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LE GROUPE OBSCUR (22/01/19)

On a voulu en savoir plus sur Le Groupe Obscur, ce prometteur collectif rennais qui cultive parfaitement l’art du mystère, entre musique éthérée à souhait, langage inventé et imagerie fantasmagorique.

Félicitations pour la sortie du nouvel EP ! C’est votre première sortie physique en collaboration avec un label (Midnight Special Records), n’est-ce pas ?

Le Groupe Obscur : C’est ça. On est fier et content d’avoir trouvé des compagnons qui fonctionnent de la même manière que nous. On les avait contactés en leur envoyant une grande BD qui racontait notre histoire, ils ont répondu et c’est parti comme ça.

Vous avez déjà une identité artistique bien marquée, tant musicalement que visuellement. Comment l’univers du groupe s’est-il construit au fil du temps ?

Le Groupe Obscur : Il y a toujours eu la volonté depuis les débuts du groupe de penser à la fois à la musique, à ce qui se passe sur scène et avec la vidéo. On ne voit pas ça comme un accessoire de communication mais comme une façon de narrer la musique et les histoires qu’on crée. On s’est aussi toujours appelé Le Groupe Obscur. Avec ce nom qui parlait à tout le monde, chacun était capable d’extrapoler dans toutes les sphères comment Le Groupe Obscur peut se concrétiser.

Justement, tout ce travail sur l’image et l’ambiance, avec tout un décorum assez complexe et surréaliste, qu’est-ce que ça représente pour vous ?

Le Groupe Obscur : Ça représente la vie. (rires) C’est déjà une condition dans laquelle on se met. On se prépare énormément. C’est pour ça qu’on décore l’endroit dans lequel on va jouer. Il y a un côté un peu rituel, pour qu’on puisse rentrer dedans. On voit plus ça comme une question de performance, comme quelque chose de total.

Rares sont les groupes qui allient autant musique et imagerie à ce point.

Le Groupe Obscur : Ce n’est pas tellement dans une volonté de faire. On ne s’est pas vraiment posé la question finalement. Quand on a une idée, on la fait. Au terme des années, ça nous a permis de tester plein de choses, tant en musique qu’en vidéo et sur scène. On arrive à quelque chose qui se tient et qui nous plait.

Qu’est-ce que vous cherchez à susciter chez l’auditeur ?

Le Groupe Obscur : On ne sait pas si on cherche à susciter quelque chose. C’est plutôt une façon de nous exprimer dans un premier temps. L’imagerie est assez marquée sur tous les aspects, libre à chacun de se faire sa propre interprétation.

Envisagez-vous de développer encore plus votre univers, voire de l’étendre à d’autres thèmes ?

Le Groupe Obscur : On n’a pas l’impression qu’il y ait des limites ou des thèmes particuliers. Ce sont des idées qui sont là, qui font partie des pensées de chacun. Cet univers est quelque chose qui nous habite mais on ne s’est pas dit : “tiens, on va s’arrêter à tel ou tel endroit”. Il y a une part de réalité dans ce qui est créé, certaines images sont extraites de la “vraie” vie. Ça fait déjà cinq ans que ça évolue constamment et c’est sûr que ça se développera encore, mais impossible de dire dans quelle direction.

Qu’est-ce qui inspire Le Groupe Obscur ?

Le Groupe Obscur : Même si on a un bon côté rock, on est très axé dream pop/new wave. On est bien branché Cocteau Twins, Siouxsie And The Banshees, The Cure ou Talk Talk. Parmi nous il y a aussi des fans de Type O Negative (doom mélodique), d’Elton John, de Funkadelic, de blink-182 ou d’Elvis Costello, des gens qui font et inspirent la teuf ! Mais on puise aussi ailleurs : la botanique, Moebius, Marchesa Casati, la haute couture, la culture japonaise, les films et les bouquins de SF, les arts divinatoires ou des petites sessions au planétarium par exemple.

Quel a été le processus de composition pour l’EP ?

Le Groupe Obscur : Pour tout ce qui est composition, le guitariste et la chanteuse amènent des idées avant, puis on y travaille tous les cinq, ensemble. On envisage la création sous un aspect collectif. Pour l’EP, on a rassemblé et sélectionné des morceaux qu’on joue depuis très longtemps et qui sont passés par différents stades. On sonnait beaucoup plus rock avant. Là, les titres ont été réarrangés pour obtenir un résultat d’ensemble pour l’EP, une sorte de trame.

On imagine que ces six titres sont une étape vers une plus grosse sortie ?

Le Groupe Obscur : Oui, il y aura d’autres productions. Pour le moment, on est encore là-dessus. On continue de composer et on bosse sur de nouvelles vidéos notamment. Et sûrement un album qui sortira un jour.

Pouvez-vous en dire plus sur l’obscurien ? Si on a bien compris, il s’agit d’un langage que vous avez créé de toutes pièces.

Le Groupe Obscur : Exactement. C’est une langue qui dit ce qu’on ne peut pas dire, aussi bien sur le plan sonore que sur la signification. Elle évolue en fonction de ce qu’on veut exprimer. Chaque chanson a son propre champ lexical et chaque mot a une signification. “Seles?a” veut dire “salutations”. La formule complète est “Seles?a nes?lata”, “salutations aux ténèbres”. “Pi?edelula” signifie “bois d’épine”, “?ala?etelaea” est plutôt le nom d’un personnage, une sorte de déesse. “?o?o?oda” c’est simplement parce que c’est la coda de l’EP. Il y a bien un sens derrière tout ça, avec un dictionnaire, des règles. Ce ne sont pas des glossolalies. La sonorité de la langue est également en lien avec la mélodie des chansons. C’est ce qui fait qu’on ne peut pas intervertir les chansons dont les paroles sont en français ou en obscurien et c’est aussi pour ça qu’on a fait moitié moitié sur l’EP.

Vous avez déjà eu l’occasion de vous produire en concert ces dernières années. Pour un groupe comme le vôtre, aussi porté sur l’à-côté de la musique, qu’est-ce que représente la scène ?

Le Groupe Obscur : C’est montrer au public ce qu’on est, mais aussi tout simplement le plaisir de monter sur scène. On a tendance à tout faire nous-mêmes. Les décors, les lumières, la scénographie, les costumes. Par exemple, les Transmusicales l’année dernière c’était chouette, il y avait des danseuses, beaucoup de décors et de lumières. Le côté visuel des vidéos peut facilement se retrouver sur scène puisqu’on a l’espace qu’il faut. Et plus on a de l’espace, plus on s’étale.

Vous avez aussi enregistré une session vidéo pour la grosse radio américaine KEXP. Comment ça s’est passé ?

Le Groupe Obscur : Ça s’est fait grâce aux Transmusicales qui ont un partenariat avec eux. On ne savait pas dans quel lieu on allait jouer, et finalement on s’est retrouvé au musée des beaux-arts de Rennes. On a pu s’amuser avec les décors, c’était une belle session et une bonne expérience.

Le mot de la fin : notre webzine s’appelle “RockUrLife”, alors qu’est-ce qui rock votre life ?

Le Groupe Obscur : Ça, à fond dans le van.

Site web : legroupeobscur.tumblr.com

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