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EIFFEL (26/04/19)

Sept ans après le bruyant “Foule Monstre” (2012), qui contenait notamment “Place De Mon Coeur”, Eiffel présente “Stupor Machine”, le sixième album depuis la création du quatuor il y a plus de vingt ans. RockUrLife a eu le plaisir de les rencontrer au détour d’un café parisien.

Sept ans après “Foule Monstre”, votre dernier album “Stupor Machine” est dans les bacs ce 26 avril. Ça vous fait quoi de retrouver votre public après tant d’absence ?

Romain Humeau (chant/guitare) : Ça nous fait ultra plaisir ! On a reçu quelques textos venant d’amis ou de la famille qui découvrent l’album et qui nous disent des choses assez émouvantes. Je trouve ça assez réconfortant. On pense pas se faire détruire non plus mais effectivement ça peut faire “prout” aussi ! (rires) On n’a pas l’impression que c’est ce qui va se passer en tous cas. Hier sur scène, on a ressenti un truc super cool.

Estelle Humeau (basse) : À chaque album, on embarque les gens dans un endroit différent donc oui, on se demande si ça va leur plaire. Mais l’envie de jouer et le plaisir de revenir est plus fort que tout !

Romain : Estelle a raison. Particulièrement sur cet album, j’ai de l’appréhension. Une partie de “l’endroit” que l’on propose est plus compliqué que les autres albums. Je ne sais pas comment ça peut être pris. Cet album est un peu “obsédé” quand même, mais c’est très excitant ! Sortir un sixième disque c’est déjà une réussite pour les vauriens que nous sommes, on a passé ce cap.

L’album se veut très rock sans machine ni artifice, pas de chansons en anglais, pas de duo. On a l’impression d’avoir passé Eiffel dans un entonnoir pour récolter l’essentiel. Est-ce qu’on peut dire que “Stupor Machine” est l’album du retour aux sources ?

Estelle : Il y a une sorte de retour aux sources. Chaque album, on a été persuadé que c’était le bon moment de créer ces chansons donc avec “Stupor Machine”, en vu de l’air du temps, on sait que c’était le bon moment de dire ces choses. Puis, on n’a pas voulu rajouter de duo, c’était une volonté qui peut être considérée comme un retour à la base d’Eiffel effectivement. Chacun a fait ses projets personnels pendant cinq ans et je crois que c’était la meilleure manière de se retrouver tous les quatre. Ce recentrage était vraiment une envie commune.

Romain : Quand je pense aux propos de ce nouvel album, je n’ai pas envie que ce soit le meilleur album d’Eiffel parce que sincèrement, c’est le plus triste que l’on n’ait jamais fait. Mais oui, effectivement, cet album est une longue phrase de treize chansons et “Stupor Machine” est certainement la trajectoire la plus logique pour arriver jusqu’à “Terminus”. Honnêtement, on attend le live avec impatience. Après le travail assis, il y a le travail debout.

Dans ce nouvel album, on parle aussi beaucoup d’amour, de transmission. Est-ce que “Stupor Machine” s’adresse aussi à la prochaine génération, comme si vous tentiez de mettre en garde les plus jeunes qui vous écoutent ?

Romain : Quand je suis arrivé avec les textes, j’ai dit aux deux Nico et à Estelle que ce serait bien que ce disque puisse “parler à” mais aussi “parler de”. C’est tout bête, on est une génération de gens qui ont des enfants et c’est merveilleux de pouvoir continuer à se prendre des tartes dans la gueule sur scène et à la fois s’adresser à ce jeune public. Il y a peut-être cette idée de parler correctement de la génération de nos enfants tout en s’adressant à la génération qui nous a fait, qui est toujours là, même si c’est flippant. Il y a une part d’humanité dans les textes de cet album.

Romain, tu écris toutes les chansons d’Eiffel. Est-ce qu’il y a des textes que tu avais prévu de garder pour un album solo ?

Romain : Non et c’est la première fois que ça m’arrive ! Pendant cinq ans, on a tous eu des projets différents et qui sont tout aussi importants qu’Eiffel et même si j’ai continué d’écrire pour le groupe, j’avais la tête dans d’autres projets. Sincèrement, à la fin de “Foule monstre”, il m’est arrivé de ne plus vouloir faire Eiffel. Je me suis demandé si c’était légitime de continuer. Et puis finalement, le fait de faire d’autres choses parallèlement, ça m’a permis de me rendre compte que le groupe Eiffel est le vrai moteur de tout ça. C’est à ce moment-là que j’ai écrit les chansons. Je les ai écrites en pensant à la tête des deux Nico et la tronche d’Estelle.

Comment se sont passées vos retrouvailles artistiquement ? Comment est né “Stupor Machine” ?

Nicolas Courret (batterie) : Quand Romain est arrivé avec ses textes et sa musique, on a beaucoup parlé des sujets dont on voulait parler. On avait tous des envies et des humeurs variées par rapport au contexte dans lequel on vit. Il fallait qu’on soit d’accord sur ce qu’on voulait retranscrire dans cet album. Ce moment a été important. On a vite été raccord.

Estelle : Comment faire ressentir en musique ce stress et cette angoisse que l’on ressent au quotidien ? C’était ça la question.

Romain : Il y a un sujet sur lequel j’avais des interrogations. J’ai demandé à tout le monde s’ils étaient d’accord de me suivre sur un nouveau sujet : l’inquiétude peut se transformer en peur de tout, et la peur de tout peut devenir complotiste. Cet album n’a pas cette teneur-là mais elle l’évoque dans le titre “Manchurian Candidate” par exemple. On a une grande inquiétude au sujet des médias, du traitement médiatique, de cette saturation d’informations. On a eu envie d’en parler, d’aller au bout de la conspiration. C’est pour cela que le titre ne dure que deux minutes, on l’a dit, c’est envoyé, va fanculo !

Le 3 mai prochain, vous commencez votre tournée avec une vingtaine de dates et un rendez-vous le 14 novembre à La Cigale. Y a t-il des chansons de “Stupor Machine” que vous avez hâte de chanter sur scène ?

Romain : Je suis curieux de découvrir certaines chansons comme “Hôtel Borgne” sur scène. Une chanson revit quand on est face au public. Hier soir, “Chocho” nous a surpris en live et ça lui a donné une autre valeur, une autre griffe. Le corps qui bouge dans une foule, ça peut être extraordinaire et on peut être surpris par ces réactions. Personne n’est à même de savoir comment va réagir le public et là où on pensait soulever les gens, ça peut s’avérer être tout le contraire. C’est ça la vraie liberté de la musique, on prend la main en sensation sonore, et ça rend le rock bandant !

Pour terminer, notre site s’appelle “RockUrLife”, alors qu’est-ce qui rock votre life, Eiffel ?

Nicolas : Moi ce qui rock ma life en ce moment c’est la découverte d’un groupe marocain qui s’appelle Nass El Ghiwane ! C’est un groupe des années 1970. C’est de la musique traditionnelle complètement dingue. Je les ai découvert dans un film qui s’appelle “Transes”, redécouvert par Martin Scorsese il y a quelques années et je me suis dit le rock n’roll c’est ça !

Estelle : Avec tout ce qui nous arrive en ce moment et cette agitation autour de nous, je trouve que le fait de regarder une herbe qui pousse et l’énergie que ça demande, je trouve ça complètement fou.

Romain : Je pense à Jack London, Martin Eden, un livre que j’ai découvert avec les “Contes Des Mers Du Sud” et ça secoue franchement. J’ai aussi redécouvert un groupe que je détestais quand j’étais gamin, c’est The Cure ! “Hundred Years”, c’est quand même incroyable cette chanson !

Nicolas Bonnière (guitare) : Moi je pense notamment à un groupe de jeunes de vingt ans, les Boy Azooga. Ils sont pas coincés dans un style et c’est très classe, ça fait plaisir de voir qu’il y a encore des mecs comme eux ! À écouter !

Site web : eiffelnews.com

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