InterviewsSlideshow

LAST TRAIN (26/08/19)

Après un premier album encensé par la critique, Last Train sort “The Big Picture”. Le quatuor, au grand complet, nous parle de ce nouveau disque, de son label Cold Fame et du festival lyonnais La Messe De Minuit.

Pour commencer, comment est venu ce choix de vous installer à Lyon ?

Jean-Noël Scherrer (chant) : Après avoir fini nos études on a eu le projet Cold Fame. On voulait se rapprocher d’un groupe à Lyon. On n’avait pas de point d’accroche et on s’est dit que c’était une raison comme une autre. Au fur et à mesure on s’est tous installé là-bas.

Ce n’est pas une ville connue pour son esprit rock, peut-être que les choses évoluent dans le bon sens de ce côté-là ?

Jean-Noël : D’où l’intérêt aussi dans un sens. C’est vrai qu’à l’époque, même si la réflexion était un peu tronquée, il y avait des acteurs à Strasbourg côté label et concert. Nous avions ces prétentions là aussi. C’était intéressant pour nous de s’installer dans une ville où on ne connaissait rien ni personne et qui n’avait pas une réputation rock. Aujourd’hui on se rend compte qu’il y a beaucoup de propositions avec ce que l’on fait avec Cold Fame ou Les Messes.

Julien Peultier (guitare) : On vient d’un petit village de quatre-cent habitants, donc la proposition rock là-bas n’était pas très satisfaisante. (rires)

Antoine Baschung (batterie) : On avait aussi envie de vivre dans une ville où tu peux avoir un confort de vie sans gagner trop d’argent.

C’est une ville située dans une région qui subventionne beaucoup la culture. Bénéficiez-vous de soutiens de ce type pour vos projets ?

Jean-Noël : C’est surtout une question de difficultés juridiques. Au début nous étions une association à but non lucratif qui faisait le métier d’une société de production de spectacles. On n’a pas été aidé par la ville ou la région. On a tout fait comme des privés. Depuis quelques temps on a des ancrages sur le territoire, car on produit des concerts et des festivals. On pense que les soutiens vont arriver l’année prochaine.

A travers votre label Cold Fame vous conciliez votre vie d’artiste et celle d’entrepreneur. Vous encadrez de plus en plus d’artistes, comment ça se passe ?

Timothée Gerard (basse): C’est avant tout de la passion, la nôtre, mais aussi celle des personnes avec qui on travaille au bureau. A la rentrée on va être six permanents. C’est grâce à leur expertise, leur sérieux et leur implication qu’on en est là. Je tiens à préciser que la partie label n’existe plus sous la même forme qu’avant. On est surtout axé sur le live, on a quinze artistes signés. On a la vision artistique nous-même. Le discours, le langage qu’on tient à un artiste est différent. On ne connaissait pas grand-chose il y a cinq ans, on en connait un peu plus maintenant et ça peut séduire les autres artistes.

En septembre vous organisez un festival de trois jours à Lyon. Vous proposez une affiche assez rock, avec des groupes peu connus. Quelle est l’idée derrière La Messe De Minuit ?

Julien : L’idée c’est de s’implanter à Lyon et de faire une grande teuf, de fédérer, de rassembler autour de la musique rock.

Jean-Noël : Il y a un dénominateur commun dans tout ce qu’on fait, c’est cet amour pour le live, pour la prise de risque. Cette recherche des émotions intenses. Je crois que c’est ça qui nous guide dans tout ce que l’on fait. Notre catalogue est très rock, la programmation du festival est très rock, que des groupes sans ordi qui font du live.

Julien : Quand on signe un artiste c’est parce qu’il nous fait vibrer.

C’est vous qui allez chercher les artistes ou vous sélectionnez parmi les propositions que vous recevez ?

Jean-Noël : On a vraiment beaucoup de demandes rentrantes, deux-trois par jour. On pourrait faire beaucoup, mais on se paie le luxe de travailler avec les artistes avec qui on veut vraiment travailler. Parfois il y a des groupes avec lesquels on ne veut pas travailler car on sent qu’on n’a rien à leur apporter.

Votre premier album a été encensé par la critique. Vous avez été qualifiés de nouvel espoir du rock. Est-ce que ça vous a mis plus de pression pour ce deuxième album, “The Big Picture” ? Avez-vous changé votre approche de composition ?

Jean-Noël : Tout a été conscientisé dans cet album. La moindre note de guitare, la moindre note de chant. C’est aussi le cas pour la démarche artistique, puisque, comme tu l’as compris, on s’occupe de tout. On a une chance infinie, c’est que même si ça s’est passé vite tout s’est fait de manière très naturelle pour nous. On a commencé au ras des pâquerettes, on a joué dans des tous petits endroits, on a tout fait nous-mêmes. C’est sûr que quatre ans plus tard on se retrouve dans les gros festivals avec des retours de presse positifs, c’est un peu le grand écart. Mais entre temps il y a eu plein d’étapes. Pour le deuxième album on voulait un propos artistique qui nous convenait à nous.

Julien : On suit beaucoup notre instinct. On se met tous les quatre, on se lance dans la composition de chansons et on ne pense pas forcément au retour des gens. On se dit que si ce que l’on fait ça nous plait, ça touchera aussi les gens. On a l’impression de faire une belle musique, quelque chose d’intéressant et on se dit que les gens en face la réceptionneront comme ça.

Antoine : La seule fois où on en parlait c’est quand on se faisait des vannes. “Les Inrocks : Last Train, mais qu’est-ce que c’est que ce morceau”. (rires)

Vous avez fait un gros travail sur le son. Vous avez enregistré en Norvège, dans les conditions de live. Pourquoi cette volonté ? Qu’est-ce que ça change pour vous ? Et concrètement qu’est-ce que ça veut dire enregistrer dans des conditions de live ?

Antoine : Pour les conditions de live, ce sont les deux guitares, la basse et batterie qui sont prises en jouant en même temps. C’est pour ça qu’il nous fallait une grande salle de prise de son. On joue les quatre en même temps ce que l’on appelle le squelette du morceau et ensuite on ramène les bandes. Le chant, les arrangements et la production ça se fait chez Rémi.

Timothée : L’idée c’est que tous les sons viennent d’une même prise. Parfois on en fait cinquante, parfois on en fait une.

Jean-Noël : On a travaillé avec quelqu’un qui s’appelle Rémi Gettliffe, c’est notre réal depuis toujours. L’amitié que l’on a avec lui est très importante. On a appris de l’expérience du précédent album, on a voulu se poser et ne pas le faire au milieu d’une tournée. On voulait une salle de prise de son plus grande avec plus d’exigences. Rémi nous a proposé une liste de studios, on ne voulait pas rester en France, on voulait partir. Il nous a montré les photos d’un studio en Norvège et c’était lui.

Julien : C’était le jackpot. (rires)

Jean-Noël : C’était magique. Ça a vraiment donné une atmosphère particulière à l’album même si tous les morceaux étaient déjà écrits.

Dans l’album on retrouve un côté froid et mélancolique. C’est vrai que la Norvège est un décor qui se prête bien à ce genre d’ambiance.

Antoine: Tu imagines si on avait enregistré ça en Espagne, il aurait fait beaucoup plus chaud, ça aurait donné un autre projet. (rires)

Julien : J’avais imaginé l’enregistrement et tout s’est passé comme dans mon imagination. Le studio était devant la mer, il y avait quatre heures de soleil par jour. Il se levait vers neuf-dix heures puis se couchait vers quatorze/quinze heures. On était plongé dans l’obscurité, il faisait froid, on fumait des clopes. On a des images de ça qui sont trop belles, on a des souvenirs de ouf.

Jean-Noël : On a fait deux semaines en Norvège puis deux mois et demi en Alsace pour le chant et le reste. C’était très intéressant, un temps de remise en question.

Êtes-vous très impliqués dans les aspects production également ?

Jean-Noël : Oui, c’est de la co-création avec Rémi. C’est vraiment le cinquième membre du groupe. On a fait un énorme travail entre nous sur les pre-prods avant de présenter les morceaux à Rémi. On a essayé d’identifier les problèmes de réalisation technique qu’il allait nous souligner.

Julien : Rémi c’est celui qui nous pousse dans notre son. C’est aussi lui qui a fait la pochette. Il est très talentueux, on lui fait confiance sur beaucoup de choses. C’est un plaisir de travailler avec lui. Et il nous connait tellement bien. Un jour on galérait avec une prise, il nous a dit de sortir parce qu’il avait un truc en faire, mais c’était du mytho. On est revenu et il y avait des lumières étranges partout, l’ambiance avait changé et on a enregistré la prise d’un coup.

Timothée : Quand on dit que c’est le cinquième homme on parle aussi du côté humain, pas juste de l’aspect technique.

Jean-Noël : C’est une grosse responsabilité de produire un album. L’artiste a besoin d’exprimer des émotions. Quand tu poses une voix sur un morceau tout change et ça peut partir dans plein de directions. Ce qui est génial avec Rémi c’est qu’avant chaque morceau je lui expliquais ce je voulais et le pourquoi du comment. Il y avait une transparence totale de l’un envers l’autre et on était sûr de ne pas prendre la mauvaise décision.

Julien : Il y a beaucoup de paramètres qui rentrent en jeu dans la réalisation d’un album qui peuvent tout faire foirer.

On sent un côté plus viscéral, plus urgent dans ce nouvel album, notamment au chant. On a préféré les passages plus aériens, comme ceux du premier single. On aime ce côté Radiohead avec un vrai travail sur les atmosphères et une émotion juste. C’est presque un regret qu’il n’y ait pas plus de morceaux aussi nuancés dans l’album.

Jean-Noël : Je pense que c’est la direction dans laquelle on va finir par aller. On aime cette dynamique, de manière générale. Cette opposition entre les moments très calmes et les moments très violents.

Julien : On aime tout ce qui est “très”. (rires)

On suppose que vous êtes très excités à l’idée de défendre tout ça en live ?

Julien : De ouf ! (rires) On joue quelques morceaux en live, on change selon les concerts. Il y a des chansons sur lesquelles on a travaillé pendant un an ou deux ans, mais qu’on n’a jamais joué en live. C’est super excitant.

Ça doit être intéressant de pouvoir regarder la réaction du public quand il découvre un nouveau morceau.

Julien : Oui c’est intéressant, mais il y a aussi ce côté de découvrir un album en entier pour la première fois. Le premier album, finalement tous les morceaux étaient déjà connus car on les jouait en live et il y a eu les EP, les singles. Là il y a trois singles, mais il restera six morceaux à découvrir en entier.

Les deux premiers singles sont radicalement différents. Deux propositions pour découvrir l’album.

Jean-Noël : Oui et le troisième single est “The Big Picture”, encore une nouvelle facette.

Julien, est-ce toi qui t’occupes des vidéos ?

Julien : Oui tout à fait. C’est une réflexion commune à chaque fois. Là le troisième clip, la chanson fait dix minutes trente. C’est l’histoire de notre vie, de notre amitié. C’est un gros taf d’archives que j’ai commencé il y a seulement dix jours, pour des raisons stratégiques. (rires). Trente-cinq heures de rush, cinq-cent plans, j’aime bien dire les chiffres, c’est stylé. (rires)

Combien d’heures de travail ?

Timothée : Dix jours. (rires)

Antoine : Tu enlèves cinq heures de nuit et tu as le compte. (rires)

Julien : Je travaille sur la route, entre les répètes, dans le train. Mais là tout est fini et je suis très content du résultat.

Vous partez en tournée, vous avez des dates en France et en Europe. Avez-vous des ambitions plus fortes pour l’international ?

Jean-Noël : L’international on en a fait très tôt. La première vraie tournée que l’on a faite on l’a montée nous-mêmes et on est toujours resté dans cette dynamique. On retourne en Asie cet automne. Jouer à l’étranger c’est formateur, ce sont des conditions radicalement différentes. Ça nous apprend la vie, ça nous permet de garder les pieds bien sur terre. Le monde est tellement grand, on se dit qu’on a fait trois-cent cinquante dates dont deux-cent cinquante en France. Si on fait ça dans chaque pays il y a tellement à faire, ça donne le vertige.

Julien : Il y a cinq ans on connaissait cinq salles en France. Depuis on a dû en faire deux-cent, on peut faire la même chose en Allemagne, en Espagne, en Uruguay. (rires)

Pour finir, la question traditionnelle de notre webzine : qu’est-ce qui rock votre life ?

Julien : Eliott Smith en ce moment !

Timothée : Mais you guys. (rires)

Antoine : C’est un peu con, mais c’est vrai. (rires)

Jean-Noël : Oui c’est vrai, ce sont mes trois copains.

Julien : Eliott Smith à côté c’est rien. (rires)

Site web : lasttrain.fr

Ecrire un commentaire

Marion Dupont
Engagée dans la lutte contre le changement climatique le jour, passionnée de Rock et de Metal le soir !