Interviews

ED-AKE (23/06/11)

A l’occasion de leur dernier concert au Bus Palladium, une interview d’Ed-Äke a donc été un moment propice pour prendre des nouvelles du groupe, plus actif que jamais.

Salut ! Pour commencer, pouvez-vous présenter le groupe ?

Dimitri (chant/guitare/piano) : Ed-Äke, c’est un groupe qui existe depuis une bonne dizaine d’années maintenant. On a fait un premier maxi qui s’appelait “Stade Kritik”, qui est sorti en 2003. On a sorti en 2007 notre premier album “In Memory Of A Dead Rock Band” et ensuite, on a sorti le deuxième, “Decadence And Poetry”, en 2009. On tourne toujours un petit peu et c’est l’occasion pour nous ce soir, au Bus Palladium, de faire un concert de plus pour kiffer un peu avec le public parisien ce deuxième opus. Sinon, dans Ed-Äke, on est cinq, des potes d’enfance, et mon frère joue dedans à la batterie, Nico, moi, Dym, au chant, à la guitare et au chant JB, guitare/chant Fred et Julien qui a rejoint le groupe en 2007/2008, qui est à la basse et qui chante aussi et joue dans quelques autres trucs.

Qu’est ce qui vous a donné envie de faire de la musique ?

JB (guitare/chant) : Je pense que ce qui donne envie de faire de la musique, c’est déjà d’être fan de musique. Quand t’es gamin et que t’as 10/11 ans et que tu vois au top 50 les clips de Nirvana, Guns N Roses, ça te donne un peu envie de faire partie de ce monde là. On a tous grandi dans des milieux un peu musicaux. Nos parents écoutaient de la musique comme les Beatles, les grands classiques du rock et compagnie. Quand tu as grandi dans cette culture, tu es un peu amené à prendre un jour un instrument dans ta vie, et après monter un groupe avec tes potes, et voir ce qu’il se passe.

Fred (guitare/chant) : Je pense que ça ne se discute pas, je crois que tous les gens qui font de la musique, c’est quelque chose que tu as dans le sang depuis que tu es tout petit. C’est quand tu as envie de faire, du son, fort, sur scène, devant les gens. C’est quelque chose que tu as en toi et que tu mets en œuvre.

D : Pour moi, c’est un peu pareil, je pense que la musique ça arrive. Ça a été assez jeune, j’ai été, comme pas mal d’enfants, amené à faire de la musique par mes parents. J’ai commencé par le piano en conservatoire dans le village où on habitait. J’en ai fait huit ans, ça m’a saoulé, j’ai décidé de claquer la porte. Mais quand je suis arrivé à l’adolescence, j’ai eu envie de faire de la musique car j’étais fan de rock. Je voulais exploiter, explorer les scènes du côté de chez nous et c’est ce qu’on a fait. On s’est tous croisés avec nos groupes respectifs, on n’avait pas encore fondé Ed-Äke, c’était il y a une bonne quinzaine d’années, et donc on faisait des trucs et on était tous potes, c’était une super époque, comme aujourd’hui. On s’est tous filé des tuyaux, des plans concerts et dans chaque groupe, il y avait toujours des mecs qui disaient qu’ils n’avaient plus envie de faire ça, de partir dans des études un peu plus loin, de faire quelque chose de différent, on a toujours accepté et instantanément, on a voulu faire Ed-Äke, avec cette envie d’aller un peu plus loin, avec cette démarche de se produire sur scène, d’écrire des chansons, de les enregistrer et de le partager de plus en plus avec le public.

Vous préférez quel public ?

JB : Avec Ed-Äke on a la chance de tomber sur un public très différent avec les scènes qu’on fait, où des fois c’est très mélangé -sur Paris par exemple-, on a eu l’habitude de jouer devant un public d’adultes avertis et un public d’adolescents qui découvre la musique rock, donc on a la chance de jouer devant un public de connaisseurs et un public presque vierge et très enthousiaste. Je dirais que le meilleur des publics, pour moi, sans parler au nom du groupe, c’est de jouer devant des jeunes qui sont hyper motivés, et qui ont, entre 14 et 18 ans de moyenne, surtout en province et ils vivent le truc. Ils ne sont pas là pour te juger ou autre, ils sont là pour passer un super moment. C’est souvent leur premier concert ou loin de leur premier, et ce qui est génial, c’est que ce moment là change leur vie et qu’après ils te laissent des messages en disant “c’est fou comme musique, j’ai découvert tellement de chose ce soir…”. Je pense que c’est pour ça que tu fais de la musique et que tu montes sur scène. Les plus jeunes sont les plus enthousiastes, et c’est donc vraiment sympa de jouer pour eux.

Sur quelle scène avez-vous le plus joué ?

D : L’Élysée Montmartre on l’a fait quatre fois je crois. Après, il y a des scènes autour de chez nous, quand on a commencé, qu’on a fait pas mal, à Brie-Comte-Robert (Le Potomak, anciennement La Fontaine // Le Safran). On a eu la chance de se produire à l’époque grâce aux programmateurs; on était vraiment un très jeune groupe, et donc on a bien écumé ces scènes-là. Sur Paris on a fait pas mal de salles, après, on a eu la chance de suivre des groupes comme Superbus, AqME ou de faire des dates avec Empyr, Lofofora, et donc tout ça a été assez sporadique. C’est vrai que faire des concerts, ça te permet un peu de visiter ton pays, que finalement, on ne connait pas tous très bien, à moins d’avoir un métier qui nous permette de voyager, mais c’est vraiment agréable.

 

Est ce qu’un troisième album est en cours ?

D : C’est FAUX ! (rires) Bien sûr, un troisième album est d’actualité. On ne sait pas exactement quel format ça va être, mais ce qui est sûr, c’est qu’on a des idées. On a commencé à écrire certaines choses, des versets, des alexandrins (rires). On se pose vraiment la question surtout sur sa forme, est-ce qu’on va sortir un maxi ? Dans l’optique où le monde de la musique a complètement changé et que finalement -surtout dans le secteur du rock-, c’est plus vital de sortir un album, peut-être que pour se faire plaisir, on peut sortir un maxi, rebondir ensuite sur un album, par exemple un double album rock avec un double CD : un acoustique et l’autre très rock, c’est ce dont on a parlé, on est en train d’écrire pour le moment, après de là à dire “quand est ce que l’on va rentrer en studio ?”, dans les mois qui viennent, mais on ne sait pas exactement quand. Mais quelque chose arrive.

On dit généralement que le deuxième album donne l’évolution artistique plus ou moins définitive d’un groupe, allez vous continuer dans la direction de “Decadence And Poetry” ?

D : Pour moi “Decadence And Poetry”, c’était les racines du rock, on retrouvait les formules qui pouvaient être assez classiques et des trucs un peu plus élaborés qui tournent souvent autour d’influences majeures du rock. Il y a clairement des références dans notre album. Après pour les racines du groupe qui étaient un peu plus énervé, on ne sait pas trop, parce que ce qu’on a écrit est assez varié, ça fait très actuel, mais en même temps très première époque d’Ed-Äke. On a des trucs qui peuvent être très très vénères et des trucs qui peuvent être beaucoup plus rock, beaucoup plus dans les nuances guitaristiques et vocales. On retournera peut être un peu sur le premier album “In Loving Memory Of A Dead Rock Band” sur certains aspects mais, maintenant, je pense que “Decadence And Poetry”, c’est quelque chose dont on est fiers de toute façon, et c’est complètement nous, ça reste nous. Ça sera Ed-Äke, après dire exactement ce que ça sera, on ne sait pas, mais en tout cas pas “Stade Kritik” ambiance néo métal de l’époque, car cette page, pour nous, a été tournée. On a adoré le faire, et je pense que le fait qu’on ne le joue plus sur scène dit que ce n’est plus la musique qu’on a envie de jouer. On a tâté le terrain, on s’est cherchés à ce moment là, et on s’est retrouvé sur le premier puis second disque.

F : N’importe quel groupe te dira que l’idée n’est pas de revenir aux sources, mais plutôt d’évoluer de disque en disque. Je crois que la vraie idée est d’aller plus loin sur le prochain disque, là où n’est pas encore allé.

JB : Est-ce que ça sera plus soft, est-ce que ça sera plus hard en majorité, on ne sait pas encore, ça dépend des envies. Il faut juste que l’on découvre des nouveaux horizons rock et qu’on exploite encore plus d’influences qu’on a. Refaire la même chose ne servirait à rien, à part faire des face B de ce que tu as déjà fait il y a deux ans. Quand on écoute des albums, on en parle souvent, il y a des groupes qui sortent un album qui peut être bon mais qui est une rediffusion de celui qu’ils ont fait un an et demi ou deux ans auparavant, et là, on est un peu déçus. Donc on essaye d’aller chercher un peu plus loin, c’est pas facile, mais il faut essayer.

 
 

Avez-vous d’autres projets musicaux à côté ?

JB : C’est la question pour Dym ça ! (rires)

D : Oui, j’ai un truc à côté qui s’appelle AVA que je fais en duo avec un mec qui s’appelle Jérémy qui chante dans “I Love My Neighbours”, et ça, c’est intéressant parce qu’on est deux chanteurs de groupes rock de la scène parisienne, et on se retrouve sur un projet beaucoup plus calme. On a tous quelque chose autour. J’ai eu avec AVA un pas en dehors avec le film “Poupoupidou”. C’est vraiment très très bonne ambiance, mais on a toujours ce besoin. Au bout de tant de temps de partage ensemble de musique, je pense qu’à un moment, on a eu tous besoin de partir de notre côté, mais sans jamais oublier Ed-Äke. La preuve en est, ce soir on se retrouve là et que ça n’a jamais changé : on s’appelle pendant la semaine, on va boire des cafés… L’amitié est toujours hyper importante et présente, simplement aujourd’hui, on a un peu moins d’actu que d’habitude. JB a un projet qui le tient à cœur depuis longtemps avec un pote, il fait un autre groupe de rock/blues, mon frère, Nicolas, joue avec moi dans AVA, Julien a d’autres projets aussi un peu plus dans le trip hop. C’est vraiment une envie commune de se séparer un instant pour découvrir d’autres choses, travailler avec de nouvelles personnes, c’est hyper important aussi, ça devient un besoin quand ça fait 11 ans que tu bosses avec les mêmes personnes. Donc on bosse avec des gens différents qui ont autre chose à nous apporter, par exemple Jérémy, a une voix que j’aurais jamais, m’apporte clairement quelque chose, et que quand il chante sur ce que je fais, ça me donne envie d’aller un peu plus loin pour lui.

F : Avec un groupe, tu ne peux pas t’ouvrir à tous les horizons musicaux. Tu n’es pas bloqué, mais ça fait partie du côté artistique, il faut s’ouvrir et aller un peu partout, et ça, tu peux difficilement le faire en restant juste avec ton groupe. Je fais un truc à côté, mais ça n’a pas de nom. Le bon côté, dans ça, c’est que ça fait respirer Ed-Äke et tu découvres de nouvelles pistes et élargis tes influences.

JB : Mon projet s’appelle The Foalders, et je pense qu’ils ont bien résumé le tout.

Un petit mot pour la fin ?

JB : On vous aime ! On a fini la tournée il y a quelques mois et on refait quelques dates au coup par coup et on trippe à mort, mais bientôt on reviendra en puissance 10 000. Nouveaux titres, nouvel album bientôt, donc nouvelles dates un peu partout. Ça va être un vrai plaisir de rebouger partout en France et si possible en Europe.

D : Par rapport à ton avant dernière question, j’ai envie de dire aux gens “ouvrez vous”, “écoutez du son”, je sais que quand on est ado, on est focalisés sur un style, sur un groupe, on a envie de se le faire tatouer tellement on est fans et finalement on le regrette (rires). On pensera toujours aux gens qui se sont fait tatouer le “S” de Slipknot ou Sepultura sur la jambe ou sur le bras et tout. Je pense que c’est bien de s’ouvrir et de découvrir des nouveaux sons, des nouveaux groupes et essayer de comprendre ce que chaque groupe a envie de dire, leur message. Il faudrait arrêter de se limiter à cette abondance que l’on trouve sur internet, qui fait que le travail de chaque groupe devient très impersonnel et très facile finalement. A l’époque, quand on écoutait de la musique, on écoutait des groupes. JB, Fred ou les autres achetaient des CD et achètent toujours des CD et ils me les passaient et ça m’a vraiment permis de m’ouvrir et de me dire “tiens, à part Nirvana, Guns N’Roses il y a ça qui se fait”, et franchement, je les remercie à fond, parce que c’est ça qui m’a forgé mon identité musicale parmi Ed-Äke. J’ai l’impression qu’aujourd’hui la musique se consomme trop à outrance, et je sais que c’est un discours que l’on connait par cœur, mais les groupes sont dévalorisés quand on écoute un groupe un jour et qu’on en écoute un autre le jour suivant. Dans chaque groupe, il y a toujours quelque chose de positif et c’est ça qu’il faudrait capter. En tout cas merci à RockYourLife! !

Crédit photos : Pierre Gregori

Site web : ed-ake.com