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MADINA LAKE (06/07/20)

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Interview fleuve avec Matthew Leone, bassiste de la formation de Chicago Madina Lake. Entre passé, présent et futur !

Comment tu te sens depuis ton “retour” ?

Matthew Leone (basse) : Depuis le confinement, nous travaillons sur ces chansons mais nous travaillons dessus en fait depuis plusieurs années pour être honnête. Elles n’ont pas réussi notre “holy shit test”. (rires) Pour faire face à tout cela, tout le monde est devenu créatif. Nous nous sommes réunis en ligne et nous nous sommes envoyé des fichiers en aller retour. Nous ne pensions pas que les gens s’intéresseraient et… ils l’ont fait !

Quelle a été la réaction des fans face aux nouvelles chansons, “Playing With Fire” et “Heart Of Gold” ?

Matthew : La réaction a été dingue, nous avons eu beaucoup de retours des fans. C’est comme si nous retournions à “From Them, Through Us, To You” (2007), et faisions notre deuxième album dans une direction différente de celle que nous avions prise pour “Attics To Eden” (2009). Non pas que je regrette d’avoir fait “Attics To Eden”, j’adore vraiment cet album.

Je pense que notre public voulait probablement entendre ça ensuite ? La réaction a donc été fantastique. La seule chose que nous disons toujours, c’est que nos fans sont nos amis et nos supporters. Ils sont tellement fidèles. Nous disons toujours qu’il n’y a jamais une dernière fois où vous nous voyez.

Notre carrière est devenue difficile parce que nous voulions nous marier et fonder une famille. Même si à ce moment là nous faisions partie de ces groupes sur la route 24/7, nous ne pouvions pas faire ça à terme. Nous ne pouvions pas élever une famille dans cette situation.

Et je pense qu’avoir des enfants est la chose la plus importante de l’univers. Nous voulions arriver à un point avant que cela ne se produise où nous pourrions toujours faire de la musique, faire quelques concerts par an parce que Madina Lake fera toujours partie de notre vie.

Après le premier cycle, nous avons eu le sentiment que la trilogie et peut-être Madina Lake était terminé. Où est la place, dans cette trilogie, de l’EP “The Dresden Codex” ? (2010) Et où est la place de “The Beginning Of New Endings” dans ce cycle, ou est-ce un nouveau cycle que vous commencez avec ce disque ?

Matthew : Avant mon accident, nous avions tout notre plan de conçu dès le premier jour. Nous allions écrire la trilogie et tout ce que nous voulions dire a fini par être prophétique, compte tenu de la situation actuelle du monde.

Lorsque cet événement s’est produit, il a définitivement changé un peu les choses. Comme tu peux probablement le constater, “World War III” (2011) a une certaine agressivité, la même que sur “The Dresden Codex” puisqu’ils ont été écrits pendant les mêmes sessions. A cette époque, nous étions assez énervés et nous avions des choses à dire.

Nous avons terminé la trilogie avec “World War III”. La raison pour laquelle le nouvel EP s’appelle “The Beginning Of New Endings” est qu’il s’agit d’un nouveau chapitre de Madina Lake. Il s’agit de la phase 2 de notre carrière et nous espérons continuer avec plusieurs phases.

C’est une nouvelle direction que nous prenons. Il y aura toujours des parallèles dont nous ne pouvons pas nous éloigner, et nous ne le voulons pas non plus.

Êtes-vous fiers de tout ce que vous avez produit ?

Matthew : Oui. Nous avons des critères très élevés pour nous-mêmes et pour le groupe. Lorsque nous avons commencé Madina Lake, nous avions ce genre de principes et nous fonctionnions toujours dans leurs limites. L’un d’eux était que nous devions être dans notre groupe préféré; la seconde était que si ça nous n’avions pas l’impression d’être dans notre groupe préféré, il était temps d’arrêter.

Peux-tu nous en dire plus sur le processus d’enregistrement jusqu’à présent tout au long de votre carrière ?

Matthew : Nous avons fait notre premier disque avec Mark Trombino. Il traversait un problème personnel dans sa vie à l’époque. La conséquence de cela était que nous pouvions simplement écrire et enregistrer comme nous le voulions. Nous n’avons pas eu à nous battre pour nos idées.

Nous avons réalisé “Attics to Eden” avec David Bendeth. C’est un gros producteur, travaillant avec Paramore, Breaking Benjamin. Nous avons découvert qu’il n’aimait pas l’écriture de ces disques et qu’il avait l’intention de réécrire nos textes avec nous, mais nous ne le permettions pas. Nous ne sommes pas bons avec les ajouts comme ça. (rires)

Nous nous battions constamment et il arrêtait les séances et les managers devaient batailler. Ce fut une lutte pour faire cet album.

En fin de compte, nous avons réussi à tout faire sans partager aucun crédit d’auteur avec lui, ce qui, je pense, était sans précédent pour lui.

Cela montre l’indépendance que vous avez toujours eu avec Madina Lake, même dans la façon dont vous gérez votre groupe et votre carrière. Vous avez disparu pendant neuf ans et puis vous revenez, vous “balancez” des chansons et on a l’impression que vous reprenez là où vous vous êtes arrêté. Vous faites les choses comme vous le souhaitez.

Matthew : Merci de l’avoir remarqué. Notre arme secrète est Mateo (Camargo). Il arrive toujours avec les bouts de chansons et nous construisons les titres à partir de là. C’est un ingénieur, un producteur et un mixeur fantastique. Nathan et moi avons toujours des conflits dans le processus musical avec Mateo, mais d’une manière très positive. Nous avons réussi à maintenir l’intégrité de notre amitié tout au long de ces années et de nombreux groupes ne peuvent pas dire ça.

Vous ne vivez pas dans le même pays ou sur le même continent. Il est intéressant que vous puissiez continuer à produire de la musique même si vous ne vivez pas au même endroit.

Matthew : Ça a été un défi mais c’est aussi devenu un avantage pour notre groupe. Nous sommes en Floride en ce moment et Mateo va venir ici dans une semaine. Nous espérons écrire cinq autres chansons.

Lorsque la créativité démarre, tu dois frapper fort et l’exploiter, car elle peut disparaître et tu ne sais jamais quand elle reviendra.

Mateo travaille également dans d’autres projets musicaux et il est toujours frustré par tout ce qu’il fait finalement, et il revient toujours à Madina Lake.

The Beginning Of New Endings” sortira en septembre. C’était prévu en mai. Qu’est-ce qui vous a fait changer la date de sortie ?

Matthew : Honnêtement, je ne pensais pas que les gens seraient intéressés par notre musique ou s’en soucieraient. Une fois que nous avons eu des réactions positive, en raison de la sortie du premier single, j’ai décidé de le diffuser par un canal de distribution et de label approprié. C’est un processus très ennuyeux et très axé business. Nous avons essayé de le faire le plus rapidement possible.

C’était surprenant que vous n’offriez pas de CD dans les différents bundles que vous avez sortis. Cela devient obsolète, alors peut-être que c’est un choix ?

Matthew : J’ai probablement oublié le CD. (rires) Le format CD est devenu un peu démodé et une sorte de relique. Cependant, notre génération chérit quelque chose de physique. C’est pourquoi nous avons fabriqué le vinyle coloré. Qu’est-ce que tu penses ? Penses-tu que ça se vendrait ?

Il faut réfléchir à l’offre, la demande, les prix. C’est un coût qui doit être pris en compte. Beaucoup de gens n’achètent plus de CD.

Matthew : Et j’ai l’impression que ça accélère dans cette voie. Tant que nous avons quelque chose de physique sur lequel les gens peuvent mettre la main, je pense que cela devrait le faire.

Comme tu le dis, c’est important d’avoir un format physique.

Matthew : C’est pourquoi nous essayons de faire quelque chose de cool avec les illustrations. Dave Pearson, notre designer, est fantastique. Il comprend tout de nous. Nous n’avons jamais eu à effectuer de rappel (lorsque vous engagez quelqu’un pour un travail et que cela va et vient jusqu’à ce que vous soyez satisfait du travail effectué). Il le boucle toujours en une fois.

Deux singles sont déjà sortis. Quelle a été la réaction du public et de la presse musicale ?

Matthew : Nous avons embauché une publiciste indépendante pour travailler avec elle et elle vient tout juste de démarrer. Jusqu’à présent, les commentaires étaient ce que nous n’avions vu qu’en ligne.

Nous avons été ajoutés à deux listes de lecture “Spotify”, dont la liste de lecture “Forever Emo”. Tu as le droit d’avoir des problèmes avec le nom. (rires)

C’est une réalité, Madina Lake était dans ce mouvement musical en 2009-2010.

Matthew : C’est vrai. À l’époque, la scène était tellement saturée de groupes emo. Chaque groupe semblait identique. C’était comme ça sur le “Warped Tour” : tu te réveillais dans ton tour bus au son des groupes emo qui jouaient. Tout le temps! Comme chaque groupe, tu voulais créer ta propre identité et tu ne voulais pas finir au rebut.

Nous avons oublié beaucoup de ces groupes emo !

Matthew : Quand je regarde les affiches du spectacle de cette époque, je me souviens de ces groupes. Tant de groupes vont et viennent.

La réaction la plus sympa a été que les gens ont dit que nous avions notre propre son. Ils pouvaient identifier un titre de Madina Lake juste au son de celui-ci. Et c’est un compliment pour nous.

Vous n’avez pas non plus obtenu le succès que vous méritiez à l’époque. Beaucoup de magazines comme “Kerrang!” et “Rock Sound” vous ont mis en avant sur la couverture de leurs magazines, et votre groupe n’a jamais explosé sur la scène rock.

Matthew : Tu as absolument raison à ce sujet. Nous n’avons jamais explosé et c’était un mélange de plusieurs facteurs. Il est très étrange de voir comment l’industrie fonctionne. Notre booker voulait nous ramener au Royaume-Uni avant de faire “Attics To Eden”. Mais notre direction et le label ne voulaient pas que nous y retournions parce qu’ils pensaient que nous jouions trop sur le marché.

La conséquence de ne pas y retourner signifierait que nous ne serions pas sur la scène rock pendant un an. C’était trop long, un écart trop grand pour la scène et les fans.

Lors de la première tournée en tête d’affiche que nous avons faite au Royaume-Uni, nous jouions à guichets fermés dans des salles de deux-mille à cinq-mille personnes. C’était incroyable.

Après cela, nous avons disparu du marché et nous voulions revenir, mais nous avons perdu notre combat contre la direction et le label. Ils voulaient nous mettre en studio et je pense que c’était un facteur contributif.

Sur la scène musicale, si vous disparaissez pendant un certain temps, il est difficile de revenir. Mais dans votre cas, vous avez disparu pendant neuf ans et vous avez quand même reçu des retours de fans, de l’industrie musicale, de la presse.

Matthew : Cela m’épate de voir que les gens ne nous ont pas oublié. Quand j’ai dit au groupe que je mettais un post sur la sortie de nouvelles chansons, nous pensions que personne ne s’en soucierait. Et en fait ça a marché ! Nous avons été très surpris.

Tu travailles également de ton côté dans l’industrie musicale. Comment ça va ?

Matthew : Nous avons lancé “Charity Bomb” pour travailler sur la santé mentale dans la communauté. Nous avons également lancé “Strange Entertainment“. Nous produisons des spectacles sous forme de fund raising pour recueillir des fonds pour diverses organisations de santé mentale.

L’année a bien commencé : nous avons fait neuf concerts à guichets fermés avec des stars, nous récoltions beaucoup d’argent et avons eu un tel impact que je pensais que nous étions enfin prêts à lancer notre propre initiative qui est EQ / SEL: quotient émotionnel / apprentissage socio-émotionnel. Le quotient émotionnel est essentiel à une vie heureuse et saine. Il rassemble le concept de conscience de soi et d’empathie. Nous essayons d’intégrer cela dans des programmes d’études pour les enfants.

Nous avons lancé cette initiative en janvier 2020 lors d’une soirée Grammy à Los Angeles, puis la COVID est arrivée. Nous avions des concerts de prévus pour l’été qui permettraient de recueillir des fonds. Nous avions quatre spectacles bookés, dont un à l’intérieur de la maison de Prince. Et tout cela a été balayé.

Comment vois-tu l’avenir de ton activité, après la COVID ?

Matthew : Nous organisons des ventes aux enchères pour continuer le processus de collecte de fonds. Nous avons des partenaires fantastiques qui nous aident à développer le programme. Nous avons une idée assez novatrice qui a attiré l’attention du gouvernement américain qui travaille sur la santé mentale et la prévention du suicide. Ils ont aimé notre modèle, nous avons entamé une conversation avec eux sur la possibilité de conclure un contrat de dix ans.

La santé mentale a toujours été très importante pour le groupe. C’est bien de voir que vous travaillez sur ce sujet et que vous essayez de médiatiser le dialogue autour de cela.

Matthew : Mon sentiment personnel est que tout le monde devrait suivre une thérapie. Tu sais, c’est comme quand tu joues au golf, tu as un moniteur de golf. (rires) On doit aussi consacrer du temps à son esprit, cela ne devrait pas être différent d’un entraînement sportif par exemple. On doit apprendre à naviguer dans ses émotions. C’est ma philosophie. (rires) Je parle à un thérapeute une fois par semaine, cela me fait du bien.

Ce qui me surprend, c’est que c’est toujours stigmatisé.

Il y a eu beaucoup de sensibilisation sur la scène rock au sujet du problème de santé mentale au cours des dix dernières années.

Matthew : C’est bien. Tu sais que je suis un grand partisan de la communication. Demande à ma femme. (rires)

Pour en revenir à Madina Lake, le sentiment de communauté ou de famille a t-il toujours été important pour le groupe ?

Matthew : Le sentiment de famille a été créé par les fans, pas par le groupe. Nous l’encourageons et nous voulons qu’il en soit ainsi. La meilleure chose que nous entendons, c’est quand les fans nous parlent de leurs amitiés.

Deux singles sont déjà sortis. Allez-vous sortir un autre single ?

Matthew : “Playing With Fire” était une sorte de single de réintroduction. Nous venons de sortir “Heart Of Gold” et nous ne l’avons pas vraiment soutenu. Le prochain single va être “Love Is War”. Il va y avoir plus de communication via notre publiciste. Ma chanson préférée sur l’album est l’une de mes chansons préférées que nous ayons jamais faites. Ça s’appelle “Tiny Weapons”. Ce ne sera pas un single, mais c’est une chanson de neuf minutes à onze minutes.

Nous avons l’habitude de longues chansons avec vous ! Il y a généralement une grande influence de Nine Inch Nails dessus.

Matthew : Cela remonte à nos années emo. Il n’y avait pas beaucoup de groupes emo avec une programmation électronique dans leurs chansons. Nous en avions pas mal dans nos morceaux.

Une tournée prévue pour le futur ?

Matthew : Nous avons un festival prévu au Royaume-Uni, puis notre agent va nous booker le Royaume-Uni et l’Europe. Dès que nous aurons le feu vert, nous serons là.

Viendras tu en France ?

Matthew : Oui bien sûr !

Dernière question : notre média s’appelle “RockUrLife”, alors qu’est-ce qui rock ta life Matthew ?

Matthew : Mon fils. Peu importe à quel point la vie est dure ou difficile, le simple fait de poser les yeux sur lui m’apporte tellement de joie.

Site web : facebook.com/MadinaLake

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Laura Navarre
J'ai annoncé à mes parents à 16 ans que mon objectif professionnel était de produire la prochaine tournée de U2. Depuis de l'eau a coulé sous les ponts (et U2 fait de la musique relativement passable). Passionnée de musique depuis son plus jeune âge, je me suis écartée du chemin musical parental (Queen & la chanson française), pour rejoindre celui autrement plus sympathique du ROCK.