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FRANK CARTER AND THE RATTLESNAKES (21/03/19)

English version

La suite des aventures de Frank Carter et de ses Rattlesnakes est enfin disponible ! Plus de deux ans après “Modern Ruin”, le groupe anglais est de retour avec “End Of Suffering”. Un album bien plus intime, sombre et suffocant qui vous plongera dans les deux dernières années de la vie de Carter, et pas les plus simples. Mais Frank est toujours aussi cool quand nous le rencontrons à Paris juste avant la sortie de l’album. Pour l’occasion, il est accompagné de Dean Richardson, guitariste et compositeur principal des Rattlesnakes.

Salut les gars ! Comment se passe la tournée ?

Frank Carter (chant) : La tournée est géniale ! Nous venons tout juste de prendre la route et c’est déjà super. On est content d’avoir quelques jours offs de promo à Paris pour nous remettre des premières dates. Nous avons ce problème lors de chaque tournée. Nous partons un peu trop en live lors de la première semaine et nous passons le reste de la tournée à essayer de nous en remettre !

C’est la première fois que vous partez en tournée avant la sortie du nouvel album. Comment vous sentez-vous à l’idée de jouer ces chansons inédites pour votre public ?

Frank : On adore ça. On n’attendait que ça à vrai dire.

Dean Richardson (guitare) : Je pense que c’est la meilleure manière d’avoir une lecture juste des nouvelles chansons. La première fois que le public entend un nouveau titre, sa réaction ne peut être qu’honnête.

Frank : Nous avons inclus ces nouvelles compos au milieu du set comme si elles avaient toujours été là. Et le public se déchaine à chaque fois.

Mais du coup, si vous constatez par exemple qu’un passage ne fonctionne pas très bien en live, ne vous sentez-vous pas frustrés de ne pas pouvoir ré-enregistrer les chansons ?

Frank & Dean : Pas vraiment non.

Dean : Généralement, nous jouons les chansons comme nous les avons enregistrées. Parfois nous allongeons telle ou telle partie parce que ça rend mieux en live, ou simplement parce que ça nous plait.

Frank : Nous avons ressenti ces frustrations avec les anciennes chansons. Si tu viens nous voir en live aujourd’hui, tu te rendras compte que nous ne jouons plus les anciennes chansons comme avant. Elles sont bien plus mélodiques désormais. Je crie toujours quand il le faut mais j’ai surtout trouvé de nouvelles mélodies et de nouveaux rythmes. Mais pour ce nouvel album, nous avons passé bien plus de temps sur les ébauches des chansons. Quand nous terminions une partie, nous l’inscrivions sur le tableau blanc et ainsi de suite jusqu’à ce que la chanson soit vraiment terminée. En procédant comme ça, nous avons jeté certaines parties et donc certaines ébauches de chansons.

Ce nouvel album “End Of Suffering” est bien moins orienté live. Appréhendiez-vous son accueil auprès de votre public ?

Frank : Ce nouvel album a un feeling live mais différent des anciens. Les chansons ont un feeling live tel que nous l’envisageons désormais pour le futur. Notre musique par le passé n’était qu’énergie et chaos. C’est comme ça que les chansons sonnaient sur l’album et comme ça que nous les retranscrivions sur scène. “Modern Ruin” (2017) a commencé la transition vers “End Of Suffering” mais c’était toujours assez chaotique. Pour ce nouvel album album nous avons affiné le propos. Nous nous sommes concentrés à nous donner le plus d’espace possible. Pour la première fois, chaque nuance de chaque instrument peut être entendue. Et quand tu arrives à ce résultat, tu peux tourner le volume à fond et tu te retrouves avec une toute nouvelle énergie. La musique semble plus lourde, plus forte, plus puissante. Nous n’avions pas cette profondeur avant. C’est cool de voir quatre musiciens devenir fou sur scène, avec de la musique très agressive et des lumières dans tous les sens. Mais quand tu te tiens à deux cent mètres d’une scène en festival, si tu peux sentir tous les instruments, c’est un pouvoir totalement différent et c’est cet objectif que nous visions.

La tension sur cet album est suffocante.

Frank : Génial ! Nous avons fait un bon boulot alors ! L’idée était de faire un album extrêmement personnel. C’est puissant mais pas comme nous avions l’habitude de faire. C’est facile pour nous d’écrire des chansons hardcore/punk. Mais à mesure que nous vieillissons, il faut aussi penser à jouer ces chansons tous les soirs. C’est dur pour le corps, c’est dur pour l’esprit si tu n’es pas préparé. Avec cet album, nous cherchions un différent type d’intensité. Et la seule manière pour nous d’appréhender ce paramètre, c’était en réduisant la vitesse des chansons. Certaines chansons demeurent rapides. Ça me fait plaisir ce que tu dis à propos de l’album, nous avions vraiment envie de changer de mentalité sur ce nouveau disque.

C’est en effet un album extrêmement intime.

Frank : “End Of Suffering” est à propos des deux dernières années de ma vie. Et c’était très intense. J’ai des hauts très hauts et des bas très bas. Mais en toile de fond, il y a toujours eu cette tension que je n’arrivais pas à fuir. Et ce jusqu’à ce que l’album soit terminé. Nous l’avons écrit comme une thérapie avec l’espoir de trouver la paix dans tout ce qui nous arrivait.

La dernière fois que nous nous sommes croisés, tu nous avais dit que tu souhaitais prendre ton temps pour ce troisième album. Mais à ce moment, tu ne semblais pas vraiment savoir pourquoi tu voulais prendre ton temps.

Frank : J’ai réalisé que j’avais passé énormément de temps à écrire à propos des problèmes des autres et sur comment ils les géraient. Mais pour cet album, je voulais écrire des choses plus personnelles. Ca devait être à propos de moi et de ce que je ressentais. J’ai creusé très profondément dans ma personne. C’était un énorme challenge. C’était dur. Mais oui, je ne réalisais pas pourquoi j’avais besoin de temps, j’en avais juste besoin.

Tous les deux, vous vous êtes aidés mutuellement durant ce processus.

Frank : Il m’a sauvé la vie.

Dean : C’est vrai que nous avons passé énormément de temps à parler à propos de la vie et de musique.

Frank : On se soutient mutuellement. Mais c’est vrai qu’il reçoit beaucoup plus de SMS de ma part. (rires)

Sur scène ou sur les réseaux sociaux, tu parles énormément de la place des femmes au sein de la scène musicale. Etait-ce un sujet que tu abordes dans l’album ?

Frank : Pas vraiment dans l’album non. C’est quelque chose dont nous préférons parler en live en effet. Nous cherchons à créer pro activement un endroit sécurisé et sécurisant pour chacun et surtout pour les femmes. Beaucoup de groupes racontent aujourd’hui qu’ils ont du interrompre leur concert car quelqu’un était agressé dans la fosse. Comme s’ils voulaient être applaudis pour ça. Mais non mec, tu as juste échoué. Tu réagis. Tu as échoué à créer un endroit sécurisé pour tes fans. Quelqu’un a dû être agressé pour que tu daignes en parler en fait. Nous essayons de remettre la testostérone des hommes à niveau.

Parler de ce sujet sur l’album c’est compliqué. Je suis dans une bataille constante avec moi-même. Toujours. Parce que je veux être juste et respectueux avec les gens comme j’ai envie que les gens soient avec moi. Mais je suis également conscient d’être conditionné par des milliers d’années de société patriarcale derrière moi. Dans mon esprit, j’essaie de toujours faire au mieux. Mais je suis toujours attiré par les femmes et j’écris souvent à propos de sexe. C’est un type de relation entre les gens qui m’intéresse le plus. J’essaie toujours d’écrire de la manière la plus attentive qui soit. Mais j’essaie aussi d’être le plus honnête possible avec moi-même.

Nous verrons comment les fans recevront les paroles de l’album. Nous sommes chanceux, nos fans sont toujours très intelligents et très ouverts d’esprit. Donc je suis persuadé que si certaines personnes se posent des questions sur une partie du texte, ils viendront m’en parler et nous aurons une discussion là dessus. Il y a une chanson sur l’album qui s’appelle “Kitty Sucker” et c’est à propos d’un rapport sexuel assez intense que j’ai eu avec une fille que j’aime énormément. Mais c’est brut et vrai. Dans cette chanson il peut y avoir des propos qui peuvent susciter des réactions mais… Je n’y avais jamais pensé jusqu’à ce que tu poses ta satanée question ! (rires)

Désolé man ! (rires)

Frank : Non, non, ne t’excuse pas, c’est justement pour aborder ces sujets que nous sommes là. Ce sont des thématiques dans lesquelles je navigue constamment. J’essaie de créer un endroit sécurisé pour mes fans. J’essaie aussi de décrire des choses dont mes fans pourront bénéficier.

C’est comme si tu cherchais constamment quel média serait le plus adapté pour tel ou tel sujet. Instagram, une chanson ou une conversation avec ton public.

Frank : Exactement. Je n’ai jamais parlé de sexualité sur les réseaux sociaux par exemple. Je pense que les réseaux sociaux jouent un rôle toxique dans les relations sexuelles aujourd’hui. C’est extrêmement narcissique mais je parle énormément de ma propre fragilité sur les réseaux sociaux. Cela m’a pris du temps d’être à l’aise pour parler de mes problèmes d’anxiété, de dépression et de ma basse estime de moi-même. C’est comme ça que j’essaie de gérer mes problèmes. Quand je trouverai un bon équilibre avec tout ça, je pourrai me mettre à parler du sexisme et de travailler à créer un endroit sécurisé pour les femmes. En fait j’ai manqué l’opportunité dans mes chansons, il faut que ça change à l’avenir merde. (rires) Je t’en parlerai lors de notre prochaine interview !

C’est la première fois que vous faites de la promo tous les deux ? Frank, tu en avais marre d’être seul ?

(rires)

Frank : Mais oui ! Quand nous avons commencé ce groupe, j’ai dit à Dean que je voulais vraiment que mon nom soit mis en avant et il était d’accord avec ça. Mais ce n’est pas seulement mon groupe. Il nous appartient à 50-50 chacun. Mon nom est en avant mais c’est quelque chose dont nous avons décidé très tôt dans la vie de ce groupe. Mais Dean est tellement important pour moi. C’est notre deal mais son regard compte autant que le mien. Il n’est pas juste un membre des Rattlesnakes m’accompagnant, nous sommes tous les deux des membres de ce groupe. D’ailleurs, si nous pouvons revenir en arrière, ce groupe s’appellerait juste The Rattlesnakes. Ce serait plus juste.

Dean : Il y a aussi que c’est bien plus fun de faire de la promo à deux.

Frank : Oui et on se complète très bien tous les deux. Pas aujourd’hui, mais habituellement je prends moins de place en interview (rires) !

Peut-être qu’au départ, vous vouliez bénéficier de l’expérience de Frank avec ses anciens groupes ?

Frank : Oui mais je voulais également creuser un trou pour mon nom en tant qu’artiste.

Dean : Je suis bien plus heureux dans l’ombre ! (rires)

Merci pour ce moment les gars, dernière question : qu’est ce qui rock votre life ?

Frank : Ma fille rock ma life.

Troisième interview, troisième fois que tu donnes la même réponse, belle régularité !

Frank : C’est la meilleure, mec. Elle s’améliore de jour en jour. C’est pour ça que cette réponse est toujours la même. Maintenant elle a quatre ans, nous pouvons avoir de vraies conversations. Elle revient de l’école et me raconte sa journée et ses histoires avec son petit copain. (rires)

Évidemment cet album rock nos life. C’est un truc énorme pour nous.

Site web : andtherattlesnakes.com

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Nathan Le Solliec
LE MONDE OU RIEN