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HANGMAN’S CHAIR (11/01/22)

RockUrLife a pu échanger avec le batteur Mehdi Birouk Thépegnier sur le nouvel album du groupe parisien Hangman’s Chair, A Loner.

Vous aviez participé à une nuit magique organisée au Trianon, où vous jouiez avec Regarde Les Hommes Tomber. Quand vous êtes montés sur scène, il s’est tout de suite dégagé quelque chose de spécial. Il y avait une intensité différente.

Mehdi Birouk Thépegnier (batterie) : On était dans l’inconnu avec cette collaboration, jusqu’au jour du Trianon on ne savait pas la couleur que cela allait avoir, ce que Fortifem voulait faire, comment ils allaient illustrer le set. On a travaillé avec Regarde Les Hommes Tomber, on a répété cinq-six fois. Ce n’est pas énorme, mais on a réussi à créer une alchimie entre leurs morceaux et les nôtres. On n’est pas allés dans la facilité en reprenant leurs morceaux et vice versa. Le challenge était intéressant et la soirée s’est bien passée. Il y a eu de bons retours et le projet a été vendu ailleurs, sur des dates que l’on n’a pas pu encore faire.

Sur scène il y avait une nouvelle profondeur dans le chant, dans l’ambiance, une présence qui accrochait aux tripes.

Mehdi : Cela fait plaisir car on l’a ressenti aussi. Il y avait une belle ambiance. Sur les morceaux mélangés on voyait les gens qui reconnaissaient telle ou telle partie. Sur un morceau comme “Naïve”, il y avait ce refrain qui devenait hurlé avec l’échange des parties chantées et en plus la double pédale de Regarde les Hommes Tomber. C’était magique.

Comme tu le disais, cette prestation vous a ouvert pas mal de portes, dont le Roadburn.

Mehdi : La prestation a bénéficié d’une super captation avec Arte Concert et des gens comme Walter, l’organisateur du Roadburn a regardé la vidéo et a adoré. Il nous a invité pour refaire cette prestation au Roadburn en avril. On va re répéter avec les gars et on se remettre là-dessus.

Initialement, vous étiez invités à jouer Banlieue Triste (2018) au Roadburn en plus de ce duo. Est-ce que vous allez en profiter pour jouer le nouvel album A Loner ?

Mehdi : Exactement, on va jouer le nouvel album.

C’est un très bon gage de confiance !

Mehdi : Complètement. Il a adoré le nouvel album, cela nous a conforté un peu. Il y a beaucoup de festivals et de gens comme cela qui perdent des plumes avec tous les reports et annulation. On est contents que les festivals reprennent un peu. On ne savait s’ils auraient la possibilité de réitérer le festival, mais ils le font et nous invitent à jouer A Loner dans son entièreté.

Si le Hellfest c’est la reconnaissance française, avec le Roadburn il y a une dimension un peu plus élitiste. C’est un festival qui a su mettre en avant des groupes un peu “niche“.

Mehdi : On l’a vraiment ressenti comme cela. Il nous a ouvert les portes du temple. On a eu le passe-droit. Au départ Walter ne voulait pas nous inviter, on lui faisait peur. Et puis il a commencé à croire en nous et c’est hyper positif. Quand tu joues là-bas il se passe quelque chose de spécial. Les gens connaissent toutes tes paroles, c’est un peu comme un club. C’est niché, c’est plus dans notre monde musical. Alors qu’au Hellfest, c’est plus éclectique, il y a tous les styles musicaux qui se retrouvent.


Après le succès de Banlieue Triste, vous revenez avec A Loner. Il y a dans cet album une évolution très naturelle, très organique. L’ambiance reste sombre mais nuancée avec des passages très aériens; est-ce que les différentes collaborations que vous avez eues ont influencé l’écriture de cet album ?

Mehdi : Je ne crois pas que cela ait été le cas. Les années passent et nous continuons de construire notre identité sonore. On essaie de faire en sorte que notre manière d’écrire soit la plus sincère et la plus personnelle possible. Nos morceaux peuvent être pesant pour ces raisons, et en même temps cela nous fait du bien de les jouer. C’est galvanisant. Il faut que ce soit cathartique. L’approche musicale, s’est faite naturellement. On voulait aller plus vers l’essentiel. On savait où on ne voulait pas aller. J’avais une dizaine de morceaux, Julien pareil. Juste avant le confinement on avait pu explorer ce que nous allions faire. L’arrivée du confinement nos a demandé de trouver de nouvelles manières de travailler. On a trouvé une identité et une couleur. On a décidé d’enlever du gain dans les guitares, de donner plus d’espace, plus d’air pour laisser plus d’air.

Cette forme de minimalisme instrumental est très présente, il y a moins d’effets mais chaque effet apporte une véritable intention. Il y a des moments où on se retrouve dans un passage presque aquatique, puis la batterie devient plus lourde, on voyage en permanence.

Mehdi : C’est exactement cela. On a joué sur les contrastes pour faire passer des émotions qui sont sur le fil de paradoxes. On peut aller dans la mélancolie ou la froideur et je vais essayer de les équilibrer avec une couleur différente.

En première écoute, Banlieue Triste sonnait un peu comme un bloc tandis que A Loner s’impose tout de suite comme plus nuancé, avec des titres aux identités plus marquées.

Mehdi : C’est ce qu’on voulait faire. On voulait mélanger ces atmosphères tout en allégeant les choses. On garde des sons froids, des sons digérés des années 80 et des années 90 qu’on arrive à transcender avec notre manière de jouer.

La voix est au même niveau que les autres lignes instrumentales. Aviez-vous cette volonté de ne pas la mettre en avant ?

Mehdi : On ne sous-mixe pas les voix, mais on la met un peu en retrait. On considère que la voix est comme un autre instrument. C’est un parti pris qui fait toujours débat en studio. C’est vraiment un choix.

Cela renforce aussi le côté froid, cela apporte une forme de distance, mais c’est aussi une source de frustration car les progrès de Cédric au chant sont indéniables. Il y a quelque chose de nouveau qui se passe.

Mehdi : C’est vrai, mais je pense qu’elle est équilibrée et qu’elle va avec le reste. Il n’est pas trop dans le lyrique, il arrive à mêler mélodie et monotonie. Le travail de la voix a été incroyable. Il arrive à dépasser ses craintes, à se lâcher un peu, il m’impressionne. Ce n’est pas un technicien, il bosse avec les concerts qu’on fait, il a un potentiel naturel.

D’ailleurs, il m’a dit qu’il avait reçu des conseils de la part d’une chanteuse incroyable, mais sans préciser de qui il s’agissait, peux-tu mettre fin au suspense ?

Mehdi : Il a passé un peu de temps avec la chanteuse lyrique d’Igorrr, qui lui a passé par mal de tip. Je pense que cela va l’aider pour les lives. C’est tellement exigeant ce qu’on lui demande avec le jeu de guitare en plus de la voix. Elle lui a donné pas mal de méthodes de chant et on la remercie.

A Loner est un album très introspectif, cela se ressent dans les paroles. Le morceau “A Thousand Miles Away” aborde la mort du père de Julien. On a l’impression que vous n’avez jamais été aussi proches de nous. Il y une nouvelle manière de parler de ce qui vous arrive et de ce que vous ressentez.

Mehdi : Oui c’est vrai. Dans le cas de Julien je crois qu’il ressentait le besoin d’écrire ce texte. Il avait besoin de parler de solitude, c’est devenu le point de départ pour cet album. J’avais également besoin de prendre du recul sur moi-même. Julien avait besoin d’écrire beaucoup de textes que Cédric a bien voulu chanter.

C’est un exercice particulièrement difficile de chanter des textes aussi personnels.

Mehdi : Oui, c’est un exercice très difficile de s’approprier les émotions d’un autre. Il l’a fait parfaitement et on est content du résultat. C’est un morceau qui marque le début de la dépression de Julien, c’est une histoire forte de repli sur soi et c’était décidé que ce serait le dernier morceau de l’album.

Est-ce que le confinement vous a également aidé à vous recentrer, à vous donner le temps d’être seul ?

Mehdi : Pour moi oui. J’avais besoin de ce break. Je compte quitter Paris, je sais que c’est ce qu’il me faut. Pour retrouver Paris j’ai besoin de la quitter. C’est une ville qui me bouffe de l’intérieur.


Le succès de Banlieue Triste vous a permis de vous retrouver mis en avant par d’autres média comme Culturebox. Comment est-ce que vous appréhendez ces nouvelles sollicitations ?

Mehdi : C’est un exercice qui n’est pas facile. On a l’impression de devoir se mettre à nu avec des gens qui ne sont pas de notre univers. J’ai toujours un peu peur de ce côté metal/bête de foire, mais il faut le prendre comme un jeu. On râle que notre scène ne soit pas assez représentée dans les médias généralistes mais quand on le fait on a peur de pas bien le faire.

Vous ne jouez pas une musique si “metal” qua cela, donc cela devrait mieux passer.

Mehdi : Oui, d’ailleurs quand on nous présente c’est attention aux grosses guitares, mais quand on joue il n’y a pas un son de distorsion. Il faut juste accepter le truc. On a la chance de pouvoir le faire.

Vous avez aussi la chance d’avoir un bon réseau que vous activez pour vos clips. On se souvient de la participation de Nicolas Duchauvelle, maintenant c’est Béatrice Dalle que l’on retrouve en vidéo. S’il y a bien une personne qui représente la scène arty, alternative, c’est bien elle !

Mehdi : Ah mais complètement. C’est le porte étendard de tout ce milieu décalé. C’est un concours de circonstances, on l’a rencontrée à travers l’intermédiaire d’un réalisateur qui avait bossé sur un autre de nos clips. Il avait fait un court métrage avec Béatrice et il lui a proposé de bosser avec nous. Elle a accepté alors on a changé nos plans pour faire le clip avec elle. Avoir une telle actrice, tu sais qu’elle va sublimer le morceau. On est ravis.


Dernière question : nous sommes RockUrLife, alors qu’est-ce qui rock ta life, Mehdi ?

Mehdi : J’ai mis un frein à tout ce qui rock ma life en ce moment ! J’en avais vraiment besoin. J’attends un bébé, c’est la prochaine étape pour moi et il devrait rocker ma life.

Site web : hangmanschair.com

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Marion Dupont
Engagée dans la lutte contre le changement climatique le jour, passionnée de Rock et de Metal le soir !