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AVATAR (19/03/14)

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Avec leur nouvel album “Hail The Apocalypse” sous le bras, les nordiques d’Avatar nous en disent plus au sujet de leur nouvel album.

Bonjour ! Comment allez-vous ?

Johannes Michael Gustaf Eckerström (chant) : Je vais très bien, j’adore Paris en plus !

John Alfredsson (batterie) : Très bien, merci.

“Hail The Apocalypse” sortira au mois de mai. Tout d’abord, à quoi faire référence ce titre ? Pourquoi colle-t-elle à votre musique ?

Johannes : A vrai dire, c’est le titre éponyme en lui-même qui résume plutôt bien musicalement l’album. Je n’ai jamais entendu ce riff auparavant et il déboule avec un énorme groove, qui respire la nouveauté et la fraicheur et c’est ce à quoi tend Avatar. C’est un très bon titre éponyme d’ailleurs, il englobe  parfaitement le concept entourant les paroles du nouvel album, qui est à ce jour le plus sombre que nous n’ayons jamais fait. C’est une étude poussée dans les ténèbres et particulièrement sur son aspect psychologique, qui fait parfois référence à nos propres expériences. Il faut savoir se débrouiller et supporter cette obscurité. “Hail The Apocalypse” traite de l’inévitable.

Quelle approche avez-vous vis à vis de votre musique ? Car celle-ci est très diverse.

Johannes : Cela découle du précédent opus “Black Waltz” à travers lequel nous avons beaucoup appris et avons défini qui nous étions vraiment. Nous avons trouvé une voie qui nous semblait être la nôtre, comparé aux précédentes sorties. Nous sommes dorénavant de bons musiciens, en tant que tout, et pas seulement individuellement. Le résultat est de bien meilleure facture. Nous pouvons maintenant essayer quoique ce soit et estimer si cela est bon ou non, d’où cette grande diversité musicale. Avatar est un groupe de metal donc le riff est essentiel et aucun riff n’est efficace sans groove.

 

Autrement, pourquoi Avatar ? Vouliez-vous vous cacher derrière certains personnages ?

Johannes : Je dirais plutôt que tout l’opposée.

John : Cela fait un moment d’ailleurs.

Johannes : John y avait pensé lorsqu’il avait 14 ans et personnellement, appartenir à un groupe nommé Avatar tendait à l’opposé du sens conventionnel. C’était de tirer un maximum du potentiel de chacun afin de le révéler au grand jour. Ainsi, c’était plutôt le fait de se découvrir que l’inverse.

Dans quels horizons naviguez-vous cette fois-ci ?

Johannes : Et bien je suis sur ce navire pour de nombreuses raisons. Tout d’abord, une chose que j’ai constaté c’est que nos derniers albums traitaient énormément de feux et celui-ci renvoie plus à l’eau lorsque j’ai relu mes écrits. (rires) “Black Waltz” nous a ouvert un nouvel horizon artistique et nous nous devons maintenant d’explorer ces sombres histoires pour notre musique.

John : C’est également très apocalyptique en soi.

Johannes : Oui, tu mènes ton navire à travers la tempête, tu l’épouses même, tu fais à nouveau face à l’apocalypse.

Vous avez enregistré l’album en Thaïlande,  c’est plutôt inhabituel pour un groupe suédois, sachant que vous avez les meilleurs studios en Europe.

Johannes : Lorsque Entombed ou d’autres allaient aux Sunlight Studios, c’était également inhabituel mais c’est également ce qui les a rendu intéressant. Nous cherchons toujours à faire les choses de manières originales. Notre producteur a déménagé là-bas et lorsque nous nous étions concertés, avant qu’il n’y aille, il nous a dit “je vais en Thaïlande, donc on devrait plutôt le faire sur place” et nous avons emboité le pas et avons trouvé un bon studio, le Karma Sounds Studios. C’est toujours cool de changer quoi que ce soit mais là plus encore, on changeait carrément de continent !

John : Les structures furent établies à l’avance tout de même, puis sur place il n’y avait pas tant de touristes et la plage n’était qu’à un quart d’heure, nous y sommes allés qu’une fois d’ailleurs.

Johannes : On passait la majeure partie de notre temps en studio puis nous sommes allés à Pathong, qui est un endroit plutôt piteux, c’était difficile de profiter alors qu’on y voyait les pires choses de l’humanité. Les victimes du trafic, la cruauté envers les animaux et plein d’autres choses aussi…

Le referiez-vous ?

Johannes : Non, pas en Thaïlande car cela semblerait normal alors que nous cherchons toujours à vivre de nouvelles expériences. J’aimerais beaucoup louer un château en France comme l’ont fait les Rolling Stones et Black Sabbath. Si cet album se vend bien, ce serait très intéressant pour la suite.

John : Si on se fait un peu plus d’argent en vendant le nouvel album, alors on en aura plus à dépenser par la suite. (rires)

Johannes : La prochaine fois, on ira sans doute vers des contrées plus froides. (rires)

John : L’Antarctique. (rires) Comme Metallica.

Johannes : Grave, ce serait excellent. Merci pour l’idée !

 

Il est parfois assez difficile d’assimiler votre musique parce qu’il y en a de tous les côtés. Quid de vos influences ?

John : Elles sont très diverses mais en même temps très basiques, la base est la même pour tous, comme les Beatles ou Iron Maiden.

Johannes : C’est très intéressant car les réactions furent très différentes pour les gens. Personnellement je trouve que notre musique se tient parfaitement même avec tous ces grooves. Nous avons créés certaines dynamiques et nous n’aimons pas composer le même album ou la même chanson deux fois de suite. Certains groupent fonctionnent sans doute ainsi mais nous avons vraiment pris le temps d’être certain que la musique que nous allons proposer soit vraiment unique en tout point. Depuis “Black Waltz”, nous travaillons ainsi.

Quels trois morceaux pourraient le mieux définir l’album ?

John : Tous ! (rires)

Johannes : Je dirais “Hail The Apocalypse”, “Tower” et “Puppet Show”. Ils montrent toute la diversité de l’album mais sont tout de même formées autour de l’idée DU riff. Tu ne pourras écouter ce type de morceaux au travers d’autres groupes. L’ensemble des titres forment un ensemble homogène et dévoilent différents niveaux de noirceur auxquels nous faisons face.

Vous avez sorti quelques albums avant “Black Waltz”, sans grand succès. Comment l’expliquer ?

Johannes : Lorsque nous avons enregistré notre premier album, nous avions entre 17 et 19 ans, donc nous étions vraiment jeunes et novices en la matière. Depuis, en raison de ces sorties disons prématurées, nous étions sous le feu des projecteurs à cette époque-là. Comme pour tout groupe, il nous a fallu un certain temps avoir de vraiment définir ce que nous voulions faire musicalement. Je reste cependant très fier de nos précédentes sorties surtout lorsque tu te rends compte qu’aucun de nous n’avait passé la vingtaine, de plus l’album fut bâclé en deux semaines, mix et mastering inclus.

Mais venant de Suède, vous avez tout de même pris un certain temps pour vous faire connaitre à l’internationale, une raison ?

Johannes : Et bien il a fallu trouver les bons collaborateurs mais également de se trouver musicalement, ce que nous avons mis en pratique avec “Black Waltz”.

Un mot à propos de “Tower” ? Ce titre met trois minutes à se lancer mais la suite reste tout de même assez lente et atmosphérique.

Johannes : A l’ origine, ce titre n’était pas destiné pour figurer sur un album d’Avatar. J’avais bricolé ce titre avec ma guitare et je l’ai proposé aux autres, parmi beaucoup d’autres et nous avons essayé d’en faire quelque chose. Après un tel album, qu’est “Hail The Apocalypse”, il était tout à fait naturel de conclure sur une sombre note, c’est d’ailleurs la plus sombre histoire que j’ai écrite jusque maintenant.

Penses-tu qu’il soit difficile de se faire une place avec une musique très différente de la masse ?

Johannes : A vrai dire le public nous a bien acceptés. Ces deux dernières années furent bénéfiques au groupe sans parler de la tournée en compagnie d’Avenged Sevenfold et de Five Finger Death Punch. Avant cela, c’était bien évidemment frustrant durant quelques années mais au final nous réalisons quelque chose de bien plus fort encore. De plus, nous ne voulons pas être rétro, nous aspirons à être les meilleurs possibles en tant qu’Avatar.

Que t’inspirent les groupes rétro ?

Johannes : J’adore. Ghost est excellent par exemple.

John : Il y a tellement de groupes aux sonorités rétro… mais ceux qui sonnent comme des groupes de reprises, ça je ne l’apprécie pas trop. C’est toujours plaisant au début mais ils ont du mal à exister, il y a tellement de groupes qui ont déjà fait tout ceci…

N’est-il pas facile, de nos jours, d’être rétro ?

Johannes : Il y a de ça oui mais en même temps, si tu aimes les sons rétros et que c’est l’unique chose qui te tient à cœur, alors tu n’y échapperas pas et je respecte tout à fait cette démarche. Certaines de choses m’inspirent personnellement mais si je veux écouter de la musique rétro, j’écoute tout simplement les classiques du genre, car “Screaming For Vengeance” de Judas Priest est à jamais un putain de bon album !

Comment avez-vous fait pour rester concentrer sur votre musique jusqu’à obtenir le succès escompté ?

John : Tout d’abord, cela prend beaucoup de temps pour saisir comment tout cela fonctionne. Lorsque que “Black Waltz” est sorti, nous étions au bord du gouffre car nous avons sortis deux albums très jeunes, avec beaucoup de dates, mais nous avons également perdu pas mal de thunes et personne ne s’en souciant etc. Puis nous avons réalisé que si nous voulions en vivre, il fallait changer quelque chose, donc nous avons rendu notre musique un peu plus accessible.

Johannes : Oui, nous pensions beaucoup trop aux autres.

John : Nous faisions trop attention aux autres et non à nous. Suite à cet album, où tout n’était une fois de plus pas parfait, nous nous sommes posés dans notre bar préféré avec Johanness, à Göteborg et nous sommes dits “on pourrait travailler avec les enfants et vivre une paisible vie, arrêtons Avatar, santé!” et quinze minutes plus tard, Johanness dit “mec, on devrait vraiment faire quelque chose de ce riff avant, donc reformons nous”. (rires)

Johannes : Avatar s’était reformé quinze minutes plus tard. (rires) Nous étions à nouveau dans une position où l’on redécouvrait les rudiments du metal et les choses ont alors changé. Cet album était assimilable à une première démo puis de là, nous avons attirés l’attention du public et nous en étions très satisfaits; comme si tout recommençait.

John : L’idée première avec “Black Waltz” était de faire un album qui nous satisfaisait avant tout. Nous avons donc gardé ce même état d’esprit et ce fut un réel challenge car beaucoup de personnes nous disaient comment faire telle ou telle chose.

Johannes : Cependant, nous avons fait tout ce que nous voulions faire et mettre dans cet album. Les titres plus posés, sur le papier, se sont parfaitement intégrées, nous avons mis là une reprise aussi, mais également des passages plus extrêmes et c’est cet ensemble qui rend l’album meilleur encore. Nous l’avons enregistré live, de manière old school, histoire de placer la barre plus haute encore et d’avoir réalisé quelque chose de nouveau et d’inédit.

John : Cela nous permettra peut-être de faire un album supplémentaire et qui sait, d’en vivre.

Un conseil à donner ?

Johannes : Faites la musique que vous voulez pour vous en tout premier lieu, il n’y a pas de recette miracle. Tu veux devenir riche ? Investi en bourse ou dans les hydrocarbures ou dans l’or. C’est comme si tu voulais des nanas, sors et va boire un coup dans un bar, t’en trouveras. L’unique raison pour laquelle tu veux faire de la musique c’est parce que tu VEUX faire de la musique. La question suivante serait plus : que veux-tu accomplir au travers de ta musique ?

Vous souvenez-vous de la toute première fois où vous êtes montés sur scène ?

John : Je jouais de la flute.

Johannes : Et moi du trombone.

John : Mais notre premier concert en tant qu’Avatar avait lieu en banlieue de Göteborg, à un concours annuel de jeunes talents.

Johannes : Nous y avons joué “Raining Blood” (Slayer), “Clayman” (Inflames) et forcément une composition à nous.

John : “Rocking To The Victims Of The Liar”
 
Johannes : Car les titres à rallonge sont cool. (rires) D’ailleurs, c’était plutôt crados, on jouait aussi vite qu’on le pouvait, ce qui n’était pas mal du haut de nos 15/16 ans.

John : J’étais super nerveux deux semaines avant le concert..

Johannes : L’un de mes moments préférés correspond à notre troisième concert. John jouait également dans un groupe de black metal et avait, le même jour, un autre concert dans la ville voisine.

John : Du coup, j’ai d’abord joué avec eux, avec tout le maquillage, les croix puis j’ai rapidement couru aux WC pour me débarbouiller avant de jouer avec Avatar. (rires)

Johannes : Il a d’ailleurs oublié avec qui ils jouaient. Il lançait “1, 2, 3, 4” et gros silence puis tout le monde s’étant regardé, on a recommencé sauf que lui a dit “ah c’est vous !” (rires) Beaucoup d’excellents souvenirs, c’était vraiment chouette à cette époque.

 

Quid des choses les plus folles que vous ayez fait en tournée ?

Johannes : La plupart sont secrets. (rires) Néanmoins, tout groupe a vécu “le pire concert de l’histoire” non ?

John : Glasgow.

Johannes : Glasgow, en effet, lors de notre première tournée européenne. Nous étions très jeunes à cette époque-là, même pas la vingtaine et nous étions en tournée avec Impaled Nazarene. Nous étions bien évidemment très excités, c’était énorme pour nous. Lorsque nous avons joué à Glasgow, tout s’est très mal passé, l’ingénieur son a lancé l’intro alors que je n’étais pas encore habillé, notre bassiste était malade et ce dès le premier jour. Il était vraiment mal et ce soir-là, alors qu’il voulait headbanguer, il s’est pris la guitare en pleine face et s’est écroulé sur moi. Quelques instants plus tard, il s’est réveillé “ah ok ok !”.

John : Le public n’était pas du tout réceptif et des doigts apparaissaient ici et là. L’ingénieur son a alors compris et a abrégé le show et nous avons arrêté.

Johannes : C’était clairement une dure soirée.

Enfin, nous sommes “RockUrLife”, donc qu’est-ce qui rock vos vies respectives ?

Johannes : L’argent et la coke. (rires)

John : (rires)

Johannes : A vrai dire, ce type de voyage promotionnel me rocks pas mal, j’ai l’impression d’être un jet setter, passant deux jours à New-York et non une semaine, sinon ce serait des vacances, et le fait d’être décalé à chaque fois, c’est plutôt rock n’roll.

John : Chaque jour rock ma life.

Site web : avatarmetal.com