Interviews

BIFFY CLYRO (17/05/16)

English version

Un peu avant la sortie du dernier album “Ellipsis”, nous avions rencontré Biffy Clyro dans sa chambre d’hôtel parisienne, pour en apprendre plus sur la fabrication du disque.

Votre nouvel album “Ellipsis” sera disponible très bientôt, quel est votre état d’esprit en ce moment ?

James Johnston (basse) : Très positif, on a hâte. C’est génial d’être à Paris et de pouvoir parler de notre album. On a hâte que les gens l’écoutent et de le jouer.

Simon Neil (chant/guitare) : On a fait une pause l’an dernier, juste pour être sûr d’avoir bien travaillé. L’année a été plus longue qu’on l’aurait cru. Je pensais qu’on aurait pu se détendre complètement et… (non pas qu’on ait des piscines mais) s’asseoir au bord d’une piscine, mais malheureusement, ce n’est pas arrivé. (rires) Donc c’est un soulagement d’enfin le sortir.

Vous avez déjà joué quelques concerts avec ces nouveaux morceaux, comment les fans ont-ils réagi, jusqu’ici ?

Simon : Jusqu’ici, tout va bien ! Génial. Il nous a fallu plusieurs performances scéniques pour vraiment nous habituer à ces titres. C’est un peu comme présenter un nouvel ami à ta famille. Tu es nerveux, mais tu veux qu’il soit accepté. C’est beaucoup d’émotions mais tout ça est très positif, tout s’est bien passé. Les nouveaux morceaux collent bien avec les autres sur scène, c’est super de les présenter au public.

Avez-vous déjà un favori, sur scène ?

Simon : Le mien est sans doute “Re-Arrange”. Je n’ai pas grand-chose à faire sur celui-là. (rires) C’est une ambiance différente, un état d’esprit différent.

Ben Johnston (batterie) : Pour moi aussi, “Re-Arrange”. Oh non, “Medicine”, parce qu’il n’y a pas de batterie. (rires)

James : L’album est très varié. J’aime bien “On A Bang”, c’est un rock n’roll un peu sophistiqué, Ben et moi bougeons beaucoup et Simon hurle à tue-tête.

Simon : Je crois qu’avec nous qui présentons quelques-uns de ces titres sur scène, les gens ne sont pas sûrs de quel genre d’album c’est (rires) mais on aime bien ça.

Avez-vous l’impression que l’album est très attendu, étant donné que le précédent est sorti il y a trois ans ?

Simon : Oui, on espère ! Si un groupe disparaît trop longtemps, il peut se faire oublier. Mais la raison pour laquelle on est resté en retrait, c’était pour être certain de la qualité de l’album. Je ne pense pas que qui que ce soit ait réellement besoin d’un septième album de Biffy Clyro, alors on voulait être sûr de faire un album que les gens voudraient avoir. Je pense, j’espère que les gens seront contents de l’avoir. Mais c’est difficile à dire pour nous, c’est sûrement nous qui avons le plus hâte.

Comment s’est passée l’écriture, puis l’enregistrement, exactement ?

Simon : Normalement, je commence à écrire juste après la tournée précédente. Mais pour la première fois, je n’avais pas beaucoup d’idées. Je crois que la tournée, et toute la musique de “Opposites” nous a vidés. Donc j’avais besoin d’environ deux mois pour prendre le temps d’écrire. Pour être honnête, c’est la première fois que ça a été difficile d’écrire des morceaux.

Ça a duré jusqu’à mars ou avril de cette année, environ. Je suis allé en Californie pour deux mois. Je voulais écrire de la musique sans que ce soit nécessairement pour Biffy. Parce que j’ai joué avec Biffy sur sept albums, on a joué de grosses dates, et ça ne m’inspire pas forcément. Donc j’avais besoin de déconnecter, d’arrêter d’être le Simon De Biffy, et j’ai pu écrire.

Après, on a passé quelques mois à répéter, et on a commencé à enregistrer en octobre avec Rich Costey (ndlr : producteur) de nouveau en Californie.

Aviez-vous une méthode en particulier ?

Simon : Parfois, quand tu écris des morceaux, tu dois juste attendre que l’univers te parle. J’ai écrit quelques titres au piano cette fois, et je crois que le principal changement a été d’adopter le studio, presque comme un membre du groupe à part entière. Normalement, on voit le passage en studio comme un moyen d’étoffer le groupe, de faire en sorte que nos sonorités soient vraies, authentiques. C’est la première fois qu’on ne cherche pas du tout cet effet. On voulait un son distordu, un peu inexact.

Ben : Ce qu’on fait aussi d’habitude c’est qu’on enregistre la batterie, puis la basse, puis la guitare et ensuite la voix. Mais pour la plupart des morceaux de cet album, on a fait la guitare et la voix en premier, et c’était un bon moyen de voir ce dont le morceau avait besoin, de l’ambiance qu’il dégageait. C’est aussi pour ça qu’on s’est retrouvé avec des morceaux sans batterie, on est arrivé à un moment où on s’est dit “il y a besoin d’une batterie sur ce titre ?” et puis en fait, non. (rires)

Simon : Cet album a été très surprenant, je trouve, plus spontané, plus enjoué. En général, tu sais exactement où tu vas et ce que tu vas faire chaque jour de travail. Ici, on n’avait aucune idée de ce qu’on allait faire au quotidien. Pas de planning. Et on aimait ce mystère-là, c’était excitant.

Du coup, ça devait être très différent de ce que vous faisiez auparavant, en particulier sur un double album comme “Opposites”.

Simon : Oui, très différent. Cet album est carrément une réponse à “Opposites”, qui lui était très cinématique et épique. On n’a pas eu peur de créer un son différent cette fois. On ne s’est pas inquiété de savoir si ça allait être juste ou joli, on a essayé des trucs, comme passer le son de la batterie dans des amplis de guitare etc. On voulait que ça sonne comme le même groupe, mais sans qu’on sente que ce groupe avait eu une évolution entière auparavant. C’est notre album le plus court. On a enregistré quinze morceaux, notre but était de faire un album de dix. Mais ça a été trop dur d’en choisir que dix. (rires)

Combien de temps avez-vous mis, au total ?

Simon : OK, on sait, c’était long (rires), ça a vraiment été super long ! (rires) Au bout de trois semaines, on se disait “dans une semaine c’est fini”, et ça a continué encore et encore ! Ironiquement, on a mis autant de temps que pour le double album, mais toutes nos journées étaient bien remplies cette fois. Comme je le disais, on ne savait pas à l’avance ce qu’on allait faire. Donc parfois on continuait d’essayer des choses, si on se disait que la batterie pouvait être mieux, alors on la refaisait. Et encore, si on avait écouté Rich Costey, on y serait encore, c’est vraiment un explorateur, un aventurier. Pour lui, tant que tu n’as pas tout essayé, tu ne peux pas savoir si ça marche. (rires)

Avez-vous eu des difficultés dans le processus (à part ça) ?

Simon : Je pense que le plus difficile a été de laisser tomber les habitudes qu’on avait. Quand tu te construits en tant que groupe, tu deviens bon dans certains domaines, et tu adoptes ça pour un album ou deux. Et quand il faut abandonner ça, ça fait un peu peur. Mais c’est vraiment ce qu’on voulait. J’ai l’impression qu’on le doit aux fans, aussi, de ne pas s’enfermer dans la facilité.

Ben : On m’a demandé de jouer différemment pour certains morceaux. Genre “joue avec moins de force” ou bien “joue comme…” et bien, pas comme moi (rires). “Joue comme un autre batteur”, “joue comme un mauvais batteur” même. (rires)

Simon : Oui, juste pour essayer différentes ambiances. On a fait les choses de la même manière pendant si longtemps que ça n’a plus d’intérêt, c’est même ennuyeux. Mais changer ça ne nous a pas facilité la tâche. (rires)

Le deuxième single qui a été dévoilé est “Animal Style”, n’avez-vous pas peur de la censure sur le refrain (ndlr : les médias anglo-saxons sont très regardants sur le langage) ?

Simon : Oui ! Je suis assez surpris qu’ils (ndlr : le label) aient choisi un morceau qui a un truc comme huit “fuck” et tous dans le refrain en plus. Je ne sais pas, peut-être qu’ils vont juste couper le son du refrain pour la radio. (rires) J’aimerais qu’ils gardent les “fuck”, ce serait beaucoup plus cool. Je me dis qu’on devrait appeler le prochain “Fuck Fucking Fucker”. (rires)

Question basique : pourquoi avoir choisi “Ellipsis” comme titre ?

Simon : L’idée principale, c’était la représentation de nous en trois points. Les gens considèrent souvent trois points comme la fin d’une phrase, mais pour moi, ça peut tout à fait être le début de quelque chose. On a bossé dix-huit mois sur l’album, avec toutes ces pensées, ces idées. Et il n’y a pas de plan, rien de prévu, les gens prennent un peu le train en marche. Quand on écoute l’album, on n’est encore qu’à la moitié de tout ce processus de pensées. C’est ça que l’ellipse représente.

Où avez-vous trouvé l’inspiration pour ça, pour tout l’album ?

Simon : Je pense que vous avez remarqué qu’on y parle beaucoup d’animaux. Je ne m’y attendais pas vraiment, j’ai dû trop regarder David Attenborough pendant notre année sabbatique, ou passer trop de temps sur des sites du genre chatonsmignons.com. (rires) Mais musicalement notre éducation a été autour du rock, mais nos inspirations peuvent venir de n’importe où. On a été très inspiré par la nouvelle scène pop et hip hop, on y trouve plein de sonorités intéressantes.

Ça fait un moment que je n’ai pas entendu un groupe de rock qui m’a fait me dire “wow putain, c’est quoi ça ?”. Je crois que cet album est notre plus belle tentative de faire un album actuel, avec tous les outils modernes à notre disposition.

A propos de cette thématique animalière, diriez-vous que c’est votre album bestial ?

Simon : Oui, peut être féroce ou bestial (rires), mais si tu tapes “bestial” dans Google, tu ne trouveras pas Biffy Clyro, ça c’est sûr ! Ou bien tu trouveras peut être l’un de nous ! (rires) Il vaut mieux ne pas savoir lequel. Mais oui, quand je regarde en arrière, je pense que tout cela a à voir avec moi qui essayais de retrouver confiance en composant. Je pense que je n’ai jamais eu aussi peu confiance en moi. Il y a plein de gens qui pensent que je plaisante avec ça, comme j’ai écrit plein de morceaux.

Mais j’ai vraiment associé cette période avec le fait d’être un loup, ou quelque chose comme ça. Faire confiance à mon instinct, protéger mes proches, ce qui m’est cher. Et oui, ça se manifeste sûrement avec moi étant… bestial. (rires)

On suppose que vous allez poursuivre la tournée maintenant ?

Simon : Oui, toujours le même genre de choses. Jouer les nouveaux morceaux, les amener aux gens. On va jouer au Download Festival France, et on espère revenir aux alentours de novembre, pour jouer quelques dates en France. Vous allez nous revoir !

Dernière question : notre site s’appelle “RockUrLife”, alors simplement : qu’est-ce qui rock votre life ?

James : Jouer dans un groupe qui s’appelle Biffy Clyro ? (rires)

Simon : Ces mecs rock ma life !

James et Ben : Oh !

Simon : Et ils le font aussi physiquement. Après tout, je dois me tenir près d’eux pour jouer du rock sur scène.

Site web : biffyclyro.com