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GHOST (07/04/22)

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A quelques jours du concert très attendu de Ghost le 18 avril à l’Accor Arena, Tobias Forge nous a accordé une interview exclusive. Au programme : tournée européenne, humanisme et littérature, sans oublier évidemment le nouvel album Impera.

Merci d’avoir pris le temps de nous parler, d’autant plus que tu dois être très occupé avec la tournée européenne qui démarre bientôt.

Tobias Forge : Merci beaucoup, merci de m’avoir invité.

La tournée européenne commence le 9 avril à Manchester. Excité ?

Tobias Forge : Absolument, cela va être sympa de revenir en Europe parce que nous n’avons pas tourné en Europe depuis un bon moment. Nous avons fait une tournée d’échauffement aux États-Unis, mais c’était une situation pré-album co-headline où nous avons joué un set court. Tout était politique. (rires) On nous a demandé d’en faire moins parce que nous ne voulions pas surpasser qui que ce soit.

La tournée européenne va ressembler à un retour à la normale : cela va être un set un peu plus long, on va jouer plus de chansons.

Encore une fois, être de retour en Europe avec toutes ses différences entre les différents pays. C’est très varié quand on voyage à travers l’Europe.

Un maniaque du contrôle comme moi peut profiter un peu plus des tournées “au jour le jour” aux États-Unis mais bien sûr, quand tu tournes aux États-Unis, tu veux tourner en Europe et ainsi de suite.

Cela va être la première fois en France que tu joues dans une si grande salle comme Bercy. Qu’est-ce que cela te fait de jouer là-bas ?

Tobias Forge : Jouer à Paris a toujours signifié beaucoup pour moi et pour Ghost. Au fil de toutes ces années de tournées, nous avons développé une relation avec le public français. Pas seulement à Paris, car nous avons joué beaucoup de concerts en province aussi au fil des ans. Mais au fur et à mesure que vous grossissez, on a tendance à se concentrer davantage sur Paris.

Au fil des années, nous avons franchi ces étapes : un jour, vous avez joué à La Cigale et puis, cela nous a paru important de jouer au Zénith.

Depuis mon adolescence, l’un de mes rêves était de jouer au Stade De France, depuis que j’ai vu la Finale de la Coupe Du Monde en 1998. En la regardant, je me disais : “Un jour, un jour, je jouerai là-bas !“.

Et puis nous avons joué là-bas avec Metallica, donc ce n’était pas notre concert, mais nous n’étions pas non plus un groupe inconnu. On s’est rendu compte qu’on avait beaucoup de fans en France !

La prochaine étape était alors Bercy. C’est une salle tellement classique, avant même d’aller en France je savais ce qu’était Bercy à cause de son nom sur les listes de spectacles. J’ai aussi assisté à des concerts à Bercy, donc je suis pleinement conscient de l’importance de jouer là-bas et je le respecte comme un grand pas dans Ghost. Je suis vraiment impatient d’y être.

As-tu fait des changements par rapport à la scène de Prequelle, notamment en ce qui concerne les aspects scéniques et le fait que vous jouiez dans une salle plus grande ?

Tobias Forge : Nous avons tendance à changer notre décor à chaque nouveau cycle. Si vous avez vu Ghost au Zénith, cela va être différent maintenant. Nous avons un décor différent, une configuration différente.


Revenons à Impera : comment s’est passé le processus d’enregistrement ? As-tu écrit de nouvelles chansons pendant l’ère Prequelle (2018) ?

Tobias Forge : Oui, je l’ai fait. J’ai tendance à commencer avant que les gens me demandent de commencer parce que je veux avoir le dessus. (rires) Je veux avoir l’impression d’avoir déjà commencé à construire, d’avoir quelques repères pour savoir plus précisément ce que je vais faire ensuite. Je n’ai jamais, jusqu’à présent, terminé une tournée sans savoir quoi faire ensuite.

Un jour peut-être, ce serait une bonne chose de tout réinitialiser et de voir ce qui vient après, mais je ne suis pas très capable de le faire. Je ne sais pas si cela a à voir avec le contrôle, cela a à voir avec la volonté de créer. Je suis juste une personne créative et je travaille comme cela. Heureusement, c’est à mon avantage aujourd’hui mais ce n’était pas à mon avantage quand je n’avais pas de succès parce qu’à ce moment-là, je pensais juste à toutes ces choses que je voulais faire et qui ne se sont jamais concrétisées. Maintenant c’est un atout.

Tu dois garder en tête que ce n’est pas parce que je suis un maniaque du contrôle que j’ai le contrôle. Cela signifie que j’aime être en contrôle. La plupart des choses que nous faisons finissent par être une version différente de ce que j’avais initialement prévu et cela me laisse juste avec une énorme liste de choses que je veux faire ou refaire d’une manière différente. Donc, parfois, j’ai des idées pour un nouvel album ou un concert, ou quelque chose que je veux faire pour une vidéo, que j’ai en tête depuis dix ou quinze ans. Parce que je n’ai jamais eu le temps de le faire ou nous avons fait une mauvaise tentative sept ans plus tôt.


Comme tu l’as dit que tu travailles toujours avec beaucoup d’avance pour un nouveau disque, où en es-tu dans l’histoire de Ghost ? As-tu réussi à accomplir tout ce que tu voulais avec le groupe et sa carrière jusqu’à présent ?

Tobias Forge : C’est difficile à dire. Nous sommes à un moment dans notre carrière où nous ne sommes pas encore devenus un groupe de nostalgie mais nous sommes assez reconnus pour être considérés comme un groupe établi avec une histoire. Actuellement, sans parler de mon inclination créative mais aussi pour le bénéfice du groupe et de sa croissance, j’ai encore beaucoup de choses que je veux faire avant de devenir un groupe de nostalgie. Parce qu’une fois devenu un groupe de nostalgie, on ne vous demande plus rien d’autre. Beaucoup de groupes font cela : ils sortent encore des albums dont les gens ne se soucient pas vraiment parce que les gens veulent entendre les vieilles chansons. Chaque groupe arrive à ce point. Tôt ou tard. Mais nous n’en sommes pas encore là. C’est ma mission d’accomplir quelques choses que je pense nous n’avons pas encore accomplies.

J’ai l’impression que Impera a été une grande étape. J’ai un autre disque en tête, un projet de film en tête, et quelques autres choses que nous devrions faire, qui nous paraissent importantes et qui prendront au moins trois ou quatre ans dans le futur. Et puis il sera temps de réévaluer. (rires) Mais je compte sur trois ou quatre ans; à partir de maintenant, je sais exactement ce que je veux faire dans deux ans plus tard.

Prequelle était très liée à l’histoire, tout comme Impera. Quelle est ta relation avec l’histoire et la culture ?

Tobias Forge : Cela a toujours été un élément très central non seulement d’un point de vue “loisirs“, mais aussi de ma philosophie de vie. Pas comme un fan hardcore, plus comme un divertissement, divertissement, distraction. (rires) Quand j’ai fait Prequelle, je n’étais pas du genre : “je veux faire un disque sur l’histoire“. Je pense que tout ce que nous avons fait avec Ghost, d’une manière ou d’une autre, traitait de l’idée du temps qui passe mais aussi des époques de l’humanité qui ne cessent de se répéter. C’est de cela qu’il s’agit Impera et Prequelle.

Impera parle de la réussite et de la chute des empires et des humains. Mais aussi du fait que malgré les mêmes erreurs commises encore et encore par les humains, nous revenons toujours au point de départ. C’est très optimiste en fait.

Tobias Forge : Je le pense aussi. Cela m’a été lancé à plusieurs reprises au cours des derniers mois comme un compliment pour ma clairvoyance mais aussi comme une malédiction, parce que certaines personnes veulent que j’écrive un nouveau disque plus optimiste. J’essaie en fait de mettre en lumière l’optimisme et la circularité des choses : comment, après la chute des choses, quelque chose de nouveau et de meilleur prospère généralement. En fait, je ne suis pas une personne pessimiste, je suis plutôt optimiste.

Es-tu familier des œuvres de Jules Verne, d’autant plus qu’il y a beaucoup d’éléments steampunk dans Impera ?

Tobias Forge : Pas de toutes ses œuvres, mais je connais Vingt Mille Lieues Sous Les Mers. Cela s’appelle autrement en suédois, c’est pourquoi j’avais du mal à trouver le titre en anglais. Cela s’appelle A Spin Around The World Under The Surface Of The Sea en suédois (En världsomsegling under havet). Quel est le nom en français ?

Le roman s’intitule 20 000 Lieues Sous les Mers. Passons aux personnages : tu incarnes un personnage sur scène, que ce soit Cardinal Copia ou Papa Emeritus IV. Est-ce une sorte de catharsis pour exprimer ta personnalité ?

Tobias Forge : Dans une certaine mesure, je suis une personne timide, bien sûr. Je ne sais pas comment tu appellerais cela mais je suis une sorte d’extraverti quand je suis parmi des gens que j’aime, et pas tellement quand je suis mal à l’aise.

Je ne suis pas aussi extraverti que lui sur scène. Donc, fondamentalement, je me comporte d’une manière dont je ne me comporterais pas personnellement. (rires) Bien sûr, c’est libérateur d’une certaine manière.

Dernière question : nous sommes RockUrLife, alors qu’est-ce qui rock ta life, Tobias ? La famille, la musique, visiter de nouveaux pays ?

Tobias Forge : Tout ce que tu viens de citer en fait. (rires) J’ai le luxe de pouvoir naviguer parmi ces différentes choses. J’apprécie vraiment d’avoir cette commodité dans ma vie. Pouvoir, en gros, jouer pour gagner sa vie. Je ne dis même pas jouer de la musique mais je parle de jouer, d’être un enfant; et pouvoir faire ces choses. Parce que d’une certaine manière, je m’intéresse aux mêmes choses que quand j’étais enfant. Je suis intéressé à regarder des films, à écrire et à écouter de la musique, à sortir, à faire des choses extrascolaires et à ne pas travailler beaucoup ! (rires) J’ai fini par beaucoup travailler !

Pendant très longtemps, depuis que j’étais à l’école et que j’avais la vingtaine et le début de la trentaine, tout ce que j’ai toujours voulu, c’était ne pas avoir de travail ! Je voulais juste jouer de la musique et être dans mon monde imaginaire. Et maintenant, je suis si heureux de participer à sa réalisation dans le monde réel.

Nous recevons des nouvelles de choses horribles qui se produisent partout dans le monde dans la vraie vie et c’est formidable que je puisse encore équilibrer cela avec ma famille, mes amis, et mon monde imaginaire de rock’n’roll et de films. Tout cela est dans un équilibre satisfaisant et je pense que c’est un luxe. Je n’ai pas toujours été dans cet équilibre, donc c’est une lutte pour ne pas le perdre. Tu dois continuer à jongler avec cela pour toujours.

© Mikael Eriksson


Site web : ghost-official.com

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Laura Navarre
J'ai annoncé à mes parents à 16 ans que mon objectif professionnel était de produire la prochaine tournée de U2. Depuis de l'eau a coulé sous les ponts (et U2 fait de la musique relativement passable). Passionnée de musique depuis son plus jeune âge, je me suis écartée du chemin musical parental (Queen & la chanson française), pour rejoindre celui autrement plus sympathique du ROCK.