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LEWIS CAPALDI (30/04/18)

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Alors que devant l’AccorHotels Arena, la file de fans de Sam Smith s’allonge, on parvient finalement à se faufiler backstage trente minutes avant le début de la première partie. C’est justement elle qu’on vient rencontrer : Lewis Capaldi, jeune chanteur écossais de vingt-et-un ans. Et s’il ne semble pas plus stressé que ça par son entrée imminente dans l’arène, c’est peut-être parce que malgré son jeune âge et une discographie réduite à un unique EP, “Bloom”, le songwriter n’est plus à une extravagance près. Premières parties de Sam Smith, Rag’n’Bone Man et Niall Horan sur des scènes immenses, tournée à guichets fermés au Royaume-Uni, près de cent millions de streams cumulés sur Spotify, le palmarès de Lewis Capaldi est impressionnant. Rencontre avec un artiste qui, armé de sa voix rauque, d’un talent indéniable de composition et d’une bonne dose d’autodérision, semble bien parti pour se faire un nom sur la scène folk internationale.

Dans moins d’une heure, tu vas grimper sur scène devant près de vingt mille personnes. Comment te sens-tu ?

Lewis Capaldi : Dans une vingtaine de minutes même, on se rapproche ! Mais ça va, c’est une sensation un peu étrange. J’aime être aussi nerveux que possible parce que je suis meilleur quand je suis vraiment vraiment nerveux. Je crois que le meilleur concert de cette tournée, c’était le premier, à Londres, à l’O2 Arena. Parce que je n’avais jamais joué dans une salle pareille auparavant. Je tremblais en montant sur scène, j’étais ultra nerveux, et finalement, c’était l’un de mes concerts préférés. Donc j’espère que je serai tout aussi nerveux ce soir ! En général, je commence à stresser trente minutes avant le concert, mais j’ai hâte, je me sens bien ! (rires)

C’est assez fou que tu joues à Bercy ce soir parce qu’on a lu que c’était justement en France que tu avais chanté pour la première fois sur scène, en faisant un karaoké quand tu avais quatre ans. Ce soir, tu joues dans l’une des plus grandes salles françaises. C’est un peu l’accomplissement ultime.

Lewis : (rires) Oui, peut-être si j’y joue un jour en tête d’affiche !

C’est un bon début !

Lewis : (rires) Oui, c’est pas mal du tout. Mais oui c’est fou. On descendait tout le temps en France, en vacances. On roulait de Glasgow jusqu’au sud de la France, dans des genres de club vacances, et effectivement, la toute première chanson que j’ai chantée sur scène, c’était en France, et c’était “We Are The Champions” de Queen.

Vas-tu faire la même reprise ce soir ?

Lewis : Je ne crois pas ! (rires) On fait bien une cover cependant. Mais ça serait marrant de voir ce que ça donnerait.

Après cette première fois sur scène, avance rapide de quelques années, tu commences à jouer dans des pubs vers tes onze, douze ans. Qu’as-tu appris de ces concerts, où le public n’est pas acquis à ta cause ?

Lewis :  Ça m’a surtout très bien préparé pour les concerts de première partie. Je me sens plus chez moi quand je fais des premières parties. En tête d’affiche, je trouve ça bizarre que les gens connaissent mes chansons. Ces concerts à Glasgow quand j’étais plus jeune m’ont bien préparé car je jouais devant des gens qui ne savaient pas qui j’étais, qui s’en foutaient et qui n’avaient pas envie d’aimer ma musique. C’est le genre de public qui est sous ton nez quand tu joues dans des pubs. Avec ces concerts en première partie, les gens ne savent pas qui tu es, il n’en n’ont pas rien à faire mais sont juste vaguement contents de voir un autre artiste. Mais la différence, c’est que ce public-là a envie que tu l’impressionnes, il a envie d’aimer ta musique. Ces premiers concerts étaient très formateurs pour m’apprendre à jouer malgré tout et essayer de convaincre les gens.

Tu es un peu sorti de nulle part avec ton premier single, “Bruises”, qui a explosé. cinquante-cinq millions de streams sur Spotify, il a été utilisé dans une grosse série, tu as même eu droit à un remix Ibiza. Est-ce que ce succès soudain t’a donné confiance en toi ou au contraire, tu t’es dit “mais comment est-ce que je vais arriver à faire mieux que ça?” ?

Lewis : Plutôt la deuxième réponse. Clairement, je me suis dit “oh merde, des gens m’écoutent maintenant”. Je fais des concerts depuis huit, neuf ans, “Bruises” était la première chanson que je sortais réellement. Je voulais que le plus de monde possible l’entende, mais bien sûr, je n’aurais jamais pu prédire ça. Maintenant que des gens écoutent, tu ne peux pas sortir n’importe quoi, tu dois fournir tous les efforts possibles. Mais c’est de la bonne pression, et c’est un moteur important pour écrire.

Justement, est-ce qu’être soudainement placé sous les projecteurs et avoir un premier gros succès a affecté ton processus d’écriture ?

Lewis : Avant, quand j’écrivais des chansons que personne n’écoutait, j’écrivais seulement pour moi. Et puis tu reçois des messages de gens te disant à quel point tu as changé leur vie ou que tu les as aidé à traverser quelque chose. C’est quelque chose que je prends désormais en compte quand j’écris. C’est étrange que ces chansons puissent avoir la capacité de toucher les gens. Les mots que tu écris ont un vrai poids, alors qu’auparavant, ils n’avaient d’importance que pour moi. C’est le seul impact significatif que ça a eu. Ce n’est pas juste pour moi, il y a des gens qui écoutent ma musique maintenant, mais c’est cool. Je n’ai vraiment plus autant de temps pour écrire, mais j’essaye au maximum.

Tu as commencé à écrire quand tu avais une dizaine d’années. Te souviens-tu de la première chanson que tu as écrite ?

Lewis : Oui, je peux la jouer. Je connais toutes les paroles. Je crois que je me souviens de toutes les chansons que j’ai écrites. J’ai composé cette chanson appelée “The Show Must Go On”. C’est vraiment mauvais, une chanson écrite par un enfant de dix ans quoi.

Elle parlait de quoi ?

Lewis : C’était sur … (rires) Je crois que j’essayais d’être engagé. Mais j’avais dix ans, je ne connaissais rien, et ne connais toujours rien, à la politique. L’une des paroles était un truc du genre “ces cupides politiciens et ces absurdes musiciens” parce qu’à l’époque, il y avait des musiciens qui pétaient des câbles aux infos. C’était vraiment mauvais, mais c’était un bon point de départ je crois. L’idée, c’était que même s’il se passait pleins de trucs dingues, il fallait continuer à s’accrocher. C’était terrible, mais je m’en souviens encore. (rires)

Aujourd’hui, la plupart de tes paroles ont l’air très personnelles. T’inspires-tu principalement de choses que tu as traversées ou cherches-tu de l’inspiration ailleurs ?

Lewis : J’écris principalement à travers mes propres expériences. Je n’avais jamais vraiment écrit sur moi-même jusqu’à il y a deux ans, quand j’ai écrit “Bruises”. Je ne l’ai fait qu’en commençant à travailler avec d’autres personnes, qui m’ont demandé ce qui se passait dans ma vie, sur quoi j’avais envie d’écrire. Je n’y avais jamais pensé avant, je voulais juste écrire des chansons qui avaient un sens, comme une histoire, mais je n’avais jamais pensé à écrire à mon sujet. Je crois que ce sont ces chansons qui, pour l’instant, ont le plus parlé aux gens. Mais je regarde beaucoup de films, je suis un gros fan de films, je m’inspire de ça. J’ai une chanson appelée “Submarine” que j’ai écrite quand j’avais quinze ans, qui part d’un film appelé “Submarine”. Il est réalisé par Richard Ayoade, Alex Turner d’Arctic Monkeys a fait la bande originale. C’est sur deux gosses à l’école, c’est une histoire assez banale mais c’est génial, c’est ce que j’aime dans les films et ce que j’essaye de faire avec ma musique. Il y a une réplique dans le film que j’aime vraiment, le mec quitte la fille et dit : “j’imagine que ça n’aura pas d’importance quand je serais plus vieux, mais ça me fait de la peine maintenant”. Je trouvais ça cool de dire : “on sait tous les deux que ça n’aura pas d’importance quand on vieillira, mais ça en a énormément, ici et maintenant.” Je romance tout assez facilement et je pense que je tiens ça des films, le fait de prendre un petit détail de ma vie, sans grande importance, et de l’exagérer énormément quand j’écris.

Notre chanson préférée sur ton EP, “Bloom”, est probablement “Fade”.

Lewis : Oui, moi aussi !

Y a-t-il une histoire spécifique derrière les paroles ?

Lewis : Je l’ai écrite après avoir rompu avec mon ex-copine, mais la chanson traite du sentiment que tu as quand tu commences à vraiment aimer quelqu’un, quand ils passent de quelqu’un que tu fréquentes à quelqu’un dont tu tombes amoureux. Quand ça arrive, la sensation est géniale, mais en même temps, tu as cette peur de perdre cette personne qui vient avec. C’est un sentiment mitigé. J’avais envie d’explorer ça, la peur de trop tomber amoureux, de tellement s’accrocher à quelqu’un que quand cette personne s’en va, c’est horrible. “You make my heart break more everyday so don’t fade away”, ou peut importe, j’oublie mes propres paroles (rires) ! “but don’t fade away”, c’est l’idée.

Tu dois monter sur scène dans quelques minutes donc ça va être notre dernière question : notre site s’appelle “RockUrLife”, qu’est-ce qui rock ta life ?

Lewis : Qu’est-ce qui rock ma life ? J’aime la nourriture, je mange énormément de bouffe, j’essaye de manger moins mais oui, la nourriture c’est cool. (rires) J’aime bien boire, je suis très fan d’alcool aussi. Et j’aime bien juste rigoler. Je m’enfonce souvent dans les tréfonds de YouTube, quand tu regardes pleins de merde sans pouvoir t’arrêter.

Mon truc en ce moment, c’est la chaîne YouTtube du Guiness Book des Records, c’est plein de conneries, de trucs qui n’ont aucun sens. Il y a un mec qui essaie de claquer des doigts d’une main le plus de fois possible en une minute, il est complètement à fond. En ce moment, c’est vraiment mon truc ! (rires)

OK, on va aller regarder ça ! Merci et bon concert !

Lewis : Merci beaucoup !

Site web : facebook.com/lewiscapaldi

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