Interviews

LOFOFORA (25/10/11)

Lofofora est l’une des formations les plus populaires en France. En sept albums et plus de vingt ans de carrière, le quatuor parisien a conquis un vaste public grâce à un son fusion rugueux, des textes de qualité et une certaine accessibilité. Son dernier album, “Monstre Ordinaire” paru le 24 octobre, possède la rage des débuts et la maturité de musiciens expérimentés. Entretien sur la genèse du disque avec Reuno, homme enthousiaste et chanteur fâché de ce groupe pilier de la scène rock française.

Bonjour ! Première question : comment ça va ?

Reuno (chant) : Mais très bien ! Je vais bien. On vient de sortir notre nouvel album et on en est très fier.

Comment s’est passé l’enregistrement ?

R : Très bien, sans pression. Je réalise que vingt ans plus tard, j’aime toujours ce que je fais. C’est une chance. J’ai peut-être changé. Je suis peut-être plus sage… Ouais, non. Ouais, enfin, si on fait le bilan… ouais, en fait, non, on fait pas le bilan (rires). En tous cas, le résultat est satisfaisant. J’adore ce que mes copains (ndlr : les autres membres du groupe) ont fait, j’en suis très fier.

Quel était votre projet pour “Monstre Ordinaire” ?

R : On n’avait pas d’idée prédéfinie pour cet album, on voulait simplement composer des morceaux, faire de la musique. Finalement, le résultat est plutôt homogène, plutôt noir…

Tout à fait. Comment expliques-tu la tonalité de l’album ?

R : Je sais pas. Ce n’est pas prémédité. Tu as remarqué la colère dans ma voix ? Mes copains m’ont dit que j’avais vraiment l’air à cran. Pourquoi l’album est si noir ? C’était peut-être notre état d’esprit, je sais pas… Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on a enregistré dans un studio, en Suisse. La salle où on captait le son était en sous-sol. Je devais enregistrer ma voix dans le sous-sol… et je suis claustrophobe. Mes copains disent avoir senti une sorte de fureur en moi. Ca provient sans doute de mes sensations, mon angoisse. Sur les chansons, je parle de ma colère face au quotidien. Je constate qu’on perd de plus en plus notre humanité et ça me fait peur. Il se passe tous les jours des choses aberrantes; les hommes ont de moins en moins d’égard les uns pour les autres. Sur une chanson, je sais plus laquelle, je dis quelque chose comme ça : “la vie d’un homme vaut moins que son poids en uranium” (ndlr : dans “Les Conquérants”), en référence aux activistes qui ont interviewé un industriel. Il a quantifié la vie humaine en fonction de son poids en uranium. Et ça, c’est effrayant. Nous sommes de moins en moins humains et les comportements qui en découlent sont de plus en plus banalisés. Nous devenons des monstres ordinaires.

Tu lis un peu de philo ?

R : Pas du tout.

En fait, en écoutant les morceaux, et ce que tu viens de dire, j’ai pas mal pensé à ce philosophe anglais du 17ème siècle, Thomas Hobbes…. Beaucoup de lycéens de terminale étudient son texte, “Le Léviathan”. Dans cet essai, il comparait l’état de chaos des sociétés humaines où chacun a les mêmes moyens que les autres – et peut donc écraser l’autre – à un corps monstrueux. La phrase que beaucoup retiennent est : “L’Homme est un loup pour l’Homme”. Est-ce que cette phrase correspond à la vision qui t’a habité tout au long de l’écriture ?

R : Quelque part, ouais ! Ces comportements ne sont pas humains, donc monstrueux, inquiétants. On n’est pas obligé de s’écraser les uns les autres mais désormais ça paraît normal. Mais finalement, je ne suis pas si négatif. À la fin de “Utopiste”, je crois, je dis : “Gardez espoir tant qu’il y en a”; et puis, je parle pas que de ça. Sur “La Merde en Tube”, j’aborde d’autres sujets. Je pense à ces groupes de musique qui portent l’étiquette “rock” et qui font de la soupe. Ca me révolte !

Vous vous définissez comme un groupe engagé ?

R : Non, pas du tout. J’écris sur ce que je ressens et en ce moment je suis touché par l’actualité. Nous sommes avant tout un groupe de musique.

A ce propos, comment se passe l’écriture des chansons, la composition ?

R : Ca se fait tout seul. C’est un processus collectif, rien n’est calculé. Daniel (ndlr : Descieux, le guitariste) va venir avec un riff, je vais écrire quelque chose, on ajoute la batterie, etc. On fonctionne comme ça et ça marche. En plus, là, nous étions dans le studio d’un ami, c’était agréable.

Un studio situé en Suisse, mais… depuis quand la Suisse rock ?

R : Haha ! (rires) Bah ça peut paraître surprenant, mais oui, la Suisse rock. Il y a des groupes super, comme Knut. Il y a aussi Kruger, dont le dernier album est incroyable. Mais bon, c’est vrai que ce n’est pas vraiment rock’n’roll, la Suisse. C’est sûr que quand on voit les “coins mal famés de Suisse”, on a envie de rigoler. (rires)

Vous êtes en tournée. Qui est votre première partie ?

R : Oui ! On tourne avec 7 Weeks, un groupe de copains. En fait, j’ai un autre groupe avec lequel j’ai tourné un peu en Bretagne- d’ailleurs, je sais pas si tu as remarqué la facilité avec laquelle on peut jouer, dans les bars, les salles, là-bas. Bref, c’est des copains avec lesquels je jouais, et ils sont dans 7 Weeks, voilà. C’est du rock façon stoner, un peu comme les Queens Of The Stone Age.

Un dernier mot ?

R : Merci pour cette agréable interview !

Site web : lofofora.com