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DROPKICK MURPHYS (15/03/21)

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Le gang celtique de Boston est de retour avec son dixième album. Entretien avec Ken Casey pour échanger sur le nouveau disque, la politique américaine et la pandémie actuelle.

L’année dernière, vous avez fait un concert en livestream pour la Saint-Patrick. À ce moment-là, avez-vous pensé au fait que vous en feriez un autre cette année ?

Ken Casey (chant/basse) : Je ne sais pas si je pensais à ce moment-là qu’un an plus tard, nous ferions notre troisième livestream. Mais nous sommes tellement chanceux d’avoir eu cette façon de rester connectés et présents. Je pense que par rapport au reste du secteur de la musique, nous avons fait du très bon travail en restant présents à l’ère de la pandémie.

Nous continuons à faire ce que nous devons faire pour rester connectés avec les fans.

Il est difficile de rester pertinent dans cette situation quand il n’y a aucune possibilité de faire des concerts en direct et aucun moyen de rencontrer les fans. Comme Dropkick Murphys existe depuis plus de vingt ans, a-t-il été difficile de s’adapter ?

Ken : Cette année est en fait notre vingt-cinquième anniversaire, nous voulions donc faire une fête. Nous avons l’impression d’avoir été dépouillés de cette célébration. Je pense que peu importe depuis combien de temps tu fais de la musique, si tu joues de la musique pour gagner ta vie, c’est dévastateur. C’est fou de voir que selon le type de travail que vous avez, les carrières de certaines personnes ont été totalement dévastées. D’autres personnes ont prospéré !

La musique a été plus durement touchée que quiconque. Vous ne pouvez même pas faire de musique “à emporter” comme le font les restaurants avec leurs plats ! Sur une note positive, j’espère que nous sommes sur la bonne voie avec le vaccin.

J’attends avec impatience des temps meilleurs à venir mais je pense que d’une manière étrange, après vingt-cinq ans de tournées constantes, le groupe devait faire une pause. Nous n’avons jamais fait de break avec le groupe depuis vingt-cinq ans. Je déteste que cette pause se soit déroulée de cette façon, mais nous devons recharger nos batteries pour les vingt-cinq prochaines années !

Cette fois cela vous oblige à vous détendre. Je suis une personne qui aime rester occupée tout le temps. En temps normal, j’aurais trouvé quelque chose à faire pour m’occuper tout autant. La plupart d’entre nous avons des enfants, nous avons donc passé du temps à la maison avec eux.

En ce qui concerne le livestream que vous allez faire, comment vous préparez-vous pour cet événement ?

Ken : Vous devez le concevoir comme si vous faisiez un film. Je n’ai jamais été dans une situation sur scène où vous vous demandez “comment allons-nous regarder le public ?”. ​​Vous êtes ici et ils vont nous voir ! Nous devions penser que même si nous pouvions présenter le meilleur concert de notre vie, la caméra doit capturer vos mouvements. Lorsque nous avons fait notre concert au stade de baseball Fenley Park l’année dernière, nous avons réalisé après les premiers jours de répétition que nous devions nous procurer des caméras drones pour capturer la performance du haut. Cela a fait toute la différence.

Nous essayons tous de relever le défi, pas seulement de faire exactement comme nous le ferions pour un concert “normal”. Nous voulons le rendre unique, nous avons des murs vidéo sur les quatre côtés comme un ring de boxe.

C’est quelque chose que vous ne verriez pas dans un concert traditionnel, donc cela lui donne de la valeur.

C’est important de proposer une expérience différente avec ces livestreams.

Ken : Le premier que nous avons fait l’année dernière, le jour de la Saint-Patrick, nous n’avons eu que quarante-huit heures pour nous y préparer. Nous étions juste heureux d’avoir une scène et des caméras !

Nous allons faire un autre livestream en direct le 1er mai qui sera notre release party pour notre nouvel album qui sortira le 30 avril. Le mois prochain, nous pourrons dire que nous avons fait quatre livestreams et que nous avons de la chance.

Pendant le concert à Fenley Park, nous n’avions droit qu’à trente-cinq personnes dans tout le stade, nous avons dû prendre des mesures de distanciation sociale extrêmes pour pouvoir organiser cet évènement. Ensuite, nous avons attendu dix mois car nous n’avions pas le droit de faire un concert. Et maintenant, nous pouvons revenir pour faire ces concerts, grâce aux excellents tests que nous avons : nous avons un médecin sur place qui teste tout le monde tous les jours pendant les répétitions.

De toute évidence, c’est angoissant parce que nous y consacrons beaucoup d’énergie et d’argent et si demain quelqu’un a un test positif, nous devrons probablement annuler le concert.

Vous êtes un groupe qui s’exprime beaucoup sur scène. Il doit être difficile pour vous d’atteindre un public que vous ne voyez pas avec ces livestreams.

Ken : Le premier livestream que nous avons fait, nous avons eu une petite conversation avant, nous rappelant que nous ne pouvions pas laisser l’énergie retomber pendant le concert. Et puis on a vu les chiffres des personnes qui regardaient : dix millions pour le premier spectacle, neuf millions pour la deuxième représentation.

Et nous nous sommes dit : “attendez une minute : il y avait plus de gens qui regardaient ces lives que tous les autres concerts que nous ayons jamais faits !”.

Même si vous ne voyez pas le public, vous êtes inspiré et vous vous sentez motivé.

Qu’est-ce qui vous a poussé à demander des dons au lieu de facturer des billets pour vos spectacles ?

Ken : Certaines personnes ont bien réussi pendant la pandémie et d’autres ont été dévastées. Beaucoup de gens envoient leurs dons avec une note disant que leur entreprise se porte bien alors ils vous envoient 300$. Certaines personnes donnent 5$ en guise de geste de contribution même si cet argent est tout ce qu’elles ont.

À long terme, cela reviendra probablement au même montant que si nous facturions les billets. Cela semble être une meilleure façon de le faire.

Nous sommes reconnaissants à tous ceux qui nous ont soutenus. Nous avons une base de fans qui est concernée et qui ne voit pas les performances comme des produits. Nous sommes comme une famille et cela se voit dans cette pandémie. Les fans ont juste essayé d’aider le groupe.

Nous sommes fiers du fait que nous avons payé les gens qui travaillent pour nous depuis le début, et je connais beaucoup de groupes beaucoup plus gros que nous qui ne l’ont pas fait alors. C’est un cercle complet : nous traitons nos fans et les gens qui travaillent avec nous comme une famille.

© Ken Susi

Quand avez-vous commencé le processus d’enregistrement du nouvel album “Turn Up That Dial” ?

Ken : Nous avions terminé quelques chansons, nous sommes allés en tournée et nous sommes revenus face au nouveau défi d’essayer de terminer un album en confinement. Nous avons dû le faire en shift mais je dirais que sur les neuf albums précédents, il y a toujours des choses que nous souhaitons changer ou que nous aurions aimé faire différemment. Je ne sens pas cela sur cet album.

Il avait ses défis, mais c’était formidable d’avoir quelque chose sur quoi travailler pour garder notre esprit concentré. Au final, tout ce temps supplémentaire nous a donné la possibilité de nous assurer que nous sortions un disque que nous voulions vraiment.

Quels sont les thèmes principaux de l’album ?

Ken : L’importance de la musique et le fait d’être positif. Il s’agit simplement de célébrer ou de protester, selon le sens. La musique comme une évasion, comme la joie qu’elle vous apporte, et simplement faire quelque chose de plus fort et être entendu. Nous avons essayé d’être le contraire de toute la négativité qui sortait de ce pays au cours des quatre dernières années, mais en même temps, nous n’avons pas peur d’en parler. Il est important que les gens veillent à ce que les quatre dernières années et l’ancienne présidence ne se reproduisent plus. C’est une pensée très effrayante de penser que cela pourrait se reproduire dans les prochaines années. Nous essayons d’être positifs et inspirants mais rebelles en même temps.


En ce qui concerne ce que vous disiez à propos de l’ancien président, peux-tu m’en dire plus sur la chanson “Chosen Few” ?

Ken : Cette chanson parle de la vision extérieure de l’Amérique et du fait que nous perdons le respect du monde entier. Il s’agit de la division et des combats à l’intérieur du pays. Il s’agit de la vision extérieure de l’Amérique dans son ensemble et de la vision du reste du monde sur la manière dont nous nous battons les uns avec les autres. L’Amérique pourrait en fait être deux pays distincts, avec deux mentalités radicalement différentes.

J’ai des amis de longue date, des policiers ou des gens de la classe ouvrière avec qui je partageais le même état d’esprit. Ensuite, Trump a pu leur tordre l’esprit grâce aux réseaux sociaux. Et maintenant, nous ne parlons même plus.

L’unité doit être la chose la plus importante et c’est horrible de voir ce qui se passe, même pour les familles. Certaines d’entre elles ne se parlent plus.

Je n’aime aucun politicien, mais le nouveau président a de la compassion, parle sur un ton plus réservé et abaisse la rhétorique. Je pense que nous sommes dans une bien meilleure direction maintenant.

Il est temps d’accélérer la joie et de faire baisser la haine. Mais elle est toujours là et leur voix leur a été enlevée. Le fait de bannir Donald Trump de Twitter est la meilleure chose qui me soit arrivée dans la vie !

Parfois, il faut faire face à l’horreur pour comprendre à quel point c’est horrible.

Qu’as-tu en tête pour célébrer les vingt-cinq ans de Dropkick Murphys ?

Ken : J’espère que nous pourrons jouer de la musique quelque part. Si cela n’arrive pas, je pense que nous avons des projets pour d’autres sorties de singles. C’est juste une organisation au jour le jour pour le moment. Depuis que la pandémie est survenue, nous n’avons pas été en mesure de faire des plans parce que nous craignons de devoir annuler. Nous avons encore des concerts en Europe qui n’ont pas été annulés dans les festivals d’été, mais nous savons tous qu’ils n’auront pas lieu. Je ne sais pas ce qu’ils attendent. La moitié d’entre eux ont été annulés donc je ne pense pas que nous pourrons y aller même si quelques-uns d’entre eux ont lieu car il ne serait pas possible financièrement pour nous de venir pour un ou deux festivals.

Pour le moment, nous vivons un jour à la fois, un livestream à la fois.

Cela doit être frustrant mais es-tu une personne qui aime avoir des plans fixes à l’avance ?

Ken : Dans ma vie normale, je peux vivre au jour le jour, mais en musique malheureusement à cause des tournées et tout cela. En temps normal, je peux recevoir un appel à 21h de notre manager demandant une discussion sur une tournée d’été en 2024. Et je dirai : “Quoi ? Dans trois ans, je ne veux pas en parler !”.

En musique, il faut prévoir la promotion, les sorties, les tournées.

Y’aura-t-il d’autres singles issus de “Turn Up That Dial” ?

Ken : Nous venons de sortir le single “Middle Finger” et “Queen Of Suffolk County”. Et puis ce sera la sortie de l’album !

Pour finir, notre site s’appelle “RockUrLife, donc qu’est ce qui rock ta life, Ken?

Ken : Du bon rock n’roll et jouer en live devant des fans géniaux !

© Kes Glozier

Site web : dropkickmurphys.com

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Laura Navarre
J'ai annoncé à mes parents à 16 ans que mon objectif professionnel était de produire la prochaine tournée de U2. Depuis de l'eau a coulé sous les ponts (et U2 fait de la musique relativement passable). Passionnée de musique depuis son plus jeune âge, je me suis écartée du chemin musical parental (Queen & la chanson française), pour rejoindre celui autrement plus sympathique du ROCK.