Interviews

DIDIER WAMPAS (02/12/11)

Juste avant un super concert dans les locaux du File 7 (77), Monsieur Wampas nous a accordé quelques instants pour répondre à nos questions.

Qu’est-ce qui vous amené à faire de la musique ?

Didier Wampas (chant/guitare) : J’avais 15 ans en 77, je crois que ça explique tout. Quand tu as la chance d’avoir 15 ans à un moment comme ça, car c’était un des moments les plus riches musicalement parlant. Tous les jours il y avait un 45 tours qui révolutionnait tout. J’écoute de la musique depuis que je suis tout petit, je n’avais pas de grand frère, donc j’écoutais le hit d’Europe 1, des conneries. J’ai vu les Clash à la télé et voilà, c’est parti !

Comment s’est passé le tournage du film, “Le Grand Soir” ?

D : Le film devrait sortir au printemps, et on a juste fait un concert pour le film. Avec Albert Dupontel, on n’a pas vraiment joué dans le film. On a fait 4/5 fois des chansons avec Benoît Poelvoorde. Ce garçon, c’est un sérieux. J’en ai vu des gars rock n’roll, mais à ce point là, c’est vraiment fou quoi ! J’ai pas croisé Sid Vicious, mais je pense que Poelvoorde est pire, je pense qu’à côté Sid, à côté c’était un gentil garçon. (rires) Il ne fait pas semblant. Il joue le plus vieux punk à chien de France, nous on fait un concert, il monte sur scène, et il chante, il slamme, tout ça.

Un best of des Wampas après toutes ces années ?

D : Je ne suis pas tellement pour le principe du best of, mais pourquoi pas un jour. Ce n’est pas en projet. Pour les 30 ans, je ne sais pas. Je vois des groupes qui font deux albums et qui sortent un best of. Même Louise Attaque, ils ont trois albums et ont fait un best of. Des fois c’est un peu de l’escroquerie quand même.

Après les Rois De La Suède, est-ce que vous avez en projet de collaborer avec d’autres groupes ?

D : A priori non. C’est toujours comme ça, on m’appelle, je dis oui, j’y vais. Généralement j’y vais quand on me demande, j’ai pas refusé grand chose. Ça me fait marrer, c’est toujours une expérience. Quand je peux, je viens. Mais là, j’ai rien en projet.

Est-ce que vous travaillez toujours à la RATP ?

D : Oui, je travaille en vrai. il y a des gens qui, comme les sportifs, pensent que j’ai des relèves, mais rien du tout, je fais des 3/8 et je bosse comme tout le monde. Des fois c’est un peu dur, mais je me débrouille, j’ai l’habitude maintenant. Donc c’est possible. Les gens ne se rendent pas compte. Aujourd’hui en France, les groupes de rock qui vivent de leur musique se comptent sur les doigts d’une main. Je fais du rock n’roll, c’est pas pour avoir une boîte, pour faire de la comptabilité.

Comment ça s’est passé à l’époque pour Universal ?

D : Quand tu es un artiste, tu as des contrats. On a fait un album et c’est tout. On s’est fait virer.

Qu’est-ce que vous pensez de l’industrie du disque ?

D : Les maisons de disque vendent moins de disques, ils ont moins d’argent, mais je m’en fous, je fais ma musique. C’est pas à nous, ni aux artistes de se soucier de ça. Ils trouveront des moyens de gagner de l’argent, je leur fait confiance, ils ont besoin d’internet pour vendre leurs trucs. Que ça soit Universal ou SFR qui paye, qu’est-ce que ça change finalement ? Même quand tu montes ton label, c’est des conneries, tu vas à la banque, faut aller à la BNP, au Crédit Lyonnais pour vendre ton disque, c’est pareil, faut bien de l’argent. Je ne me vois pas aller à la BNP et demander de l’argent pour faire mon disque, tu as plus l’impression de faire de la pub que de signer chez Universal. Ils ont perdu de l’argent avec notre dernier disque et tant mieux, je suis bien content ! (rires) S’occuper de tout comme les Fatals Picards, tu ne te dis pas “je vais faire des chansons punk, je m’en fous, on va perdre de l’argent”, alors que chez Universal tu peux faire ça, c’est jouissif de leur dire “vas te faire foutre , tu as voulu vendre plein de disque et tu en as vendu que 10 000”. (rires) Je crois que c’est ça qui est bien dans le rock n’roll. Après, si tu montes ton label, et tu te dis “il faut que j’en vende 20 000, sinon je vais perdre de l’argent”. Ce n’est pas ma vision du rock n’roll. Si en plus, tu peux emmerder Universal, c’est tant mieux !

Qu’est-ce qui vous pousse à faire de la musique ?

D : Je pense que c’est un truc qui est en toi, j’ai besoin de faire de la musique. Vous faites un webzine et c’est bien de communiquer d’une manière ou d’une autre, c’est comme ça que ça marche. C’est comme ça que j’arrive à faire passer des trucs. Si je faisais de la peinture, je ferais de la peinture pour communiquer. (rires) Mais je ne sais pas faire autre chose que ça. Dans la musique, même si tu ne touches que dix personnes, c’est déjà bien, et c’est pour ça que le marché de la musique est en train de s’écrouler. Et je trouve que c’est tant mieux, je trouve ça malsain des gens qui jouent dans des stades, c’est n’importe quoi ! Quelque part c’est fascisant, ça va ça vient. Dans une société idéale, tout le monde ferait de la musique et irait jouer pour vingt/trente personnes, le lendemain, ils iraient voir les autres. C’est pas très sain tout ce truc là, je trouve ça naze. Même s’il y a vingt personnes ce soir, c’est déjà super de pouvoir partager ça avec vingt personnes. On est tellement conditionnés, tout le monde, par cette culture de la réussite, de l’argent… si dans ta vie, tu as réussi à toucher trois personnes et que ça a un peu changé leur vie, tu n’as pas raté ta vie. C’est pas dur de prendre une guitare, son saxophone ou n’importe quoi pour faire de la musique. Je pars en tournée avec un autre groupe, les Bikini Machine, il y a moins de monde aux concerts, c’est la crise, mais je suis super content de jouer dans des clubs. Je trouve que c’est bien justement, cette décroissance en musique, et d’arrêter tous ces délires de stades, de Zenith, de Bercy, même s’il y en aura toujours. Même pour des tableaux, quand tu vois qu’il y a des tableaux qui valent 3 000 000€, c’est n’importe quoi ! Généralement, les gens qui ont fait ces tableaux, s’ils voyaient que ça coûtait 10 000 000 de dollars, ils se diraient “je n’ai pas fait ça pour ça”. Ce sont des rebelles qui ont fait ça, quelque part, et c’est des fonds de pension américaines qui rachètent les œuvres et qui les mettent dans des coffres. Je pense que si Gauguin le savait, il les brûlerait ses tableaux, et il aurait raison. La décroissance dans l’art, voilà mon concept ! (rires)

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire un projet solo ?

D : Avec les Wampas, on ne répétait plus trop. Les autres étaient un peu à gauche et à droite, je me faisais un peu chier et voilà. On m’a proposé et j’ai dit “allons-y”. C’est vraiment par hasard, c’est pas vraiment une envie profonde que j’avais de sortir un disque solo. C’est juste un disque avec d’autres musiciens. C’est pas des chansons que j’avais faites pour l’occasion, je les avais écrites, que j’ai joué avec d’autres gens.

Vous comptez continuer en solo ?

D : Non, on continue de répéter avec Les Wampas.

Ça sera deux projets parallèles ?

D : Je n’en sais rien, je ne prévois rien, j’en ai aucune idée. Je ne me projette pas, j’écris des chansons et on verra bien !

Vous avez encore plein de chanson en stock ?

D : Oui, j’ai plein de bout de chansons. Généralement, je les fini en studio, mais elles ne sont pas finies.

Qu’est-ce que vous écoutez comme artistes français ?

D : Je n’écoute pas beaucoup de trucs français. j’ai du mal même si je chante en français. Quand tu écoutes des artistes anglais ou américains, ça me fait plus rêver quelque part. Les artistes français, ça ne me fait pas rêver pareil, et j’ai du mal. J’écoute surtout du rock et un peu de tout sauf de la chanson française, du r’n’b et du rap. (rires) J’écoute tout, sauf ce qui marche, et c’est bien que le rock garde son côté mainstream. (rires)

Qu’est-ce que ça vous a fait de passer à la radio assez souvent (pour le titre “Manu Chao”) ?

D : Ça m’a fait marrer. Tant que c’est des accidents, tant mieux, ça nous a permis de jouer dans des endroits où on ne jouait pas avant. Quand du vrai rock passe à la radio, c’est vraiment du hasard. (rires)

Il n’y a pas eu de retours justement de Manu Chao ?

D : Il vit sur une autre planète, je l’ai croisé l’autre fois aux Solidays, il revenait de Moscou. (rires)

Un petit mot pour la fin ?

D : Passez un bon concert !

Crédit photos : Pierre Gregori

Site web : didier.wampas.com