Des fois tu avais des potes plus riches, qui commandaient quinze disques d’un coup, et là tu te disais : “Vive la cassette !”. Tu te faisais une compil’ avec les albums de tes potes qui eux avaient un peu plus de thunes. D’ailleurs, je trouve ça mortel que ça revienne à la mode la cassette.

F : De toutes façons tous les trucs vintage reviennent à la mode : les vinyles, les cassettes. Ca fait marrer les jeunes, mais nous on essaye de re-valoriser les objets qui nous correspondent. Attendre parfois c’est bien ! Ceux qui sont fans du groupe attendent deux, trois semaines mais c’est rien ! D’un autre côté ça génère un suspens qui est fun. Ce n’est pas dans le but d’établir une tactique, une stratégie ou je ne sais quoi, c’est juste qu’on fonctionne comme ça.

Comment Fred t’es-tu intégré au processus de fabrication de cet album ?

F : Il y a sept ans je faisais “Une Somme De Détails”, le premier album que je produisais avec eux. Le groupe m’avait proposé de venir faire la guitare en plus, parce que leur guitariste partait pour faire un run. J’ai dû refuser avec grand regret puisque j’étais déjà engagé dans deux groupes. Entre temps Mass Hysteria a fait trois albums, et cette année Yann m’a contacté avec le label pour produire le disque. Nico s’était séparé du groupe quelques temps avant, et Yann m’a re-proposé de venir faire les guitares. Évidemment je ne m’y attendais absolument pas, mais j’ai bien sûr accepté !

Le temps passe, j’ai envie de m’amuser, ce sont des gars que je connais bien, c’est le quatrième album qu’on fait ensemble. En vieillissant on est décomplexé de beaucoup choses : il y a dix ans on se serait fait un sang d’encre si on avait pas de single à sortir. Maintenant ça me passe au dessus ! Aujourd’hui, quand on rentre dans un local de répétition ou dans un studio on est décomplexé, on se fait plaisir comme si on allait faire du foot ensemble.

Mouss c’est la “corde sensible” : il va nous raconter des choses, il va nous parler, de choses tristes comme joyeuses. Nous on fait des riffs de guitare, des trucs très percutants. C’est un sport, c’est comme si j’allais faire du surf ! Donc la conception du disque s’est faite comme d’habitude, sauf que cette fois j’étais dans le groupe avec eux ! Et en réalité ça n’a pas changé grand chose ! (rires)

M : (rires) Tu as composé “Chiens De La Casse” avec nous quand même !

F : Oui c’est vrai, mais les 3/4 du disque étaient composés avant que je n’arrive. Mais ça s’est super bien passé, ça a été très facile à faire parce qu’on se connaît.

Fred il semble que tu dois partir maintenant, merci d’avoir été avec nous ! Mouss on te garde encore un peu !

F : C’était un plaisir, à bientôt ! [ndlr : nous en sommes à trente minutes d’interview, et Fred doit enchaîner avec d’autres médias]

Est-ce que vous avez eu des difficultés, des accrocs en faisant un disque comme celui-là ?

M : A part le décès de mes parents qui m’a ralenti dans l’écriture, mais qui a renforcé une intensité, il n’y a pas eu de pépin. Je trouve qu’au contraire, par rapport aux problèmes et aux aléas de chacun les choses ont été assez rapides. C’est notre huitième album, quand les choses doivent se faire, il faut qu’elles se fassent. Avant que l’album soit fait, je peux être difficile à vivre. Je ne suis pas sûr de moi, je met du temps à écrire. Même si avec l’expérience j’arrive à faire des choses plus vite, ça reste parfois compliqué pour moi.

Ça a été intense ! Je vais te faire une confidence : on avait tous des problèmes, tout est arrivé en même temps. On en parlait un peu, mais on restait pudique. On a eu pas mal de retours de nos proches, des professionnels, des journalistes rock, et on a jamais eu de retours comme ça (à part notre album phare de 97 qui nous a fait connaître et qui nous a propulsé là où on est aujourd’hui). On a fait de bons albums que les gens ont aimé avant, mais là j’ai l’impression qu’il y a quelque chose de plus. Est-ce que c’est la somme des petites souffrances de chacun qui nous a fait nous dépasser ? Chacun a mis sa souffrance de côté pour essayer de la fuir et du coup on s’est peut-être mis à fond dans la musique. Je me pose la question aujourd’hui : est-ce que cette souffrance n’a pas sublimé notre créativité ? Je n’en sais rien mais aujourd’hui tout fait penser à ça.

Quand on a fini l’album, il y a deux ou trois morceaux que j’arrivais pas à m’approprier. Ils me dépassaient. Ça m’avait rarement fait ça. Je sens qu’il y a quelque chose de différent avec cet album. Par exemple ma fille de dix-sept ans qui n’aime pas le metal écoute cet album en boucle ! Je l’entend même chanter des fois mes paroles ! Alors qu’elle écoute plus du Rihanna, voire des trucs un peu plus hardcore comme Die Antwoord, des trucs déjantés, modernes. Voir ma fille chanter mes textes, venir m’en parler ça fait bizarre !

Mes très proches, mes enfants, mes amis, nos amis du métiers, nos amis des amis du métier sont francs avec nous. Ils nous ont dit qu’ils n’avaient pas trop aimé “Failles” par exemple, ce sont des gens qui ne nous mentent pas. Aujourd’hui ils nous complimentent ! Ça fait vingt ans qu’on pose la question, mais est-ce que cette fois-ci ce n’est pas l’album de la maturité ? (rires)

Comment avez-vous pu travailler avec Ted Jensen pour le mastering ?

M : C’est Medhi de Verycords, notre label, qui nous avait signé sur “L’Armée Des Ombres”, qui a absolument voulu continuer à travailler avec nous. Il nous fait confiance et nous lui faisons confiance. Il nous a dit avec Fred, qu’il avait un pote en Suède pour masteriser l’album. Je ne me souviens plus de son prénom, mais il avait fait l’album de Bukowski. Ça coûtait à peine 1000€, ce qui n’est vraiment pas cher avec les budgets qu’on a en ce moment. Donc on fait un essai avec ce mec, et un essai avec Ted Jensen. Ted Jensen était meilleur mais plus cher. Donc on voulait prendre le Suédois, mais Medhi nous a dit : “vous voulez Ted Jensen, vous aurez Ted Jensen”. L’excellence ça se paye. Medhi était emballé par l’album, il a voulu le meilleur pour nous. Tout était calé au millimètre, la pochette et tout le reste. Le mastering est comme le vernissage d’un tableau : c’est la fin. Ça lie tout, ça augmente le son, ça le gonfle, ça fait ressortir les basses, les médiums, les aiguës. Avant le mastering, le mix sonne plat. Le mix de Fred était déjà fou, rugueux, agressif, et Ted Jensen a sublimé la musique. On est très très heureux de cette collaboration !

On a une dernière question : notre média s’appelle “RockUrLife” : qu’est-ce qui rock ta life ?

M : Après les enfants, évidement, ce sont les amis. Les amis c’est la musique, la musique c’est les émotions, les émotions c’est les week-ends entre potes avec la musique qui est la bande son de ta vie. Quand tu ré-écoutes un morceau ça te rappelle un week-end avec tes potes, des moments précis. Ce qui rock ma vie c’est l’amitié et la musique.

Quand j’étais gamin, j’ai rêvé une fois que j’étais sur scène avec Téléphone. Quand je me suis réveillé, j’avais vraiment l’impression d’avoir vécu ça. On a monté un groupe à treize/quatorze ans, je ne savais même pas jouer de guitare, et mon pote avait construit sa batterie avec des bidons de lessive ! C’était mignon, c’était le début. Les amis, pour moi, c’est mon complot, en dehors de la politique, en dehors de tout le reste : on est “complotistes” entre amis, avec la joie comme vengeance.

Site web : facebook.com/masshysteriaofficiel