Interviews

KREATOR (20/11/16)

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Miland “Mille” Petrozza, le sympathique chanteur du groupe de thrash allemand Kreator nous a reçu à quelques semaines de la sortie du quatorzième et prochain album “Gods Of Violence”. L’opus sort le 27 janvier 2017 et vous ne serez pas déçus. Retour sur cette sympathique rencontre.

Votre album sort dans peu de temps. Quel est votre état d’esprit quand un opus est sur le point de sortir ?

Miland “Mille” Petrozza (chant) : C’est excitant, tu as hâte de connaître les réactions des gens. De plus, c’était un long travail, j’ai commencé à écrire les morceaux en 2013 et on a commencé à les enregistrer au début 2016. Pour moi, je le vois comme la fin d’un cycle et le début d’un autre évidemment. En tant que musicien, tu ne peux que donner de ton mieux, écrire des chansons qui te tiennent à cœur et espérer que les gens vont apprécier ce que tu as fait autant que toi. Il y a beaucoup d’anticipation. Et au fond, il y a comme un soulagement parce que c’est enfin prêt, et tu peux enfin connaître les réactions. Bon, parfois les réactions ne sont pas terribles mais j’espère que cela plaira. On verra, on verra ! Mais, je suis vraiment content du rendu et j’ai hâte de pouvoir partager cela avec le public.

As-tu l’habitude de lire les chroniques sur tes albums ?

Miland : Parfois. Cela dépend si la chronique est bonne ou pas. (rires) Je te mentirais si je te disais que je m’en fichais, mais évidemment quand tu es musicien, tu as besoin de retour; sinon c’est comme si tu étais perdu, tu fais un truc que tu aimes mais le reste du monde ne l’aime pas forcément autant que toi. Mais les retours sont intéressants, parfois les gens interprètent ta musique différemment. Nous venons juste de sortir une nouvelle vidéo, et il y a eu plein de réactions et d’interprétations différentes. Mais on verra ce que les gens vont en penser.

Préfère-tu être en tournée ou composer ?

Miland : Faire un album. J’aime être en tournée mais se déplacer constamment peut être épuisant par moment.

Qu’est ce qui a été le plus difficile dans le processus d’enregistrement ?

Miland : Ce n’était pas difficile, il y avait juste une tension logique. Quand tu essaies de donner le meilleur, et d’avoir le meilleur rendu possible, tu es extrêmement concentré à rendre la performance aussi émouvante que possible. Je suppose que la partie la plus difficile de l’enregistrement était de capturer cela mais c’était cool. Nous n’avons senti aucune pression. Quand nous arrivons en studio la pression est déjà partie parce que nous avions déjà enregistré tous les morceaux en démo. C’était plus comme une expérience aventureuse car nous avions plus de détails pour les morceaux. Disons que pour l’enregistrement des chansons, les détails étaient ce qu’il y avait de plus essentiel. Mais nous n’avions pas du tout de pression. En fait, je ne le voyais même pas comme un travail mais il fallait rester concentré.

Comment choisis-tu l’ordre de vos chansons dans l’album ?

Miland : Ça arrive en dernier. J’avais un ordre complétement différent quand nous sommes entrés en studio, mais cela a évolué avec la première chanson que nous avons enregistrée. Il s’est passé quelque chose en studio et nous en avons conclu que nous devions débuter l’album et le concert avec ce titre. C’est comme ça que cela s’est passé cette fois ci. Parfois, cela vient vraiment en dernier. Mais pour cet album, j’avais vraiment la première chanson et la dernière dans ma tête; mais finalement l’ordre a changé.

Vous avez gardé le même producteur (Jens Bogren) que sur l’album précédent. Alors peux-tu nous expliquer en quoi “Gods Of Violence” est différent de “Phantom Antichrist” (2012) ? L’album nous semble plus mélodique.

Miland : Oui ! Oui, c’est nettement plus mélodique. Pour moi, c’est la continuation de “Phantom Antichrist”. Enfin la continuation mais cela est quand même différent. C’est une vision différente, une vibe différente. Cela fait quatre ans et demi que “Phantom Antichrist” est sorti, donc toutes les choses que nous avions expérimentées pendant ce temps se sont ajoutées à ce nouvel album. Donc, c’est comme une expérience de quatre ans et demi devenue vivante. Le monde a changé, nous sommes moins en sécurité, le monde est devenu plus extrême, plus intense et moins sûr. Mais nous devons faire avec, nous devons garder une mentalité positive, et c’est comme cela que l’album doit être. Il a un pouvoir très positif. C’est la célébration de la musique metal.

Cela fait quatre ans depuis votre dernier album. Pourquoi avoir pris autant de temps ?

Miland : Pour être inspiré, il faut vivre sa vie, c’est essentiel. Si tu es toujours sur la route et que tu écris sans t’arrêter, c’est inutile parce que tu n’expérimentes rien et c’est essentiel pour écrire de la musique. Et je ne parle pas que pour la musique, mais pour l’art en général, c’est comme ça que cela doit se passer pour moi. Il faut vraiment du temps pour vivre de nouvelles expériences.

Qui a réalisé la pochette ?

Miland : C’est Jan Meininghaus. C’est l’homme avec lequel je travaille depuis 2012. On avait plusieurs versions différentes mais nous avons sélectionné la dernière. Les deux premières n’étaient pas comme je les imaginais. C’était assez compliqué de trouver le bon artwork mais on l’a trouvé, et nous en sommes très satisfaits.

La dernière fois que vous avez joué à Paris, c’était au Bataclan, et vous y retournez en février. Avez-vous choisi cette salle compte tenu des évènements de novembre 2015 ?

Miland : Nous avons choisi cette salle car nous croyons, et surtout depuis cet affreux évènement, que c’est nécessaire de retourner là et de célébrer le metal encore une fois. Ne pas laisser ces gens, ces fanatiques gagner. Nous choisissons d’être la force contre tout cela, contre cette horrible façon de penser, de détruire tout ce que la vie représente, contre ce chaotique acte de violence, mais nous sommes plus forts. Voilà pourquoi nous retournons au Bataclan, nous pensons que le metal a un fort pouvoir, et nous allons le prouver, nous allons continuer de vivre comme nous le voulons. Et face à ces gens, nous continuons de garder la paix, de garder cet optimisme, cet enthousiasme de la musique et de la communauté metal. Mon opinion est très forte et très pacifique. Tu vas à des festivals comme le Hellfest ou le Wacken et tu montres au monde que c’est une musique pacifique, même si elle ne le parait pas. (rires)

Lors de votre dernière tournée européenne, vous avez partagé l’affiche avec Arch Enemy, ce qui est assez intéressant car vous n’avez pas vraiment le même public. Comment choisissez-vous vos compagnons de tournée ? Est-ce une envie de jouer devant un public différent ?

Miland : Non, nous sommes amis avec Arch Enemy. Je connais Michael Amott (ndlr : guitariste de Arch Enemy) depuis des années, depuis le moment dans Carcass. Et je connais Sharlee (basse) depuis longtemps également, il a joué dans de nombreux groupes avec lesquels nous avons déjà tourné. J’aime vraiment Arch Enemy. Nous ne catégorisons pas les groupes, nous ne pensons pas comme cela. Moi, Sharlee, Michael et tous les gars de Kreator nous ne voyons pas les choses comme cela, comme deux groupes distincts, c’est juste…le metal. Nous venons tous du même milieu, nous créons de la musique de différents point de vue, mais c’est le même genre de musique.

Si tu pouvais partir en tournée avec qui que ce soit, qui choisirais-tu ?

Miland : Vraiment, je pourrais citer tellement de groupes différents, mais je pense que ce n’est pas what is about. Je veux partir en tournée avec des groupes sympas. C’est essentiel. Cela ne dépend pas de la grandeur ou de la popularité du groupe, cela dépend de l’entente. Si tu me demandes en tant que fan, j’adorerais partir en tournée avec des groupes tels que Iron Maiden ou Judas Priest, ce serait cool. Mais d’un autre côté, je ne sais pas. Je mourrais heureux si cela venait à se produire. Mais je suis très satisfait de comment les choses se passent et de nos camarades de tournée. Et je suis heureux des groupes avec lesquels nous avons tourné tels que Arch Enemy, Morbid Angel, nous partons en tournée avec Sepultura. Ce sont des groupes qui ont beaucoup apporté à la culture metal.

Imagine la situation : tu rencontres quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de Kreator, tu ne peux décrire ton groupe qu’avec un seul mot et tu ne peux lui faire écouter qu’une seule chanson dans toute ta discographie. Quels seraient tes choix ?

Miland : (rires) Je n’essaierais pas de mettre des mots pour décrire la musique, je lui jouerais juste une chanson de nos albums. Peut-être “Satan Is Real” ou “Totalitarian Terror”. Mais la musique déborde d’émotions différentes. Si je devais te la décrire, tu aborderais notre musique de façon différente, et tu n’expérimenterais jamais de la même façon que si je te l’avais décrite d’une autre façon. La musique n’a pas de langage, c’est une forme de communication en elle-même, les mots ne peuvent pas décrire la musique; que tu l’aimes ou que tu ne l’aimes pas, cela te fait forcément ressentir quelque chose. La meilleure musique du monde, disons Bach ou n’importe, cela a beau être considéré comme la meilleure musique par des spécialistes ou autres, si cela ne te touche pas, ce n’est juste pas la meilleure musique pour toi. C’est un sentiment individuel de perception. Donc décrire la musique est toujours très difficile parce que tu es forcément obligé de mentionner d’autres artistes. Je préfère jouer de la musique que la décrire.

Pour finir, notre webzine s’appelle “RockUrLife”, qu’est ce qui rock ta life ?

Miland : Tout ! La vie elle-même rock ma life. Être en vie, être en bonne santé, être heureux.

Site web : kreator-terrorzone.de