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CARPENTER BRUT (10/03/22)


Première rencontre avec le phénomène électro metal Carpenter Brut à l’occasion de la promotion du nouvel album Leather Terror prévu pour le 1er avril via No Quarter / Virgin Records.

C’est la première fois sur RockUrLife que nous parlons de Carpenter Brut. Afin de mieux situer ce qu’est Carpenter Brut, peux tu en faire une présentation ?

Carpenter Brut : Je vais résumer cela vite car la version américaine de la page Wikipédia est très détaillée ! Globalement c’est un projet qui existe depuis 2011. A l’époque j’écoutais beaucoup Justice et le but de Carpenter Brut, c’est de reprendre leur style de musique mais d’aller plus loin dans le délire horrifique, et de mélanger cela avec des ambiances de films d’horreur, surtout John Carpenter.

Cela a donné “Carpenter Brut” à la suite d’une soirée dans un bar dans lequel il y avait du Charpentier Brut en champagne, et le nom est né comme cela.

Nous avons sorti 3 EP qu’on a ressorti sur un triple album qui s’appelle Trilogie, puis un live, ensuite l’album Leather Teeth et la bande originale du film Blood Machines.

A la base j’avais demandé au réalisateur de me faire un clip mais il est parti dans tous les sens et cela a donné le moyen métrage Blood Machines.

Maintenant on en arrive à Leather Terror qui est la suite de Leather Teeth.

Je travaille de nouveau en trilogie, comme les EP I (qui parlait des films d’horreur), II (qui parlait des films policiers) et III (qui parlait des films post-apocalyptiques). 

C’est différent dans Leather Teeth : on suit l’histoire de Bret Halford, qui est un mélange de Bret Michaels de Poison et de Rob Halford de Judas Priest, et qui est amoureux de la cheerleader de son école, sauf qu’elle est amoureuse du quarterback de l’équipe.

Suite à une expérimentation où il veut créer un philtre d’amour, cela lui explose au visage et il termine défiguré. Il se dit que pour récupérer le cœur de Kendra, la cheerleader, il faut qu’il devienne une rockstar. Ceci n’est bien sûr pas du tout autobiographique, je préfère préciser. (rires)

Avec Leather Terror, on arrive dans la phase où le héros est plus âgé. On est en 1991, c’est une rockstar et il veut se venger.


Pourquoi reprend-t-on l’histoire en 1991 ?

Carpenter Brut : On a dit 1991 mais cela aurait pu être l’année 1992. On voulait arriver au début des années 1990 pour que le personnage ait grandi. Donc fatalement je ne pouvais pas le laisser poursuivre son histoire en 1987. Il fallait que cela évolue. Il est plus âgé, plus mûr et son son a évolué, en lien avec ce qui se passait dans les années 1990.

On a intégré des sons plus industriels, comme Nine Inch Nails par exemple. Un peu moins “lalala“, moins joyeux que les albums précédents.

As-tu déjà composé la totalité de la trilogie ou est-ce que tu écris au fil de l’eau ?

Carpenter Brut : J’écris et je compose au fil du temps et au feeling. Je ne peux pas composer en tournée car je pars sur de longues périodes et dans beaucoup de pays différents. En 2018, nous avons fait près d’une centaine de dates. Nous sommes allés deux fois aux États-Unis, en Russie. Ce sont des pays qui sont fatigants car il y a beaucoup de passages de douanes, de procédures de visa. Aux États Unis, tu changes presque de fuseaux horaires tous les soirs suivant les endroits où tu joues.

Nous avons fini l’année avec la tournée de Ministry et nous sommes rentrés en France le 23 décembre. Après une tournée aussi fatigante, j’avais envie de m’arrêter, de me poser et de composer le nouvel album. Donc oui, je compose au fil du temps, chez moi quand je sais que je ne vais pas repartir sur les routes. Et là avec la pandémie c’était parfait.

Le troisième volet n’est pas encore composé. J’ai déjà plus ou moins l’histoire en tête : cela se passera deux cents ans plus tard. On est proche de Blade Runner ou de Iron Maiden Somewhere In Time pour le côté post-apocalyptique et futuriste.

Je vais me baser sur cette idée là car à la fin du morceau “Leather Terror”, Bret Halford est enfermé dans une chambre froide. Il se cryogénise et il va décongeler deux cents ans plus tard dans une ville futuriste.

C’est le moyen que j’ai trouvé pour transposer l’histoire vers plus de science-fiction.

Le son de Carpenter Brut va forcément évoluer.

Carpenter Brut : Oui mais on ne sait pas à quoi va ressembler le son de 2287. En discutant avec moi-même, je pense qu’il y aura des incursions rock progressif des années 1970.

Je ne sais pas du tout pour le moment ce que cela va donner. Cela restera massif mais plus fluo, avec des néons colorés. Du bleu, du rose.

Finalement c’est une image du futur qui est très datée années 1980.

Carpenter Brut : A l’heure actuelle il n’y a pas de vision du futur dans les films récents qui m’excite ou que je trouve intéressante. C’est un peu une vision datée des années 1980. Mais si cela se trouve ce sera le dernier album de Carpenter Brut.

Avec la fin de la dernière tournée, cela fera dix ans que j’ai lancé Carpenter Brut. Donc je ne me vois pas encore faire un disque après cette tournée. Peut être que si c’est le dernier, autant revenir au point de départ et au futur des années 1980.

La science-fiction de ces dernières années ne t’intéresse pas, c’est à dire ?

Carpenter Brut : C’est vraiment d’un point de vue graphisme et image, même si le film Dune de Denis Villeneuve m’a scotché. Disons que ce n’est pas ce futur là que j’envisage pour la trilogie. Je serai plus proche du jeu Cyberpunk 2077.

Donc des néons partout.

Carpenter Brut : Il faudra bien s’éclairer !


C’est déjà la deuxième trilogie que tu composes avec Carpenter Brut. Est ce que tu choisis ce format car tu as du mal à te limiter quant aux titres d’un album, ou que tu sais dès le départ que l’histoire que tu vas développer ne pourra tenir que sous forme de trilogie ?

Carpenter Brut : L’idée derrière Carpenter Brut c’est que tout tourne autour d’un film, réel ou fictionnel, mais cela reste un univers très cinématographique. Au cinéma les trucs cools ce sont les trilogies. Celle de Retour Vers Le Futur ou celle des premiers Star Wars qui sont excellentes. Celle de Robocop qui n’est pas forcément bonne.

Travailler sous forme de trilogie me permet d’avoir un objectif sur le court terme, le moyen terme et le long terme.

Cela me permet de développer une histoire. Si tu ne te trompes pas dès le départ, tu arrives forcément avec un héros qui est cool. Bret Halford aurait pu être un personnage naze. Au final il est plutôt cool. On a mis au point des trucs visuels sympas comme son fléau boule disco. Cela m’aide à rester sur un chemin balisé en fait. Tu vois, j’aime bien la funk et le hip hop également mais si je les intègre dans Carpenter Brut, on va avoir l’impression que l’album n’a plus aucune gueule, que cela part dans tous les sens.

Il faut baliser un minimum : la trilogie allie le fait que tu as une histoire et que tu as le temps de la développer. Cela te permet également d’installer des ambiances différentes. Sur Leather Teeth j’ai mis du glam car je m’étais remis à en écouter énormément ces dernières années. Pour Leather Terror je n’avais pas envie de reprendre le glam donc je suis partie sur un truc plus industriel. Je reste dans la même histoire mais en développant et en faisant évoluer le personnage et ses goûts musicaux.


Comment se passent tes collaborations ? Est-ce que c’est toi qui sollicites les artistes ?

Carpenter Brut : Globalement c’est moi qui les sollicite car je pars du principe qu’ils ne me connaissent pas forcément. Donc il faut que je leur montre que j’existe (rires). Souvent je contacte des artistes dont j’aime le travail et que j’écoute quand j’étais ado par exemple, ou quand j’avais vingt-vingt-cinq ans. J’ai le même âge que ces mecs là, donc on a écouté les mêmes trucs, on a les mêmes références et on se retrouve sur des choses comme cela. Tout à l’heure tu parlais de Tobias (ndlr : Forge, chanteur de Ghost), on a le même âge tu vois. On a vu les mêmes films, on a grandi de la même façon. Je n’arrive pas encore à collaborer avec lui. Il est très difficile et j’ai un peu laissé tomber l’idée car je parle avec lui depuis 2013 quand même. Je lui envoie un mail par an pour ne pas trop lui casser les pieds.

Pour le morceau “Lipstick Masquerade”, c’est la chanteuse Persha qui m’avait contacté en écrivant au label. On a bien accroché sur son chant.

C’est probablement l’un des morceaux les plus pop et les plus accrocheurs de l’album.

Carpenter Brut : J’ai essayé de faire un bon vieux morceau à la Madonna de l’époque mais sans Madonna.

Madonna était un peu chère !

Carpenter Brut : Oui et puis je ne voulais pas Madonna de toute façon. Tu pars dans des délires de managers tout cela. Du coup Persha avait enregistré ses prises chez elle et on devait les refaire en studio après la pandémie. Finalement on a changé d’envie, on se serait pris beaucoup trop la tête alors que les premières prises étaient top. On aurait perdu l’énergie et l’intensité des premières prises.

Et puis c’est le seul morceau joyeux de l’album.

C’est vrai que c’est un morceau assez punchy et enlevé.

Carpenter Brut : Pour ce morceau j’imaginais que Bret Halford aille en boîte de nuit à Los Angeles, et que ce soit elle (l’héroïne du morceau “Lipstick Masquerade”) qui chante sur scène. Et là, il retombe amoureux. Donc c’était un peu le moment de respirer.

Après j’aurai bien mis ce morceau en sixième titre sur l’album, “Day Stalker”, “Night Prowler” et “Color Me Blood” sont semblables tous les trois. Ce n’est pas évident de faire le tracklisting car quand tu as des morceaux qui sont un peu différents, tu essaies d’avoir un tempo qui s’enchaîne bien.

Il faut que ce soit fluide.

Carpenter Brut : Est ce que toi tu as ressenti à un moment des baisses d’attention ?

Non, justement on a trouvé que c’était très fluide dans l’enchaînement. “Widow Maker” est l’un des morceaux qui ressort le plus dans les premiers titres par exemple.

Carpenter Brut : Il sort en clip le 18 mars.


“Day Stalker” et “Night Prowler” vont très bien ensemble, la transition est impeccable. Quand tu travailles tes morceaux, tu imagines une histoire qui est amenée à être modifiée selon les morceaux?

Carpenter Brut : Selon l’inspiration oui. Mais le morceau “Lipstick Masquerade” avait été prévu. Enfin j’avais prévu un morceau comme cela mais pas avec Persha ou pas avec cette gueule là. Dans l’album il fallait un moment plus léger, comme une respiration. Certains morceaux comme la trilogie de fin, je savais qu’ils allaient être à la fin. Le morceau précédent ne devait pas être trop ou parce que je savais qu’on allait enchaîner avec des morceaux plus posés.

Cela a été un aller-retour entre tous les morceaux. Je les ai adaptés aussi en fonction de comment cela sonnait.

Comment se déroule ton processus d’écriture et de composition ?

Carpenter Brut : C’est un peu à l’arrache. Parfois je vais jammer sur un synthé jusqu’à trouver une boucle ou un son rigolo. Parfois je me dis : “allez, je vais écrire un morceau dans lequel Bret Halford est en train de courser quelqu’un dans les rues” donc je sais comment sera le tempo. La trilogie “Day Stalker” / “Night Prowler” / “Color Me Blood” est dans cette veine.

J’essaie toujours de partir d’une idée de scène, nuit ou jour. Tu n’utiliseras pas les mêmes sonorités. Dans “Day Stalker”, il regarde des victimes potentielles en faisant son footing. Comme je l’imagine de jour, j’ai pris des sons assez lumineux et aériens.

Quand arrive “Night Prowler”, la scène se déroule de nuit donc le son est plus violent.

Je suis partie d’une trentaine de morceaux et en fonction de comment l’album se déploie, j’utilise tel ou tel morceau.

“Stabat Mater” est un morceau que j’avais fait un an ou un an et demi avant d’arriver à la version finale. Je l’avais laissé tomber et puis je suis revenu dessus, pour finalement en garder une boucle qui m’avait plu. J’ai tout reconstruit autour. Avec les autres morceaux témoins je savais où aller.

Remplir les trous avec les fonds de tiroir !

Carpenter Brut : Mais oui ! C’est comme si tu retrouvais un dessin dans un tiroir, que tu n’avais pas fini car à l’époque tu n’avais pas la technique pour. Tu avais l’idée, le concept mais tu ne savais pas comment le terminer. Et du coup, quand tu ressors des trucs plusieurs années après, ton morceau final n’aura rien à voir avec le coup d’essai mais c’est une impulsion que tu vas conserver. Tu es plus frais, tu n’as pas peur de dégager des trucs qui finalement ne collent pas avec ton morceau final. Il faut savoir jeter. Enfin je dis cela mais je ne jette rien. On ne sait jamais.

A propos de l’album précédent si c’était à refaire, est ce que tu modifierais des titres ?

Carpenter Brut : Si j’avais pu, j’aurai mis quatre morceaux de plus. Je le trouve un peu court et je n’ai pas eu le temps de finir cet album. Je suis content des morceaux que j’ai mis dessus mais je le trouve déséquilibré. Celui-ci est plus équilibré. En album, il manque des morceaux de transition sur Leather Teeth. Je n’avais pas assez de matériaux ni de temps. En terme de composition je suis content des deux, mais en terme d’album je suis plus satisfait de celui là car j’ai eu vraiment le temps de le faire.

Tu as un univers très cinématographique. Un jour ou l’autre tu n’envisages pas de passer derrière la caméra pour réaliser le film autour de la trilogie ?

Carpenter Brut : C’est que je ne suis pas réalisateur. Je me suis improvisé musicien avec cela, si je dois m’improviser réalisateur mes premiers films ne vont pas être bien. 

Tu pourrais commencer par des clips.

Carpenter Brut : Pourquoi pas. J’ai une idée de film qui me trotte dans la tête mais je ne me sens pas de le réaliser. C’est un peu comme quand tu fais des travaux chez toi, il faut laisser les professionnels faire. C’est leur métier, un peu de respect pour le travail !

Comment cela s’est passé avec le moyen métrage Blood Machines ?

Carpenter Brut : Au départ je voulais un clip pour “Leather Teeth”. Et puis finalement ils m’ont dit qu’ils avaient une idée. Dans le clip, je voulais qu’on montre l’avant “Turbo Killer”. Vu qu’ils sont dans la science fiction cela me semblait bien. Mais c’était avant que je démarre la trilogie Leather Teeth. Tu leur donnes trois minutes et ils en demandent cinquante. (rires)

Je me suis retrouvé à faire la musique du film qui est une expérience difficile puisque nouvelle.

Tu as des longueurs de plans qui ne sont pas dans une structure musicale. Généralement les réalisateurs montaient leurs plans avec de la musique, donc cela me permettait de me “coller” à ce qui avait été fait pour adapter avec mes morceaux et le tempo de la scène.

Cela m’a permis d’explorer des trucs que je ne peux mettre dans Carpenter Brut comme utiliser de la disto, des reverb. Ce sont des trucs qui ne collent pas avec les albums car il faut que cela te bastonne la gueule, difficile de partir sur de longues plages de cinq minutes de disto.

Éventuellement en titre caché.

Carpenter Brut : Oui mais non. A part en tant que bonus track pour une édition japonaise. Je travaille tellement à l’économie, je passe tellement de temps à faire mes morceaux que quand j’en tiens un de bien, j’y vais jusqu’au bout. Pas beaucoup mais bien, c’est ce que j’essaie de faire.

La qualité !

Carpenter Brut : Oui, cela ne sert à rien de manger comme un porc, autant bien manger. Je ne pourrais pas faire de la bouffe de cantine pour quatre-cent gamins. (rires)

Je remets toujours tout en question. Celui avec Puciato on a mis un an à le faire. On ne travaillait pas tous les jours dessus, mais entre le moment où je l’ai commencé et celui où je l’ai fini, oui. Au moins un an, voire un an et demi.

Quand tu fais une collaboration, est ce que tu es en contact direct avec les musiciens ? Ou alors tu fonctionnes par envoi de mails, de morceaux ?

Carpenter Brut : D’habitude c’était déjà par mail. Même Persha qui habite à Paris. Je ne l’ai jamais vu en fait. Et puis avec Puciato on a même bossé par SMS. On ne s’est même pas appelé, rien, pas d’email. On a fait tout le morceau par message. On est en 2022 hein !


Cela ne te manque pas d’avoir ce côté un peu plus humain d’une collaboration ?

Carpenter Brut : Non, mais je ne suis pas très relationnel comme mec. Si on va jouer à Los Angeles, évidemment que je vais le prévenir (ndlr : Puciato) pour qu’on aille boire un verre. A l’inverse de Tobias (ndlr : Forge) qui me disait que lui veut être avec les gars en studio pour l’enregistrement. Moi j’ai toujours bossé comme cela donc bon. Effectivement, on peut parfois se dire que pour certains trucs ce serait plus simple. Après je pitch les artistes et on fait quelques allers retours mais assez peu. Ils sont bons donc cela se fait vite.

J’ai fait refaire un bout de refrain à Puciato car je trouvais qu’il chantait trop écorché, trop haut. Et il m’a dit qu’il l’avait fait écouter à des potes et qu’ils aimaient bien. Je lui ai demandé qui étaient ses potes : c’était Jerry Cantrell, le gars d’A Perfect Circle, Alice In Chains

En trois prises c’est fait tu vois. Les mecs savent le faire sans problème, et puis il faut leur faire confiance et les laisser faire.

Pareil sur “The Widow Maker” avec Alex de Gunship. Sa voix passe sur tout, un peu à la Placebo. Une voix qui colle sur tout. Le gars m’a fait une première proposition, puis une deuxième et à la troisième c’était nickel.

Parfois cela va jouer sur des rythmiques, la manière dont il place ses mots. On n’a pas la pression du studio, le gars est chez lui tranquille.

Je bosse de mon côté et je n’aime pas trop que chez moi ce soit un moulin, qu’il y ait des gens qui viennent.

Cela te laisse une plus grande liberté.

Carpenter Brut : C’est cela, j’attaque quand je veux et je bosse à mon rythme. C’est aussi ce qui est confortable quand tu travailles seul : sinon tu dois toujours attendre un mec qui est à la bourre, il y en a toujours un qui a un truc le week-end. Donc cela te frustre car tu n’avances pas comme tu veux. Et tu commences à détester tes potes. Quand tu es tout seul il n’y a que toi que tu détestes finalement.

Et puis quelque chose qui peut sembler bête mais si cela marche c’est grâce à moi. Et si cela se plante ce n’est qu’à cause de moi. Du coup tu ne peux pas te cacher derrière cela si ça ne marche pas.

En parlant de se cacher, parlons de ton rapport à l’anonymat. Ne pas te montrer c’était un choix dès le départ ?

Carpenter Brut : Oui parce que l’intérêt c’était qu’il n’y ait pas de jugement. La première chose que voient les gens maintenant, surtout avec internet, c’est la tête de l’artiste. Va savoir si cela ne va pas biaiser la perception du public vis à vis de ta tronche tu vois.

Je me suis dit qu’on aurait des visuels et que le public ne verrait que cela. Alors oui les gens me disent qu’on voit ma gueule en concert : oui mais quand ils viennent me voir en concert ils savent ce que je fais et ils se sont déjà fait un film avec ma musique.

Cela n’impactera pas leur façon d’envisager ta musique vu qu’ils te connaissent déjà.

En plus ‘’est une perte de temps de faire des photos de promo. Cela a de la gueule, c’est sûr.

Franchement cela aide le produit d’avoir de belles photos promotionnelles ?

En tant que consommateur de musique, est ce que cela a un impact sur toi ?

Carpenter Brut : Non c’est pour cela que je n’en fais pas. C’est beaucoup de boulot : il faut trouver les lieux, le photographe, louer du bordel, faire cinquante photos différentes. Et puis cela te suit toute ta vie.

C’est marrant parce qu’à chaque fois que des gars veulent mettre des photos de moi et de Carpenter Brut, il y a deux photos qui reviennent : un allemand et un musicien du groupe Le Matos. Cela définit bien le boulot de certaines personnes : le mec met une photo en pensant que c’est moi mais il n’en sait rien, mais il l’utilise quand même dans le doute plutôt que d’utiliser une photo promo qu’on lui envoie.

On essaie de quadriller quand même mais on a fait des boulettes. On n’est que deux dans le label, ma femme et moi. Heureusement que Virgin nous aide pour la distribution. Au début tu es tout seul, sans savoir si sur le long terme cela fonctionnera ou non.

Je trouve quand même qu’au bout de dix ans on s’en est bien sorti, c’est cohérent. Je ne change pas d’idée quant aux photos promotionnelles, je n’y trouve toujours aucun intérêt.

Il faut aussi imposer son style.

Pour revenir sur les personnes qui refusent de traiter de l’artiste parce qu’ils n’ont pas de photos, c’est que ce n’est pas fondamentalement la musique qui les intéresse.

Carpenter Brut : C’est ce que j’ai répondu au journal en fait : si vous me publiez juste pour la photo, j’ai peur de la qualité de l’article. Du coup ils ont quand même fait l’article mais sans photo. (rires)

Revenons sur ta passion du cinéma et de Carpenter : que penses-tu du remake de Halloween sorti récemment ?

Carpenter Brut : L’âge aidant, parce que je suis vieux maintenant, je suis beaucoup moins critique sur ce que je vois. A vingt ans tu adores te rebeller contre tout. Quand tu commences à faire les choses pour de vrai, tu te rends compte que cela n’est pas si simple. J’ai passé l’âge de me prendre la tête pour savoir si un film est bien ou pas. Pour Halloween j’ai vu le premier remake et je l’ai trouvé bien. Est ce que je l’ai regardé en espérant qu’il soit mieux que l’original ? Non jamais, parce qu’il a été fait de telle façon, parce que c’était l’époque qui le voulait comme cela. Depuis une dizaine d’années, j’ai compris que le cinéma était devenu nul. J’aime bien ce que fait Jordan Peele par exemple, Villeneuve avec sa proposition de Dune. Même si j’aime bien la version plus crade de Ridley Scott sur Blade Runner. Je suis un peu blasé par le cinéma actuel en fait. Je n’y retrouve pas cette espèce de folie qu’il y avait avant, même si les vieux films étaient bourrés de défauts.

Moins prévisibles, moins travaillés. Villeneuve a réussi à imposer le poids des choses, la chaleur du désert avec Dune.

Jordan Peele avec son nouveau film là, NOPE ? Cela me rend fou la bande annonce !

La boîte de production là A24 fait des trucs un peu perchés, ils ont sorti un film là, The Green Knight. J’aime bien cela.

Sinon Disney a sorti un truc un peu perché par le gars qui a fait I Origins. Et il y a aussi le fils Cronenberg qui a fait un film avec des gens qui passent dans des corps pour faire des meurtres. J’ai bien aimé, le traitement est un peu différent. Peut être que cela va rafraîchir le cinéma.

Cronenberg c’est un réalisateur de la chair, du palpable. C’est très sensoriel et graphique.

Carpenter Brut : Comme son film avec la cassette là.

ExistenZ ? Vidéodrome ?

Carpenter Brut : C’est Vidéodrome oui. Après les blockbusters je les regarde quand même. Mais parfois j’aimerai qu’il y ait plus de qualité.

Dernière question : nous sommes RockUrLife, alors qu’est ce qui rock ta life ?

Carpenter Brut : Le petit caillou de crack. (rires) Qu’est ce qui rock ma life ?

Qu’est ce qui fait que tu fais de la musique ?

Carpenter Brut : Le fait de me dire que je ne le fais pas pour personne, qu’il y a des gens que cela intéresse et puis de me dire que je n’ai pas mieux à faire. Je n’ai rien à faire de mes journées. (rires) Parfois je me pose la question de savoir ce que je ferai d’autre si je ne faisais pas de musique ? Peut être faire des feux d’artifice.


Site web : carpenterbrut.com

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Laura Navarre
J'ai annoncé à mes parents à 16 ans que mon objectif professionnel était de produire la prochaine tournée de U2. Depuis de l'eau a coulé sous les ponts (et U2 fait de la musique relativement passable). Passionnée de musique depuis son plus jeune âge, je me suis écartée du chemin musical parental (Queen & la chanson française), pour rejoindre celui autrement plus sympathique du ROCK.