
À l’occasion de la date parisienne d’Airbourne au Zénith de Paris, nous avons rencontré le groupe chargé d’ouvrir la soirée : les Australiens d’Avalanche. Quelques heures avant de monter sur scène, le groupe était déjà dans une humeur festive, un état d’esprit rock n’roll comme on l’aime.
Porteurs d’un hard rock fédérateur qui perpétue la tradition avec énergie et passion, nous avons échangé avec Veronica Campbell et Blake Poulton, les deux guitaristes de la formation. Ils sont revenus avec enthousiasme sur leur nouvel album Armed To The Teeth, mais aussi sur leur vision du rock n’roll aujourd’hui. Un moment très sympa, marqué par une énergie qui tient en trois mots : Beers, Sweat & Rock n’Roll.
Vous faites partie d’une longue lignée de groupes de hard rock australiens. Comment définiriez-vous l’ADN de cette musique, et comment vous vous l’appropriez ?
Veronica Campbell (guitare) : C’est difficile à définir précisément, mais je dirais que c’est une musique puissante, brute et viscérale. C’est exactement ce que tu imagines quand tu penses à un concert dans un pub bondé, rempli d’inconnus totalement bourrés qui chantent à tue-tête !
Blake Poulton (guitare) : Je crois que la genèse du genre vient autant des groupes que du public. À l’origine, les musiciens et les fans venaient de la classe populaire. La musique devait parler au type lambda dans la rue. Il fallait que ce soit direct, efficace, facile à jouer, que les gens puissent se reconnaître dans les paroles et aient envie de chanter avec le groupe.
Veronica : Il fallait aussi que la musique aide à oublier les galères !
Blake : Exactement ! Peut-être que ces mecs bossaient dans une mine de charbon ou dans une usine… Ils avaient besoin d’un exutoire, d’un moyen de relâcher la pression.
Veronica : C’est un genre qui parle à tout le monde. Même ceux qui n’écoutent pas spécialement de rock connaissent AC/DC et aiment au moins quelques morceaux. Ça touche toutes les générations : les gamins, les ados, les anciens… les metalleux, les punks, tout le monde aime cette putain de musique !
Blake : Et ça reste accessible. Personne ne devrait avoir honte d’écouter ça.
Veronica : Si t’as envie de headbanger dès les premières notes, c’est ça, le hard rock australien !

Et selon vous, quel est le plus grand stéréotype sur le hard rock australien ?
Veronica : Je dirais que c’est l’idée que c’est un genre très masculin. Il y a toujours eu des femmes dans le hard rock, mais elles ont longtemps manqué de visibilité. Heureusement, ça change. À l’époque, il y avait Chrissy Amphlett ou Joan Jett. Aujourd’hui, on a Amy Taylor d’Amyl And The Sniffers, et ça fait du bien de voir ces figures prendre toute la place qu’elles méritent.
Blake : Pour moi, le pire cliché, c’est de croire que le hard rock australien est facile à jouer. En surface, ça paraît simple. Mais simple ne veut pas dire facile. Il y a une sacrée différence entre quelqu’un qui peut aligner quelques accords et quelqu’un capable de les structurer pour que ça sonne vraiment bien et que ça fonctionne en live. Le niveau technique est souvent sous-estimé. Beaucoup commencent par jouer ce style, mais ceux qui en ont fait une carrière ont un vrai savoir-faire.
Veronica : Et sur scène, c’est ultra physique. Ce n’est pas le genre de musique où tu restes planté derrière ton micro. Tu engages tout ton corps, toute ton énergie.
Blake : Si je quitte la scène sans avoir l’impression de m’être fait percuter par un train, c’est que le concert n’était pas assez intense ! (rires)
Le 13 février dernier, vous avez sorti un album qui déborde d’énergie. Comment s’est déroulé le processus d’écriture ? Les morceaux existaient déjà ou tout s’est fait de manière spontanée?
Veronica : On a mis deux ans à enregistrer l’album, mais beaucoup de riffs existaient déjà depuis longtemps. J’en ai écrit une partie quand j’avais 16 ans. Il y a pas mal d’idées, de titres, de fragments qui traînaient depuis des années. Une fois qu’on a décidé de tout assembler, ça a été assez rapide.
En fait, on joue certains de ces morceaux depuis un moment. Ils vivaient déjà sur scène, mais on ne les avait pas encore figés. En revanche, l’enregistrement a pris deux ans. On ne voulait pas se précipiter. On voulait le sortir au bon moment. Là, on est en tournée, et l’album vient de sortir. C’est le timing parfait pour nous.
Le dernier single, “On The Bags Again”, c’est l’exception. On l’a écrit vraiment à la dernière minute. On l’a composé, on a trouvé que le morceau déchirait, et comme il nous restait un peu de temps, on s’est dit : “On l’ajoute.” Il était trop efficace pour passer à côté.
Si les morceaux existent depuis un moment, quand avez-vous commencé à jouer ensemble ? C’est un projet d’ado qui vous a suivis jusqu’à aujourd’hui ?
Veronica : Ça commence à dater ! Le groupe existe officiellement depuis 2018. Il y a eu plusieurs changements de line up au fil des années. Steve (basse et chant) et moi sommes là depuis le début. Entre-temps, on s’est mariés, et puis on a trouvé ce type (en montrant Blake), et notre batteur, et ils sont incroyables.
Depuis qu’ils ont rejoint le groupe, le niveau a clairement augmenté. Ce mec (toujours Blake), il ne paie pas de mine, mais c’est un véritable virtuose. Honnêtement, c’est le meilleur guitariste que je connaisse. Il a un niveau impressionnant.
Blake : Je ne vois absolument pas de quoi elle parle. (rires)
Veronica : Franchement, le line up actuel fonctionne à merveille. On est vraiment fiers de ce qu’on est devenus. Je trouve qu’on n’a jamais aussi bien sonné.
Pendant l’enregistrement d’Armed To The Teeth, quels ont été les plus gros challenges ?
Veronica : Très honnêtement ? L’argent. Ça a été le principal obstacle.
Blake : J’allais dire exactement la même chose !
Veronica : On a aussi rencontré quelques galères avec notre producteur. Il est exceptionnel, vraiment. Il a été nommé aux Grammy et a travaillé avec les Sex Pistols, c’est assez prestigieux de collaborer avec quelqu’un de ce calibre. Mais il n’était pas totalement disponible, donc il a fallu s’adapter.
Cela dit, ses conseils étaient précieux. Parfois, c’était des ajustements très précis : renforcer la batterie sur un couplet, alléger une guitare à tel moment… Des détails en apparence minimes, mais qui ont fait que l’album est cohérent.
Mais sinon, le budget a clairement ralenti le processus. Trouver le bon timing pour la sortie, stabiliser le nouveau line up, s’assurer que tout le monde fonctionne bien ensemble… Il y a eu beaucoup de paramètres à gérer. Mais aujourd’hui, on est là et on ne pourrait pas être plus heureux.

Vous avez un morceau qui s’appelle “Dad, I Joined A Rock N’ Roll Band”. Comment vos pères ont réagi quand vous leur avez annoncé que vous étiez dans un groupe ?
Veronica : C’est probablement l’un des titres que j’ai écrits quand j’avais 16 ans. C’est vraiment une chanson d’ado. Elle raconte ce moment précis où tu annonces à tes parents que tu veux devenir rockstar… et qu’ils ne voient pas ça comme un plan de carrière viable.
Aujourd’hui, mon père a totalement changé d’avis. Il est même en tournée avec nous en ce moment ! Il a assisté à la plupart de nos concerts, il nous aide à filmer, à tenir le merch… Il est devenu un membre officieux de l’équipe. (rires)
Le père de Steve, lui, était déjà musicien à l’époque, donc il a tout de suite été plus compréhensif. Et toi, Blake ?
Blake : Mon père adore que je fasse de la musique. Peut-être même un peu trop. Il le dit à tout le monde, dès qu’il en a l’occasion, et de la manière la plus “naturelle” possible. Je lui ai dit qu’il n’était pas obligé de le dire à chaque personne qu’il croise. (rires)
Veronica : Il regarde toutes nos stories Instagram. Il garde un œil sur toi !
Blake : Non mais à chaque café, il trouve le moyen de glisser : “Tu savais que mon fils joue dans un groupe de rock ?” C’est très drôle. Mais franchement, je préfère largement ça que l’inverse.
Veronica : Il nous fait de la promo gratuitement ! (rires)
C’est génial d’avoir son père comme fan numéro 1 ! On se demandait aussi : d’où vient le titre de l’album Armed To The Teeth ?
Veronica : Ah, c’est une histoire assez folle. J’avais déjà le titre et le riff principal quand j’étais plus jeune, mais je ne savais pas vraiment quoi en faire. Ce n’est que plus tard qu’on en a fait une vraie chanson. Entre-temps, on a rencontré Joel O’Keeffe (chanteur d’Airbourne). Il était venu à quelques-uns de nos concerts et on est restés en contact. Quand on a commencé à enregistrer l’album, on lui a envoyé le master.
Il nous a rappelés en disant que “Armed To The Teeth” est l’une des meilleures chansons rock qu’il avait entendues depuis un moment. Ça lui rappelait “Let There Be Rock” et les premiers AC/DC. Et surtout, il nous a dit : “Je pense que vous devriez appeler l’album comme ça“. Comme on n’avait pas encore trouvé de titre, on s’est dit… pourquoi pas !
C’était assez irréel pour moi. J’ai grandi en écoutant AC/DC et Airbourne. Alors qu’un membre d’Airbourne me compare à AC/DC, c’était complètement dingue ! Et au final, Armed To The Teeth correspond parfaitement à notre énergie. C’est direct, puissant, sans compromis.
Blake : Moi, je voulais qu’on appelle l’album Armed To The Balls, mais pour une raison obscure, ils n’ont pas retenu ma proposition… ! (rires)
Vous avez produit deux clips pour “On The Bags Again” et “Armed To The Teeth”, qui capturent une vraie intensité live. Ont-ils été tournés pendant de vrais concerts ou étaient-ils scénarisés ?
Veronica : Tous nos clips ont été tournés pendant de vrais concerts. On voulait absolument capturer ce qu’on fait de mieux : le live. L’énergie brute, la sueur, l’interaction avec le public, c’est ça qui nous définit ! La seule séquence un peu mise en scène, c’est celle sur le ring de boxe. Mais sinon, tout est filmé en conditions réelles.
En fait les vidéos ont été tournées pendant une tournée au Japon. Il y a une énergie incroyable là-bas. Le public japonais est très respectueux, très poli… mais dès qu’ils sont bourrés, ça devient complètement dingue. On voulait vraiment immortaliser cette intensité.
Pour “On The Bags Again”, on a filmé dans une nouvelle salle à Sydney. On avait même des strip-teaseuses sur scène avec nous, c’était assez surréaliste. Le défi, c’était de tout capter en une seule prise. Mais le résultat est à la hauteur de l’expérience.

On aimerait revenir sur la pochette de l’album, qui est particulièrement marquante. Elle reflète parfaitement votre univers : une avalanche rock pleine de détails très funs. Si vous deviez choisir un élément ou un personnage sur cette cover, lequel serait-ce ?
Veronica : Sans hésiter, le crocodile avec l’énorme flingue. Il est complètement fou… et ça résume assez bien notre énergie.
Blake : Moi, j’aime bien ma représentation sur la pochette. C’est la main qui tient une guitare, celle qui est littéralement en train de se noyer. Par moments, c’est un peu comme ça que je me sens (rires).
Veronica : Joel O’Keeffe a dit que c’était une pochette “spéciale TDAH” parce qu’il s’y passe mille choses en même temps. Et il y a énormément de détails cachés en lien avec les titres des chansons. Si tu écoutes l’album attentivement et que tu regardes la cover, tu peux trouver plein de petites références. Le résultat final est vraiment génial. Les vinyles et les CD sont vraiment beaux. C’est coloré et un peu chaotique. C’est exactement ce qu’on voulait !

Par rapport à la tournée maintenant, c’est votre première fois en Europe. Qu’est-ce qui vous a le plus surpris jusqu’ici ?
Veronica : Tout le monde a été incroyablement sympa ! Non pas que je m’attendais au contraire, (rires) mais quand on arrive dans un nouvel endroit, on ne sait jamais comment on va être reçu. Et franchement, le public a été super réceptif. On a pu rencontrer beaucoup de monde après les concerts, discuter, signer des CD… On est presque sold out sur certains formats, c’est assez dingue.
Blake : Je savais que le public européen serait carrément ouvert, donc l’accueil ne m’a pas surpris, mais il est évidemment très apprécié. Et on essaie de le leur rendre sur scène.
Ce qui m’a vraiment surpris, en revanche, c’est le confort de cette tournée. Avant, j’avais l’impression de passer mon temps à me faire bousculer dans les transports en commun avec tout le matos. Là, on tourne en van. C’est plus stable, plus reposant. D’habitude, après deux ou trois dates, je suis épuisé. Pour l’instant, ça va plutôt bien. Peut-être que le climat européen me réussit finalement !
Veronica : En parlant de climat… on a été un peu surpris par le froid ! En Australie, c’est la canicule en ce moment. Arriver ici, c’était un vrai choc thermique. (rires)
Blake : Mais il y a un côté pratique à ça ! Quand les chambres d’hôtel n’ont pas de frigo, on met simplement les bouteilles dehors. Problème réglé. (rires)
Qu’attendez-vous du concert au Zénith ce soir ?
Veronica : C’est la plus grande salle dans laquelle on aura joué de toute notre vie. Hier en Allemagne, on battait déjà notre record, et aujourd’hui on le dépasse encore. Voir une foule aussi grande, c’est ultra excitant. On veut vraiment faire bouger le public parisien.
Blake : Tant que personne ne me lance un gobelet plein de pisse, tout ira bien. (rires) Ça ne m’est encore jamais arrivé… je ne joue pas assez mal pour ça !
Veronica : On m’a dit que le public parisien était particulièrement vif. J’ai vu des vidéos d’un concert d’AC/DC à Paris, et la foule était complètement folle. On espère vivre la même chose ce soir !

On a une question plus précisément pour toi, Veronica. Qu’est-ce que ça fait de faire partie d’un groupe de hard rock dans un genre où les femmes restent encore minoritaires ? Et que dirais-tu aux jeunes femmes qui voudraient se lancer mais n’osent pas ?
Veronica : C’est vraiment inspirant de rencontrer les gens après les concerts. Beaucoup d’ados et de femmes viennent me dire que ça leur fait du bien de voir une femme sur scène. J’aimerais que ce ne soit plus perçu comme une nouveauté, mais je suis très heureuse de pouvoir inspirer des gens. Si je peux donner envie à quelqu’un de prendre une guitare et de s’amuser, alors j’ai tout gagné.
Je n’ai jamais vu le hard rock comme un genre majoritairement masculin. Personnellement, je ne choisis pas d’écouter un groupe parce qu’il est composé d’hommes ou de femmes. Je les aime simplement parce qu’ils jouent une musique qui me parle. Ça ne devrait pas être une barrière. J’espère qu’un jour on pourra simplement apprécier la musique pour ce qu’elle est.
Blake : Je suis totalement d’accord. Parfois, ce qui manque aux gens pour s’identifier à la musique, c’est une figure qui leur ressemble. Voir une femme jouer, s’éclater et prendre autant de plaisir peut être extrêmement inspirant. C’est aussi quelque chose dont on parle souvent avec les gens qu’on rencontre en tournée. On nous demande régulièrement : “Comment on commence un groupe ?“. La réponse, c’est qu’il faut simplement se lancer. Il faut accepter que tout ne se passe pas comme prévu, mais ne jamais se décourager et continuer à se battre.
Veronica : Il faut s’imposer et ne pas laisser les autres décider à notre place de ce qui est possible ou non. Sinon, nous ne serions pas là aujourd’hui.
Dernière question : notre média s’appelle RockUrLife, donc qu’est-ce qui rock votre life ?
Blake : Ce qui rock ma life en ce moment ? Un lit confortable dans le noir, avec une douche et des toilettes rien que pour moi ! J’adore être en tournée, mais on a commencé il y a un peu plus d’une semaine et j’ai déjà perdu toute notion du temps. Je ne sais même plus quel jour on est. (rires)
Veronica : Je crois que c’est samedi aujourd’hui !
Blake : C’est samedi tous les jours. (rires) La tournée, c’est génial, mais c’est aussi épuisant. Après un concert, rien ne me rend plus heureux qu’un bon lit douillet et un peu de confort.
Veronica : Pour moi, ça va être assez classique : jouer de la guitare. C’est ce qui rock ma life depuis toujours. J’adore jouer devant le public, transmettre de l’énergie. C’est un vrai bonheur. On espère vraiment pouvoir revenir très bientôt !

Site web : avalanchebandrock.com






