Interviews

LAMB OF GOD (10/07/15)

A l’occasion de la sortie de “VII: Sturm Und Drang”, nous avons eu la chance de pouvoir parler avec Chris Adler, batteur du groupe Lamb Of God cet été. L’occasion de revenir sur la préparation de ce nouvel album, les événements compliqués qui ont touché le groupe, mais aussi sa collaboration avec Megadeth.

Vous étiez avec Lamb Of God au Hellfest il y a quelques mois, qu’en as-tu pensé ?

Chris Adler (batterie) : C’était le meilleur concert que nous avons pu donner en France, et de loin. Nous avons eu un succès un peu plus tardif en France. Rien d’anormal car nous sommes américains et bien sur, nous aimerions passer autant de temps aux Etats-Unis qu’en Europe mais c’est compliqué. Toujours est-il que désormais nous sommes venus plusieurs fois en France, au Hellfest notamment, et cette fois-ci était bien mieux que toutes les autres fois. Je pense que notre précédent album, “Resolution” (2012), a plu au public français et qu’il y a également les épreuves que nous avons traversé depuis. Le public est donc venu nous soutenir et soutenir le metal en général. Le festival était super et notre concert vraiment excellent.

Comment expliques-tu le fait que vous revenez plus forts que jamais après ce qui est arrivée à votre groupe, et à Randy plus particulièrement, ces dernières années ? (ndlr : Randy Blythe, chanteur de la formation a été incarcéré de juin à aout 2012 car jugé coupable par les autorités tchèques d’avoir poussé un spectateur de dix-neuf ans lors d’un concert du groupe en 2010. La chute du garçon ayant entraîné sa mort)

C : C’est une longue histoire et un long procès. Je pense que lorsque Randy a été arrêté et incarcéré, tous les membres du groupe ont commencé à envisager le fait que ce soit la fin de Lamb Of God. Nous n’avions aucune idée de la durée de l’incarcération de Randy ce qui était angoissant pour deux raisons : nous avions peur de ce qui allait arrivé à notre ami bien sûr et notre carrière était forcément dépendante du sort de Randy. A partir de là, tout le monde a commencé à réfléchir à ce qu’il pourrait faire en cas d’arrêt du groupe. J’ai ouvert un restaurant, d’autres ont créé leurs entreprises.

Quand toute cette histoire a heureusement pris fin, nous nous sommes retrouvés sans l’obligation de faire quoique ce soit ensemble. Nous n’avions pas de contrat avec une maison de disque nous obligeant à enregistrer un nouvel album. Nous n’avions pas l’obligation de retourner en tournée pour gagner l’argent. Nous étions totalement libres de faire ce que nous avions envie. Et c’était extrêmement stimulant ! Nous n’avions pas la pression d’être obligés de faire quoique ce soit, donc l’idée était de juste prendre du plaisir ensemble, et de voir si le résultat était suffisamment bon pour en faire quelque chose. Bien entendu, nous avions énormément de choses à dire, d’émotions à extérioriser, de démons à combattre vu ce que nous venions de traverser et aussi parce que nous sommes des musiciens. J’imagine que nous exprimons à travers notre musique ce que nous ne pouvons pas exprimer autrement. Ce qui fait que notre musique n’a été motivée que par la simple envie d’être là, de dire les choses, sans la pression d’un contrat. Je pense que c’est pour ça que lorsque les gens écouteront le nouvel album, ils ressentiront une nouvelle énergie dans la musique de Lamb Of God.

On ressent que vous vous êtes accordés plus de libertés dans votre musique. Notamment toi, à la batterie. Avais-tu des idées ou des objectifs à atteindre pour cet album ?

C : A chaque fois que nous sortons de la période de travail sur un album, je réécoute le disque six mois plus tard et je vois les choses que j’aurai pu mieux jouer ou jouer différemment pour que la chanson soit meilleure. C’est mon coté perfectionniste. Ca me permettait de me fixer des objectifs à atteindre pour l’album d’après.

Mais pour cet album, c’est la première fois où j’ai abordé le travail de composition sans l’idée d’avoir quoique ce soit à me prouver. Je pense que, que ce soit avec Lamb Of God, ou avec Megadeth, Testament ou Protest The Hero, j’ai enregistré suffisamment d’album pour me permettre d’être à peu près sur de ce que je fais ! (rires) Jouer de la batterie sera probablement mon métier pour toute ma vie, et loin de moi l’idée de crier que je suis bon, j’accepte juste que je sais le faire. Je ne veux plus douter de moi, donc j’aborde désormais les choses en me disant que je dois m’écouter et jouer ce que je ressens plutôt  que de chercher absolument à être plus rapide avec ma main, ou à utiliser plus de cymbales d’effets, ou encore chercher à absolument placer certains plans que j’ai en tête. Je fonce juste sans trop réfléchir à ce que je fais. Je pense que raisonner comme ça m’a permis de m’ouvrir au niveau du songwriting. Je ne me prends plus la tête à chercher à être meilleur que l’ancien moi, je suis juste là à jouer, à échanger des idées avec mes amis sur comment on pourrait rendre la chanson meilleure, sans que je me concentre sur comment placer ce plan de toms que j’ai en tête. Ca a été libérateur pour moi car je me suis autorisé à jouer des choses vraiment simples mais aussi des choses beaucoup plus ardues et agressives, sans pour autant que ça entre en contradiction avec mon état d’esprit dans un cas comme dans l’autre.

Cela fait trois albums maintenant que vous choisissez Josh Wilbur (Gojira, Avenged Sevenfold, Hatebreed) comme producteur. Quelle est ta relation avec lui ?

C : J’adore travailler avec Josh car c’est un batteur. Ce qui fait que je suis surement le membre du groupe qu’il pousse le plus dans ses retranchements. Il arrive toujours avec de nouvelles idées, il cherche toujours à me faire jouer des choses que je ne pense pas pouvoir réaliser. Dans son esprit, je suis un batteur qui peut jouer n’importe quoi donc il se met en tête de me pousser à essayer un million de choses différentes. Entre ses idées et les miennes, nous avons plein de possibilités pour chacun des plans et, évidemment une seule finira sur l’album mais il me pousse vraiment à aborder mon jeu d’un angle différent. Etre poussé par les musiciens que l’on rencontre est une des meilleures choses qui soit à être en studio. Même lorsque l’on a commencé le groupe, nous jouions avec un guitariste qui était un bien meilleur batteur que moi ce qui m’a poussé à progresser très rapidement. J’adore l’idée de travailler avec quelqu’un qui va te faire progresser car techniquement, il pourrait prendre ta place et s’en sortir à merveille. Donc être en studio avec Josh, qui est batteur, me pousse à être à 110% tous les jours. Je n’ai pas le temps de me relaxer, pas l’opportunité de me reposer sur mes lauriers, il faut que je sois le meilleur possible car il pourrait venir jouer les chansons lui aussi et ça serait aussi bien, voire mieux.

Parfois c’est dur à vivre mais je l’accepte car c’est ce que je veux, j’ai besoin d’avoir quelqu’un qui me regarde droit dans les yeux et qui me dit “Non ça tu peux le jouer mieux que ce que tu viens de faire, on recommence.”

Tu es une source d’inspiration pour de nombreux jeunes batteurs de metal. Y’a t-il des jeunes groupes ou des jeunes batteurs que tu apprécies aujourd’hui ?

C : Bien sûr ! Je suis toujours un metalhead donc j’écoute toujours de nouveaux groupes. Actuellement, l’un des groupes que je préfère aujourd’hui est Tesseract. Il y a également Periphery que j’adore. J’essaie de rester ouvert sur toute cette vague de metal moderne. Mais tu vois, ces derniers mois je travaillais avec Megadeth, donc j’écoutais toute leur discographie pour apprendre tout leur catalogue. Du coup, c’était compliqué de vraiment me tenir informé du reste. J’essaie le plus possible de suivre l’évolution de la musique mais je ne vais pas te dire que je connais tout.

C’est donc officiel maintenant, tu as enregistré le nouvel album de Megadeth. Peux-tu revenir sur cette expérience ?

C : Mec, c’est incroyable. Megadeth est le groupe qui, une fois arrivé dans ma vie, m’a fait changer mon regard sur la musique et a déterminé la personne que je voulais devenir. Pour moi il n’y a pas de plus grand honneur que d’avoir été sollicité pour l’enregistrement de cet album. Je suis le plus grand fan de Megadeth au monde, leurs premiers albums ont véritablement changé ma vie. Cependant, il était important pour moi de ne pas aborder cet enregistrement dans la peau du fan. Je voulais être capable de pouvoir m’exprimer quand je trouvais que les choses ne sonnaient pas bien et que je pensais que l’on pouvait améliorer telle ou telle partie. Comme je l’ai dit, je suis un fan de Megadeth donc je sais que ce que Megadeth veut. Et parfois, la frontière entre le fan et le musicien était compliquée à définir mais, c’était le job ! Je suis heureux d’y être parvenu.

As-tu participé au travail d’écriture ? Quelle fut ta part d’investissement dans l’écriture des parties de batterie ?

C : Ils ont commencé par m’envoyer une dizaine de démos avec des batteries programmées dessus. Ce n’était pas quelque chose de véritablement posé. C’était plus pour me montrer l’esprit de ce que le groupe voulait, pour me montrer où devait se placer la caisse claire par exemple. Donc j’ai fait exprès de ne pas apprendre ces parties par coeur. Je voulais que mes parties restent naturelles et viennent de moi. Je dirais donc que ce que vous allez entendre est le résultat de… 30% ce que le groupe a écrit et 70% de ce que moi j’ai mis dans ces chansons.

Tu vas jouer un seul concert avec le groupe. Comment abordes-tu cet événement ?

C : Je suis vraiment très très très très très très nerveux ! Ce n’est pas la musique la plus compliquée à jouer. C’est même bien plus simple que la majeure partie du répertoire de Lamb Of God, mais ce n’est pas ma musique. Quand je fais des concerts avec Lamb Of God, pour la plupart ce sont des chansons que nous jouons depuis des années alors, mes prestations ressemblent à une sorte de black-out. Mon corps est habitué à les jouer alors ça vient tout seul.

Mais pour Megadeth, je ne peux pas me permettre de lâcher prise et de laisser mon corps me guider. Je dois rester concentré du début à la fin du concert. Mais je suis persuadé que tout se passera bien et j’espère pouvoir recroiser ces mecs sur la route pour que l’on puisse rejouer ensemble.

Site web : lamb-of-god.com

Interview également parue dans le numéro de septembre de “Batterie Magazine”

Nathan Le Solliec
LE MONDE OU RIEN