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KYO (03/11/21)

KYO célèbre ses vingt ans de carrière avec la sortie d’un nouvel album studio. RockUrLife a pu échanger avec les trois membres fondateurs pour en savoir plus sur ce sixième disque, “La Part Des Lions”.

Comment vous-sentez vous en cette période d’avant sortie d’album ?

Benoît Poher (chant) : On se sent plutôt bien. On sort d’une longue tournée qui s’est soldée par une très bonne date à Bercy. On a beaucoup de retours des premiers singles qui sont très positifs, on est très contents. Après on sort également d’une période et d’un contexte à la fois particulier et difficile, donc plein d’émotions se mélangent.

Florian Dubos (guitare/chant) : C’est toujours angoissant de sortir un nouvel album, mais là on commence à avoir pas mal de retours sur les morceaux sortis. Les premiers retours sont vraiment bons, il y a un vrai engouement pour le morceau “Quand Je Serai Jeune”.

La construction de cet album paraît un peu différente de ce que vous aviez l’habitude de faire, peut-on parler d’une forme de concept album ?

Benoit : Oui c’est vrai que c’est la première fois que l’on fait cela, mais cette idée est arrivée après avoir écrit l’album. En fait on a commencé par écrire “Margaux, Omar Et Marlow” et on s’est tout de suite attachés aux personnages. On s’est rendu compte que l’on pouvait voir ces personnages évoluer à travers chaque morceau de l’album. Finalement on a décidé de raconter la vie de ces personnages à travers quatre clips, dont trois sont déjà sortis.

Avant de parler des clips, dans le titre d’ouverture “Margaux, Omar Et Marlow” présente les personnages de l’histoire, il y a un passage instrumental assez dramatique avec du piano, du violon. Il se dégage une ambiance un peu malaisante, annonciatrice d’un évènement malheureux à venir.

Florian : Oui c’est un passage que l’on a énormément travaillé, on voulait développer ces aspects cinématographiques que l’on va retrouver dans le clip. On s’est permis d’aller plus loin dans le côté théâtral car cela servait l’histoire. On s’est vraiment pris la tête sur cet album. (rires)

Comme vous le disiez, les histoires de ces trois personnages se retrouvent en image sur des clips sortis par chapitre. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la manière dont ils ont été réalisés et votre implication sur ce projet ?

Florian : On a travaillé avec Akim Laouar pour faire cette série de clip. Pour que cela marche il fallait trouver un trio d’acteurs qui allait rendre l’histoire crédible et c’est ce qui s’est passé avec ces acteurs. Akim nous a fait des propositions sur des acteurs après casting.

Benoît : Il avait vraiment flashé sur les trois acteurs et on a eu le même ressenti, on était d’accord avec le choix. Il y a une alchimie entre les trois personnages qui va au-delà de ce que l’on espérait. Quand on les voit dans le clip on sent qu’il y a une connexion profonde entre eux et en quelques secondes ils arrivent à nous transmettre une émotion intense. Je trouve cela assez bluffant.

Florian : Je crois qu’ils étaient très contents de travailler sur ce projet et c’est grâce à la connexion qu’ils ont su développer que les clips fonctionnent.

Benoît : Je trouve qu’ils sont vraiment doués et attachants. On voulait faire quelque chose de différent, qui colle à l’album et avec ces quatre clips je trouve que l’on a réussi.

On admet avoir été très ému en écoutant le morceau “Quand Je Serai Jeune”, avec une mélodie faussement naïve dont émane une douleur qui a l’air très sincère. Comment s’est passée cette collaboration ?

Benoît : C’est un morceau qui peut paraître simple, mais en fait cela a été très compliqué de le créer. J’avais écrit une dizaine de couplets et je ne voulais rien retirer, mais pour arriver au morceau final il fallait en enlever et c’était dur pour moi. Tout me semblait essentiel. Cela a entrainé pas mal de négociations pour savoir quoi garder.

Florian : On n’avait pas de refrain, au départ, que des couplets. Il nous fallait quelque chose pour que ce soit réellement un morceau et pas une succession de couplets qui aurait rendu un résultat trop redondant. Après on s’est dit que ce n’était peut-être pas forcément nécessaire d’avoir des mots et on est arrivés sur cette idée avec du chant sans paroles. Au niveau de la partie instrumentale cela a été compliqué. On a essayé de faire des boucles, des effets, on n’arrivait pas à un résultat qui nous plaisait. Le rendu peut avoir l’air simple mais le processus a été assez long et douloureux. On était content d’avoir fini ce morceau !

Benoît : J’ai failli pleurer quand on a fini ce morceau. Je pensais que l’on y arriverait jamais et je pense sincèrement que c’est l’un des meilleurs morceaux de KYO.

Florian : Surtout quand tu travailles et retravailles un morceau tu as peur de perdre le fil ou l’émotion initiale.

C’est un morceau qui reflète un peu la quintessence de ce qui fait KYO. Cette capacité à aborder des sujets parfois très sérieux avec poésie et nostalgie.

Benoît : Cela me touche car je me prends vraiment la tête pour écrire mes morceaux. Mes paroles peuvent avoir l’air simples, mais c’est un processus d’écriture assez long derrière.

Florian : Avec “Quand Je Serai Jeune” il y avait aussi cette idée d’avoir une forme de conversation. C’est un peu comme si on se donnait la réplique avec Ben et d’une certaine manière cela permet d’intégrer d’autres personnes dans cette échange. C’est une manière d’intégrer des personnes extérieures et de partager les sentiments qui se dégagent.

Comment est-ce que l’on arrive à écrire un morceau comme “Ton Mec”, dans lequel sont abordés des histoires personnelles avec poésie mais également beaucoup de franchise et d’honnêteté ? Est-ce que l’on pense à l’impact que cela peut avoir sur l’entourage ?

Benoît : Clairement l’entourage n’est pas dupe. C’est un exercice difficile.

Florian : Je crois que Benoît a aussi cette capacité à mettre dans la peau d’autres personnes ou créer des personnages auxquels on va s’attacher. Là c’est le cas avec ces trois personnages que l’on suit.

Sur le morceau “Stand Up”, tu te mets dans la peau d’une femme qui est dans une relation toxique. Peux-tu nous dire pourquoi ce choix et quels messages tu cherchais à faire passer ?

Ben : Je voulais avoir une chanson qui me permettait de chanter “il me dit que je suis belle” (ndlr : Ben chante le morceau de Patricia Kaas).

Florian : Ah mais je n’y avais pas pensé (rire), pourtant c’était devant mes yeux depuis tout ce temps !

Ben : Plus sérieusement, j’ai regardé un reportage à la télé dans lequel des femmes témoignaient de leurs expériences dans des relations avec des pervers narcissiques. J’ai été marqué par leur propos et j’ai voulu recréer ces interactions à travers mes paroles. Tous les témoignages décrivaient les mêmes progressions, les mêmes attitudes. Je n’ai fait que reprendre ce que ces femmes disaient. J’ai écrit le morceau en me plaçant dans la peau d’une femme pour pouvoir dire les choses sans que ce soit offensant.

Florian : Au début de la relation la personne est mise sur un piédestal, elle est très valorisée, flattée. Quand la relation progresse, dans le discours et les gestes, l’autre personne va prendre de l’emprise et venir détruire toute l’estime et la confiance en soi de sa ou son partenaire. C’est une logique destructrice.

Benoit : Dans mon texte j’ai fait le choix d’avoir une femme qui prend conscience de ce phénomène et qui arrive à lutter et à s’en sortir. Ce qui n’est malheureusement pas le cas pour toutes.

© Laura Gillie

Musicalement c’est à la fois le retour des guitares et la part belle à l’acoustique minimaliste, cela apporte aussi un côté retour aux sources qui fonctionne bien avec l’esprit assez nostalgique de l’album. Pourquoi cette envie ?

Florian : C’est quelque chose qui est arrivé très naturellement. Les premières idées de morceaux que l’on a eues étaient dans cet esprit plus rock ou plus acoustique. C’est effectivement une forme de retour aux sources qui n’a pas été intellectualisée. On ne s’est pas fixé ce genre de contraintes, on a fait avec les idées qui venaient et on est content du résultat.

Est-ce que cela veut dire que l’on va entendre des morceaux des deux derniers albums dans une version plus rock sur scène ? Un titre comme “Fremen” fonctionnerait bien avec des guitares et de la distorsion.

Benoît : On a déjà cette habitude de rendre les morceaux plus rock sur scène. C’est notre essence. C’est vrai qu’un morceau comme “Fremen” qui alterne des passages plus lents avec des montées fonctionne bien avec les guitares.

Florian : Je crois qu’on a surtout très envie de jouer ces morceaux sur scène.

D’ailleurs c’est quoi cette petite obsession pour les yeux des fremens ?

Benoît : J’ai été fasciné par la couleur de ces yeux quand j’ai vu le film de David Lynch. J’étais tout jeune et cela m’a vraiment marqué. C’est vrai que j’ai fait une référence dans le nouvel album, j’avais oublié. Je ne savais absolument pas qu’un film était en prévision quand j’ai écrit le morceau “Fremen”.

Nicolas Chassagne (basse) : On était en avance sur notre temps, d’ailleurs ils auraient pu nous appeler pour composer la musique du film !

Benoît : D’ailleurs on n’a toujours pas vu le film !

© Mélanie Lhote

Il y a aussi un travail sur les voix encore plus poussé sur cet album, notamment sur le dynamisme dans “Enfants De La Patrie”.

Benoît  : C’est un morceau qui part d’une instru de Flo. J’ai posé mes mots sur son rythme et après Jocelyn est venu tout détruire. (rires) Ils ont accéléré puis ralenti ma voix pour essayer de trouver le bon tempo. Cela a complétement détruit ma voix. (rires)

Florian : En plus je crois qu’on est revenu au tempo initial. (rires)

Toujours sur la partie voix, il y a une nouvelle forme de fragilité que l’on retrouve sur “Comète”. D’ailleurs qui chante avec vous sur ce titre ?

Benoît : Je chante en duo avec une artiste belge qui s’appelle Alice On The Roof. On a enregistré nos voix en Belgique et quand on l’a entendu chanter on a tous été bluffé par ce qu’elle dégageait. C’était encore mieux que ce que l’on avait imaginé. Il y a une émotion toute particulière sur ce morceau.

Nicolas : Elle a une forme de vulnérabilité, de fragilité, qui correspond au morceau. Elle apporte quelque chose d’unique, on a vraiment eu des frissons en studio avec elle.

Florian : Et en plus on s’est bien marré avec elle !

Le dernier morceau apporte une conclusion plutôt très triste malgré la douceur de la voix et de l’instrumentation minimaliste, avec une fin de titre qui ressemble à une rêverie.

Florian : Il fallait arriver aux quarante-deux minutes pour faire le LP. (rires) On s’est posé la question de comment finir le morceau et quel ton lui donner. En fait, c’est la même boucle que la fin de “Comète” mais en très ralenti, c’est difficilement reconnaissable.

Benoît : Cela permet aussi de boucler avec l’intro. Au début de l’album on entre dans une histoire et avec cette fin de morceau on en sort.

© Mélanie Lhote

Il y a des phrases, des expressions qui reviennent dans les paroles comme “j’ai le mal de mon époque”.

Benoît : Quand j’écris il y a des choses qui me viennent naturellement, mais qui sont le résultat d’un long processus inconscient d’écriture. Cette expression m’est venue, elle symbolise une attache émotionnelle et nostalgique.

Nicolas : Je crois qu’il n’y a pas d’époque idéale. On a souvent tendance à idéaliser le passé, à oublier ce qui n’était pas bon. Finalement c’est un sentiment assez commun.

Benoît : Nous sommes tous des jeunes quarantenaires. C’est assez classique de devenir nostalgique.

Vous vous êtes rencontrés très jeunes, vous semblez toujours très proches malgré les années qui passent. Quel est le secret de votre relation ?

Nicolas : C’est vrai qu’on s’est rencontrés très jeunes, on a grandi ensemble, on a appris à se connaitre et on continue d’apprendre à se connaître.

Benoit : C’est vrai que ce n’est pas commun d’arriver à durer en travaillant avec les mêmes personnes. Je crois que pour moi la clé c’est que je me marre toujours autant avec ces gars. Je prends toujours autant de plaisir à travailler et à passer du temps avec eux.

Florian : C’est un peu comme une relation de couple. Il faut de l’écoute, de la communication et du respect. J’ai beaucoup d’admiration pour le travail de mes compères et c’est vrai que l’on se marre vraiment quand on est ensemble. Cela ne veut pas dire que c’est toujours facile, parfois il nous arrive de nous prendre la tête ou de vivre des choses dures, mais au final c’est ce plaisir d’être ensemble qui prend le dessus.

Et la dernière question rituelle : nous sommes “RockUrLife”, alors qu’est-ce qui rock vos life ?

Benoit : Je suis papa et ma famille compte beaucoup pour moi, mais je dirais que c’est l’amour de faire de la musique avec ces gars là qui l’emporte.

Florian : Moi aussi, je ne vais pas être très original mais c’est vraiment cela, la musique et les amis.

Nicolas : Pour moi c’est aussi les potes et la musique. Mais il y a aussi Roch Voisine. (rires)

© Mélanie Lhote

Site web : kyomusic.com

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Marion Dupont
Engagée dans la lutte contre le changement climatique le jour, passionnée de Rock et de Metal le soir !