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ANTI-FLAG (03/12/19)

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Anti-Flag part en guerre contre Donald Trump avec un nouvel album intitulé “20/20 Vision”. Le groupe, qui est à l’affiche du Hellfest, a profité de son passage à Paris pour parler de sa vision de l’Amérique.

Avec ce nouvel album, la cible est clairement annoncée !

Chris #2 (basse/chant) : Donald Trump est le symptôme d’un problème beaucoup plus important. Le sentiment et le fascisme que nous voyons dans le monde… que ce soient les boucs émissaires que sont les immigrants et les réfugiés, les attaques contre les LGBTQ+, les personnes et les enfants dans les camps de concentration en Chine. Ces choses qui se produisent sont une nouvelle version de l’économie. Il y avait la guerre, l’économie et le fascisme que nous avions l’habitude de voir avec Barack Obama ou George W. Bush. Il y a maintenant ce mouvement populiste qui a élu Donald Trump et soutenu le FDA en Allemagne, Boris Johnson au Royaume-Uni. C’est nouveau pour nous, dans notre temps de vie. Ce n’est pas nouveau dans les livres d’histoire. Le fascisme est profondément enraciné. C’était important, alors que nous entamons une nouvelle décennie, de parler de ce à quoi nous aimerions que l’avenir ressemble. En 2020, nous pensions avoir des voitures volantes et des trucs futuristes, mais à la place, nous combattons d’anciens ennemis. Nous avons ressenti le besoin d’avoir une discussion sur ce que nous voudrions qui soit différent.

Te souviens-tu de ce que tu as ressenti en réalisant que Donald Trump allait être votre nouveau président ?

Chris : (rires) C’est drôle que tu me dises ça parce que j’étais chez des amis qui étaient sur le point d’avoir un bébé. Je me souviens avoir immédiatement pensé : “Oh non, qu’avons-nous fait à ce bébé”. (rires) Je n’ai pas pensé à ce qui allait m’arriver. C’est ce qui se passe pour nous qui avons de l’empathie dans notre cœur, nous tous qui pensons plus aux autres qu’à nous-mêmes. Avec Donald Trump, notre cœur se brise pour les personnes de couleur, pour les femmes, pour les communautés gays, lesbiennes et transgenres qui sont ciblées. En Amérique, où Donald Trump a gagné, les crimes haineux contre les minorités sont en hausse, le taux de suicide des personnes LBTQ+ est en hausse. C’est parce qu’il est tellement arriéré dans sa façon de penser. Les personnes qui ont travaillé très dur pour se créer une place se sentent très désespérées. En tant que groupe constitué de quatre hommes blancs avec une énorme quantité de privilèges, nous devons utiliser la plate-forme que nous avons pour soutenir ces communautés. Essayer de partager quelques solidarités avec des personnes qui ont ce sentiment d’effondrement et de disparition de leur espace.

Avoir quelqu’un comme Donald Trump à une position de pouvoir fait passer le message que tout ce qu’il dit et fait est acceptable. Sa manière d’utiliser les réseaux sociaux pour tout dire, sans filtres, renforce les personnes qui partagent les mêmes convictions dans leurs comportements sexistes, racistes, homophobes.

Chris : S’il n’est pas un suprématiste blanc, il est au minimum raciste. Une grande partie de son travail consiste à montrer aux racistes qu’il les voit et les soutient. L’histoire ne sera pas tendre envers Donald Trump et ce qu’il a fait. A-t-on vraiment le temps et le luxe de l’attendre ? Les personnes qui ont le temps sont celles qui se trouvent dans des positions privilégiées. Il y a beaucoup de gens qui ne peuvent pas rester assis à attendre que les livres d’histoire jugent Donald Trump. Nous devons le tenir responsable maintenant. Si nous ne disons pas qu’en 2019, le racisme ou le sexisme est une erreur, que l’homophobie, l’islamophobie est une erreur, si nous ne le disons pas quotidiennement, il gagne. Il est le président, il est plus fort que nous. Je ne pense pas que les présidents vont me sauver. Je ne souscris pas à la conviction que la Maison-Blanche est ce phare moral dans le monde. Le président a du poids et nous serions naïfs de penser qu’il n’a pas une influence énorme dans le monde. Je sais que la justice économique, raciale et sociale est toujours venue du peuple. Je pense aussi qu’il est important d’avoir des exigences envers son président, sinon où allons-nous ?

Donald Trump a récemment adopté une loi contre la cruauté envers les animaux. C’est presque ironique d’une certaine manière.

Chris : Ils ont inséré un libellé dans cette loi qui donne l’impression qu’il adopte une loi qui rend justice aux animaux tout en annulant des réglementations en matière d’environnement. Je pense que c’est là que le train politique américain s’éloigne trop du droit chemin. Le manque de régulation de la politique américaine a atteint un sommet sans précédent. Quand vous voyez des gens du parti républicain se battre pour Donald Trump, ils n’aiment pas Donald Trump. Ils se battent pour le montant d’argent et la liberté qu’ils ont obtenu avec lui et qui leur permet de gagner plus d’argent. C’est une situation vraiment effrayante. Lorsque George W. Bush est arrivé au pouvoir et que le 11 septembre a eu lieu, ils ont extrapolé les pouvoirs de circonstance du président. Il a passé l’acte patriote avec un programme de surveillance. Ensuite, Barack Obama a intensifié ce programme de surveillance. Parce qu’il était articulé et plutôt cool, les gens étaient d’accord avec ça. Nous croyons que partout les gens votent pour le moins pire. J’y crois parce que je veux le moins pire dans ma vie. Parce que Barack Obama est moins pire, il y avait cette conviction que ses actions avaient moins d’impact sur les gens. Et puis Hillary Clinton n’a pas gagné. Et le nouveau président se retrouve avec tous ces nouveaux pouvoirs. Il extrapole sur ces pouvoirs accordés par Barack Obama pour mettre des enfants en cage le long de la frontière. Ses partisans seront les premiers à vous dire que Barack Obama a commencé cela. Je ne pensais pas que Barack Obama était un gars formidable et qu’il améliorerait le monde. Je pense qu’il est plus intelligent et moins maléfique que certains. Parce que vous votez pour quelqu’un ne signifie pas que vous ne pouvez pas le critiquer.

Donald Trump a éradiqué toute liberté d’avoir ces discussions. D’une certaine manière, puisqu’il agit devant tout le monde, on pourrait dire que c’est mieux que quand les démocrates faisaient n’importe quoi en restant cachés.

Lorsque vous avez un si grand ennemi, ou quelqu’un qui représente un tel mal dans le monde, cela donne une chance à la résistance de s’organiser et de se battre.

Chris : C’est vrai. Le luxe d’être un groupe depuis vingt-cinq ans, c’est que nous voyons le cycle de la mauvaise politique. Lorsque les gens sont secoués dans leur cœur, leur empathie apparaît. Malheureusement, l’empathie est tellement plus difficile à propager que l’apathie. Il est plus facile de ne pas s’en soucier que de s’en soucier. Il est plus facile d’être cynique que d’être optimiste. Quand la guerre d’Irak a eu lieu il y a eu tellement de personnes dans le mouvement anti-guerre, c’était un moment clé. Parfois, vous avez besoin de l’ennemi pour réveiller les gens. Je souhaite que nous puissions pousser le mouvement de progressivité que nous avons un peu plus loin. Barack Obama a été élu président anti-guerre, président des soins de santé, mais il continue à intensifier la guerre au Moyen-Orient. Nous ne l’avons pas tenu responsable de cela. Il a continué de soutenir une industrie des soins de santé qui se fait de l’argent sur le dos des personnes malades, mais nous ne l’avons pas tenu responsable de cela. Quand il a gagné, tout le monde a baissé sa garde et j’ai compris pourquoi. C’est difficile et vous devez prendre des pauses dans cette spirale sans fin de tristesse et de haine.

Dans votre album, les paroles sont simples et la musique est entraînante, facile à écouter.

Chris : C’est par dessein !

Vous avez une ballade un peu country. La chanson s’appelle “Un-American” et on se demandait ce que cela signifie pour vous d’être un Américain ?

Chris : C’est drôle, ce morceau était une véritable pomme de discorde dans notre groupe. C’est une question dont nous avons beaucoup discuté. Le morceau en lui-même pose une question. Qui est n’est pas américain ? Que signifie être américain ? L’Amérique est un pays bâti sur des effusions de sang, sur des viols et des pillages de terres amérindiennes. La nature native de l’Américain n’est pas gentille. Nous avons eu beaucoup de difficultés avec les paroles. Pour moi, il s’agit plus de faire un disque pour aujourd’hui. Nous ne pouvons pas effacer l’historique. Donc, quand vous dites que vous êtes américain, vous portez cela avec vous. J’ai senti que c’était encore plus puissant. Je suis américain, ma mère est venue aux États-Unis d’Italie à l’âge de treize ans. Sur un bateau ! Cela me fait peur, je suis un gars qui n’aime déjà pas voler. (rires) Il fallait voir le racisme auquel elle a été confrontée en tant qu’immigrée italienne. Et maintenant il y a “Little Italy” par ci et des trucs italiens par là. Nous ne tenons pas un discours sur la manière de passer de A à B. N’est-il pas américain de ne pas savoir d’où vous venez ? N’est-il pas américain de ne pas connaître les erreurs d’un pays ? N’est-ce pas américain de protester et descendre dans la rue ? C’est une conversation que nous avons souvent. Le groupe s’appelle Anti-Flag, nous ne sommes clairement pas un culte voué au nationalisme. En ces temps de “Make America Great Again”, “America First”, c’est le bon moment pour se demander ce que c’est que d’être un Américain.

On aime aussi le titre “Disease”.

Chris : Tu aimes tous les morceaux sur lesquels nous nous sommes disputés. (rires) Ce titre est particulier pour nous. Il nous ramène à ce que l’on disait sur le fait d’avoir besoin d’un ennemi. C’est comme ça qu’Anti-Flag a été créé. Nous avons réécrit deux ou trois fois les paroles avec “you are the disease” avant d’atterrir sur “we are the disease”.

La formulation “We are the disease”, c’est ce qui donne du poids au morceau.

Chris : Merci, je l’aime aussi. (rires) C’était l’idée de rester dans la cible, mais de tout mettre en œuvre pour ralentir la machine et surtout, utiliser leur verbiage. Les riches appellent les pauvres les fléaux de la terre, les maladies de la société. Voler cette nomenclature et la reprendre de manière puissante à notre compte c’est bien plus impactant que de dire : “tu es mauvais et voilà pourquoi”. Je suis content que tu l’apprécies. (rires)

En écoutant l’album on s’est aussi dit que chanter des chansons comme “You Make Me Sick” pouvait être une forme d’exutoire jouissif.

Chris : Oui. (rires) Avec “You Make Me Sick”, j’avais écrit une grande partie des paroles sans penser à la politique. Puis, quand nous avons joué le morceau, les gens nous ont dit que nous devions l’appeler Person#1 car c’était ainsi que Donald Trump été désigné par la presse. J’ai donc réalisé que les gens pensaient que je parlais de lui. Puis j’ai pensé que c’était peut-être le cas, mais je ne savais pas que c’était le cas lorsque j’ai écrit le titre.

Enfin, nous sommes “RockUrLife”, alors qu’est-ce qui rock ta life, Chris ?

Chris : Juste en bas de la rue, il y a un restaurant thaï végétalien et je suis allé hier. Ça rock ma life. J’ai passé le meilleur moment avec ma soupe. (rires) Il y a aussi un nouveau groupe qui s’appelle Grumpster, ils viennent d’Oakland en Californie et leur album rock ma life.

Site web : anti-flag.com

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Marion Dupont
Engagée dans la lutte contre le changement climatique le jour, passionnée de Rock et de Metal le soir !