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BLINK-182 (15/10/19)

English version

Le trio californien pop punk blink-182 est de retour avec un neuvième album, sobrement intitulé “NINE”. Un disque plus sombre et plus expérimental, qui semble redéfinir le son du groupe. Mark Hoppus et Matt Skiba étaient de passage à Paris, ils se sont livrés sur le nouvel album et les thèmes derrière les paroles.

Vous avez sorti votre neuvième album, enfin, selon votre propre manière de compter !

Mark Hoppus (chant/basse) : Je l’appelle “NINE”, je n’ai pas le pouvoir nécessaire pour le faire mais je prends l’initiative. (rires)

Le précédent album, “California” (2016), donnait l’impression de vouloir sonner comme du blink-182 avec une nouvelle formation. “NINE” semble plus audacieux, plus expérimental et plus sombre. Par exemple, dans le morceau “Hungover You”, vous avez essayé d’aller dans une direction différente avec vos voix.

Mark : Merci et je suis tout à fait d’accord avec ce que tu dis. C’est un peu ce que nous avions prévu de faire. Lorsque nous avons enregistré “California”, le premier album avec Matt, nous sommes retournés aux fondamentaux de blink-182. Nous avons beaucoup discuté en studio de ce qu’est une chanson de blink-182 pour nous. Nous sommes allés à l’essentiel pour que l’album ressemble à “Enema Of The State” (1999). Lorsque nous avons commencé à enregistrer ce nouvel album, nous nous sommes dit: “OK, “Enema” a été un énorme succès. Nous avons eu une nomination aux Grammy Awards, nous avons eu des singles numéro un sur les ondes, nous avons eu des ventes énormes, mais cette fois nous voulons faire quelque chose de complètement différent”. J’aime vraiment ce que nous avons fait sur cet album. Il est plus sombre, d’humeur changeante, il y des styles de production différents, il mêle des influences hip hop, emo rap, musique électronique, musique industrielle, musique punk, etc.

La chanson “Darkside” est vraiment accrocheuse, avec une mélodie très pop, mais une ambiance et des paroles sombres. La dissonance entre les deux est ce qui la rend intéressante.

Mark : Oui. C’est l’une de mes chansons préférées sur le disque et c’est l’une des chansons sur lesquelles j’ai le moins eu à faire. Cette chanson est vraiment l’œuvre de Matt. Je pense que c’est révélateur de ce que Matt excelle à faire. Écrire des mélodies accrocheuses et des paroles avec une touche sombre. Un clin d’œil ou un coup de pouce aux paroles et à leur mentalité. J’adore cette chanson.

Le clip vidéo était assez inattendu.

Mark : Travis m’a dit qu’il avait vu un meme avec des enfants d’une école qui essayaient de faire cette danse organisée un peu bête et amusante. Il a suggéré de faire pareil pour notre clip. Nous l’avons fait et j’adore la vidéo, l’énergie. J’adore le fait que les enfants du clip soient si positifs, énergiques et heureux. S’ils prennent le contrôle du monde, le monde est entre de bonnes mains.

Matt Skiba (chant/guitare) : Oui, ils étaient adorables. Tu sais, ce que toi et Mark avez dit à propos de la juxtaposition du son pop et du sujet sombre. Dans le contenu de la vidéo, il est surtout question de cette partie “pop”. Cette chanson n’est pas nécessairement sombre. Je l’ai composée pour créer la version blink-182 de “Disorder” de Joy Division. Joy Division est seulement morose, il n’y a pas de clin d’œil, ils ne faisaient aucune forme de blagues. “Darkside” est plus un banger. C’est plus une chanson sur laquelle tu peux danser si tu vas dans un club gothique. Elle ne sort pas d’une phase de dépression, mais d’une forme de lutte.

Mark : C’est aussi une célébration du “je sais que ça va être mauvais pour moi, mais j’y vais quand même”.

Matt : OK, je retire ce que je viens de dire. (rires) Je suppose que l’idée derrière le morceau est très sombre. Je regarde le clip et je pense que c’est cool que ce ne soit pas nous qui marchions dans un cimetière. Que c’est une vidéo ensoleillée avec des enfants beaux et énergiques qui dansent. C’est vraiment cool.

Matt, étais-tu le principal compositeur du morceau “No Heart To Speak Of” ?

Matt : Oui.

Le travail que tu as fait avec ta voix est vraiment impressionnant. Comment as-tu réussi à atteindre ce résultat ? Il est clair que la performance et l’émotion viennent du cœur, mais on se demandait si c’était tiré d’une expérience personnelle ?

Matt : Oh merci ! C’est quelque chose que je ne fais pas très souvent, chanter dans cette gamme. Après avoir fait toutes les prises pour enregistrer le morceau, je suis resté plusieurs jours sans pouvoir parler. Il y a une bonne façon de faire ça. Comme sur “California”, il y a quelques chansons où je crie au plus haut de mon registre vocal. Au studio je me suis pété la voix en enregistrant. Sur scène je dois me contenir parce que j’ai un autre show à assurer le lendemain.

L’émotion ou l’objet de la chanson est une chose dont je ne veux pas vraiment parler. Ce n’est même pas à propos de moi. Je me souviens d’avoir chanté cette chanson et d’avoir eu besoin de quelques minutes pour récupérer, mis à part l’aspect physique du chant. J’étais épuisé par le chant et l’émotion associée.

C’était audacieux de lancer l’album avec “Blame It On My Youth”. C’était comme une affirmation : “Voici qui nous sommes, d’où nous venons, et c’est tout”. Comment avez-vous eu l’idée de sortir ce titre en premier ?

Mark : Je pensais que “Blame It On My Youth” était le morceau blink-182 par excellence. C’est accrocheur, il y a des riffs de guitare, il y a ce refrain tel un hymne, il y a définitivement une production moderne. Pourtant, il a reçu des réactions négatives. C’était étrange pour moi car je pensais que c’était la chanson de blink-182 la plus évidente de tout le disque. Je pense que les gens ont été pris au dépourvu par la production. C’était le même sentiment pour tous les premiers singles. Nous les avons sortis, certaines personnes ont totalement compris ce que nous avions fait, d’autres ne l’ont pas compris et ont pensé que nous essayions de faire du Coldplay.

Puis nous avons sorti “Generational Divide”, une chanson complètement punk. Une minute de durée, de la colère et de l’agressivité. Mais ensuite, les gens ont pensé que nous avions sorti ça en réaction aux réactions sur “Blame It On My Youth”. Ce n’était pas le cas. En fait, nous l’avons enregistré six mois avant d’enregistrer “Blame It On My Youth”.

Ensuite, nous avons sorti “Happy Days” et j’ai vu que les gens commençaient à comprendre à quoi cela allait ressembler. Puis, lorsque le disque a été publié, j’ai vu sur Twitter et sur Instagram des gens qui disaient : “OK, je comprends maintenant, l’album prend tout son sens, j’avais totalement tort avec mes premières impressions, maintenant je comprends et j’adore cet album”. C’est génial et je suis heureux que nous en soyons arrivés là. Nous nous attendions à ce qu’il y ait ce genre de réactions puisque nous avons pris la décision d’aller dans une direction complètement différente. Si tu n’écoute pas l’album dans son intégralité, les morceaux pris un à un sont déroutants. Maintenant que tout est sorti je crois que les gens comprennent mieux.

Avez-vous été touchés par ces réactions négatives ?

Mark : Je dirais ceci. J’essaie de ne pas vivre et mourir en fonction de ce qui se dit dans la section commentaires. La section commentaires est la partie la plus toxique d’Internet. Ce ne sont que des gens qui se plaignent. J’ai été vraiment surpris que des gens qui se disent être des fans de blink-182 depuis des années, qui utilisent un pseudo avec un 182, disent de ce morceau : “Oh, vous avez ruiné blink-182, ce n’est pas du blink-182”. Après vingt-cinq ans d’activité et neuf albums de chansons, tu n’aimes pas un titre et tu tournes le dos à tout le groupe ? C’était surprenant pour moi. Mais comme je l’ai dit, la section commentaires est vraiment la pire partie d’Internet.

Matt : Ce que j’ai aimé, c’est quand les gens ont pensé que nous étions en train de leur faire une blague.

Mark : Mon Dieu, j’ai vu ça aussi. (rires)

Matt : Comme si nous avions du temps et de l’argent à gaspiller pour faire des blagues avec des morceaux qui passent à la radio ! Ils pensaient que nous faisions des blagues pour préparer la sortie du nouvel album. J’ai joué “Blame It On My Youth” à des amis, qui sont des fans de blink-182, comme mon amie Carmen qui est une musicienne incroyable et qui a grandi avec blink. Elle a adoré et a dit que c’était une chanson blink par excellence. C’est amusant, c’est pop. La production est différente, mais je ne pensais pas que cela aurait un tel impact.

Les paroles sont honnêtes, c’est aussi ce qui en fait un bon morceau.

Matt : Nous sommes tous les trois très fiers du disque. L’une des choses dont je suis le plus fier est que les paroles sont vraiment honnêtes. Ce n’est pas qu’elles n’étaient pas honnêtes sur “California”, mais cet album semble plus spécifique. Ces choses spécifiques sont vraiment lourdes.

Vous avez beaucoup parlé de dépression et d’anxiété et vous avez été très ouverts à ce sujet. Mark, tu as traversé une phase dépressive, tu as d’ailleurs dit que la créativité musicale générée par Simple Creatures avez été un moyen de s’en sortir. Vous étiez sur le point de faire une tournée avec Linkin Park quand…

Mark : Oui, nous étions sur le point de tourner ensemble. Nous étions à Londres en train de terminer la tournée européenne de blink-182 et nous étions censés nous rendre de Londres à New York pour le “Blinkin Park Show”. Nous avons découvert que Chester avait mis fin à ses jours quarante-cinq minutes avant de monter sur scène à Londres. Le dernier concert de la tournée, tout le monde était sous le choc.

Matt : Nous venions de jouer avec eux une semaine ou deux avant. Je pense que vous (ndlr : il s’adresse à Mark) le connaissiez probablement depuis longtemps, mais lui et moi n’étions que des connaissances amicales. Il avait l’air d’être un gars sympa. Je me souviens d’un concert quand nous avons joué avec eux. Il y avait beaucoup d’ados et sa sécurité voulait qu’il monte rapidement sur scène. Il a tout fait pour prendre le temps de parler à chacun de ces ados. C’est juste quelque chose que j’ai remarqué. Il aurait pu faire comme s’il ne les avait pas vus et monter sur scène. C’était vraiment cool de le voir agir de la sorte. Mark est pareil et Travis est pareil également. Même si je ne le connaissais pas très bien, il semblait être une si belle personne. C’est un coup dur. Penser que quiconque, surtout quelqu’un que j’aime et que je chéris, pourrait perdre quelqu’un qu’il aime et qu’il chérit est douloureux.

Mark : Nous l’avons vu tout l’été. Nous avons joué des festivals ensemble et partagé des scènes dans toute l’Europe cet été-là. A chaque fois que je le voyais, il était tellement excité. Surtout avec les spectacles à venir. J’étais dans leur vestiaire, je traînais avec lui, et nous avons découvert que les spectacles se vendaient hyper bien. Il sautait littéralement dans le vestiaire. “C’est tellement génial, je ne peux plus attendre, ça va être mortel”. Ce qui montre bien que la dépression est vraiment insidieuse. On peut regarder quelqu’un qui semble heureux, positif et dans un bon esprit alors qu’il souffre intérieurement.

Matt : Malheureusement, j’ai eu plusieurs suicides dans mon cercle d’amis et mon cercle familial et je ne m’y attendais pas. C’est toujours un choc. Chaque décès est un choc. Celui qui se suicide est généralement la personne qui sourit toujours. Insidieux est un bon mot pour une chose si terrible.

Dans le nouvel album, les thèmes derrière les paroles sont assez lourds. C’est un moyen d’aider les gens à surmonter toutes ces choses sombres.

Mark : Oui, je pense que c’est l’idée. Comme Matt, la chose dont je suis aussi le plus fier, c’est que les paroles sont vraiment honnêtes. Nous essayons toujours d’écrire de la musique honnête, mais cette fois nous avons eu une discussion à ce sujet pour convenir que nous allions seulement exprimer notre ressenti sans chercher à l’atténuer ou à le rendre positif. Juste dire ce que nous voulons dire. Toutes ces choses que tu essaies de cacher au monde, que tu essaies de cacher à tes amis et à tes proches, ces choses sombres qui sont dans ton esprit. Je voulais les mettre au premier plan. C’est ce qui se passe dans ma tête en ce moment, pour le meilleur ou pour le pire. Cela m’aide, mais je lutte toujours.

Tu es ouvert à ce sujet, c’est inspirant.

Mark : Eh bien, c’est mieux pour moi d’être ouvert à ce sujet. Cela arrive maintenant plus souvent que je n’aimerais que ça arrive. Je le reconnais de mieux en mieux quand cela se produit et j’essaie de tout canaliser vers de meilleures pensées.

Matt : C’est une chose très désintéressée que Mark a faite sur cet album. Si tu as un cerveau entre les oreilles, tu vas probablement être déprimé à un certain moment. Pour les fans du groupe, entendre Mark parler ouvertement à ce sujet, je sais que ça les aide pendant que nous parlons. C’est une belle chose.

Entendre des titres comme “Adam’s Song” était vraiment déchirant, car c’était vrai. “Stay Together For The Kids” était également puissant. Le pop punk est un moyen d’aider les personnes à traverser leurs périodes sombres.

Mark : Oh, merci. C’est ce que la musique et l’art devraient être pour moi. Une célébration des bons moments et des souvenirs. C’est aussi un peu comme une injonction : “Vas au fond de ton âme, que ressens-tu et que vas-tu faire aujourd’hui ?”. Il y a des jours où tu te sens comme si tu pouvais conquérir le monde et il y a des jours où tu te sens comme si tu avais le poids du monde sur ta poitrine.

Comment avez-vous vécu l’anniversaire des vingt ans de “Enema Of The State” ?

Mark : C’était vraiment amusant. Nous l’avons joué tout l’été et cela m’a rappelé à quel point cet album est formidable. Il n’y a pas de chanson que je regrette sur cet album. Il n’y avait pas un titre où je me disais : “merde, nous devons rejouer cette chanson”.

Matt : J’étais excité à l’idée de jouer un si bon album. Évidemment, cela a été fait bien avant que je sois ne serait-ce qu’ami avec ces gars. J’étais fan. Je suis allé au concert à Chicago lors de cette tournée. Quand nous avons parcouru la setlist, j’étais enthousiasmé à l’idée de jouer ce titre et ce titre. “Enema Of The State” est l’un de mes disques préférés. Pouvoir jouer ces chansons était vraiment cool.

Mark : La chose intéressante à ce sujet est que nous avons bouclé la boucle. Lorsque nous avons enregistré “Enema Of The State” et “Take Off Your Pants And Jackets” (2001), nous travaillions avec notre ami Jerry Finn, qui travaillait également avec Alkaline Trio à cette époque. Jerry passait des morceaux de blink à Alkaline Trio et il nous jouait des chansons d’Alkaline Trio. Je me souviens que lorsque nous enregistrions “Take Off Your Pants And Jackets”, Jerry nous a fait écouter des titres qu’il finissait de mixer pour Alkaline Trio et Tom (ndlr : DeLonge) a été tellement touché qu’il s’est dit: “Je dois réécrire les paroles, je dois élever le niveau”. Il est retourné bosser et a changé certaines paroles parce qu’il était tellement inspiré par Alkaline Trio. Nos passés sont entrelacés depuis longtemps.

Matt : Merci à Jerry !

Dernière question : notre média s’appelle “RockUrLife”, alors qu’est-ce qui rock votre life ?

Matt : La musique et l’art, tout étant une seule et même chose.

Mark : Je dirais ma famille. Ma femme et mon fils.

Site web : blink182.com

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Marion Dupont
Engagée dans la lutte contre le changement climatique le jour, passionnée de Rock et de Metal le soir !