Interviews

SNA-FU GRAND DESORDRE ORCHESTRE (02/11)

Lors du concert au File 7 à Magny-le-Hongre, nous avons eu l’occasion de partager quelques instants avec Sna-Fu Grand Désordre Orchestre, figure charismatique et montante du VRAI rock’n’roll français.

Pour commencer, pouvez-vous nous retracer brièvement votre parcours ?

Bjorn Tückill (chant) : A la base, c’est une histoire de potes. On était avec Saint C. Mayhem (batterie), Thornaad Catapulta (guitare) et moi. On se connait depuis longtemps, on a voulu monter un groupe, donc on a cherché un bassiste. On a demandé à Dr Robotkin de nous rejoindre, et il a accepté. On avait un autre membre qui s’appelait Vincent (guitare), avec qui on a sorti un premier EP six titres. Au début, on s’était mis à faire du neo metal -c’était la mode du moment, avec Deftones- puis, très vite, on s’est démarqué de ce truc là, on voulait proposer quelque chose de plus inspiré par les groupes suédois comme Refused. On s’est séparé de Vincent et accueilli Axl Otl. Et puis on a fait deux albums, pas mal de concerts, pas mal de tournées à partir de 2005, et des gros festivals comme les Eurocks. On peut dire que ça avance dans le bon sens.

Une grande question m’a toujours intriguée, pourquoi “Grand Désordre Orchestre” ?

B : Il faut dire que Sna-Fu, à la base, ça veut dire dans l’armée américaine “Situation Normal : All Fucked Up”, donc, un gros bordel. En cherchant la définition un peu standard, ça donne “Grand Désordre”.

Dr Robotkin (basse) : C’est pour donner l’équivalent français du nom; aujourd’hui, on colle les deux, et qui sait, peut-être qu’un jour on ne gardera que ça. “Grand Désordre Orchestre”, parce que ça met un peu de doûte, de mystère, car c’est quelque chose qu’on a pas l’habitude d’entendre dans la musique. C’est l’auditeur qui trouve le nom rigolo et se prend au final, une claque. -l’auditeur, spectateur, le client quoi- (rires) C’est le penchant français, c’est un peu le bordel, comme sur scène, mais c’est orchestré, organisé.

Quels sont les artistes/groupes qui ont orienté votre paysage musical ?

DR : Comme le disait Clément, notre ami chanteur de tout à l’heure, on a beaucoup écouté la scène suédoise, de groupes de punk hardcore, comme Refused, que l’on cite assez souvent. Bridge, on a pas mal écouté, et même des groupes américains comme Dillinger Escape Plan, avec qui on a joué en 2005 à Clermont-Ferrand, donc un groupe que l’on apprécie beaucoup. Après il y a beaucoup d’autres choses, on écoute aussi pas mal de classiques, surtout Led Zeppelin… On a aussi Axl Otl, notre guitariste, qui joue en dehors de Sna-Fu dans un groupe de jazz manouche.

Axl Otl (guitare) : Ça apporte quelque chose d’autre à notre musique, un côté manouche. J’écoute aussi Mars Volta. En fait, on fait un espèce de mélange entre les 70’s et la musique actuelle, comme Envy, Acid Man. On essaie de piocher un peu partout.

DR : On n’est pas des maniaques à n’aimer que le punk, que le rock, que le hardcore. Par exemple, Rammstein, qui a été apporté par Axl Otl, ce n’est pas vraiment mon style de musique, mais on essaie de s’y intéresser, d’enrichir un maximum nos oreilles : c’est le meilleur moyen d’éviter une musique qui se répète.

A : On s’est même inspiré d’Edith Piaf sur la fin de “Line Breaker” (ndlr : piste 9 de leur dernier opus “Mighty Galvanizer”). Tu as l’air déçu par la réponse ! (rires).

B : On va peut être parler du neo metal, on en a pas assez parlé ! (rires) On écoutait ça, on a même joué avec Enhancer, Pleymo, Watcha, My Pollux. Je trouve que c’est important d’en parler, ça nous a vraiment inspiré.

Vous avez sorti récemment “Mighty Galvanizer”, quelles sont les retombées provoquées par cet album de choc ?

DR : Avant tout l’argent.

A : C’est la folie ! On s’est acheté une villa, à Los Angeles.

B : En cash ! (rires)

DR : On a mis du temps à sortir “Mighty Galvanizer”, donc pas mal d’attente depuis “Tonnerre Binaire” (ndlr : le premier album de Sna-Fu). C’est un peu retombé, mais pas complètement. On a pu avoir une espèce de nouveauté entre “Oh! un nouvel album qui sort !” et ceux qui connaissaient Sna-Fu -ou ne connaissaient plus-. Il y a quand même pas mal de gens qui nous attendaient, donc on a eu des bonnes chroniques dans des webzines, dans certains magazines nationaux ou juste locaux. Je dirais que comme toujours, c’est, par rapport à “Tonnerre Binaire”, une bonne reconnaissance des médias et des musiciens, puis une reconnaissance publique qui est de mieux en mieux. Mais on est un peu “le cul entre deux chaises”, peut-être que le public d’aujourd’hui est plus difficile à capter. Mais bon, on a un manager, un tourneur, un label, donc je pense que c’est aussi lié à la qualité de la musique, du projet, ce sont des gens qui veulent défendre quelque chose de concret et professionnel, afin de servir un produit de qualité.

On voit énormément de critiques positives par rapport à votre dernier disque, on voit ce que tout le monde en pense, et vous, en êtes vous satisfaits ?

DR : On a toujours l’habitude, que ça soit pour des gros groupes, d’entendre des trucs comme “c’est le meilleur album qu’on ait jamais fait”. En règle générale, on en est super contents, ça fait un changement par rapport à l’album précédent, mais on y a mis la même fougue, la même énergie, on est allé plus loin, on s’est permis des choses plus folles : c’est soit plus bourrin, soit plus calme. Tout est “plus”, c’est plus long, plus intense. Le “plus”, c’est pas forcément positif, mais on a rajouté, exploré, on s’est fait plaisir du début à la fin, sans s’interdire quoi que ce soit. Je pense que c’est un album certes plus difficile pour l’auditeur lambda, parce qu’il y a trop de choses différentes. On doit vraiment prendre le temps d’y mettre une oreille et d’écouter, car il y a matière. C’est un album beaucoup plus linéaire, tu t’en prends plein la gueule, mais ce n’est pas qu’un son de guitare, un son de batterie. On est fiers de ça aussi, on est un groupe français, et on a un son qui n’est pas ridicule, et ce n’est pas calqué sur le modèle ricain, tout carré, dans les cases, on essaie de déborder. Chaque époque à son gros son; on ne voulait pas rentrer dans le gros son de cette époque là, ce n’est pas un son d’avant ni d’après, c’est un son qui reste puissant sans être calqué sur un autre, ça reste original, vivant. On a même des imprécisions, pour nous c’est vraiment important.

Y-a-t’il des dates qui vous ont marqué sur la tournée de votre dernier album ?

B : Besançon ! La date était marrante. Ca nous a marqué, surtout la suite après le concert. (rires) On a fait une date sympa à Toulouse pour le festival Furia Antistatic, pour fêter ses 10 ans, en première partie de T.A.N.K., avec Sidilarsen, il y avait 800/900 personnes. Il y avait surtout Strasbourg à la Laiterie, en première partie de Bloody Beetroots, donc que des kids qui ont pris leur claque et qui ont bien réagit. Quand on arrive à jouer devant un public différent, ça devient un peu notre combat, ce sont des gens qui ne sont pas forcément habitués à ce style de musique et qui vont aimer. Enfin, ça fait partie de la vie du groupe aussi, parfois il y a du monde, parfois il y en a pas. On a joué dans une salle -dans les champs quand même-, avec une super équipe, un concert filmé en HD, des gens supers, mais le lieu, tout juste perdu… Ça par exemple, c’était un souvenir impérissable.

DR : On est passé de Strasbourg, avec une salle de ouf, puis à Besançon, dans une cave avec pas mal de personnes, de la sueur, on a bien joué, et la troisième date on a fini par un truc… nul.

B : C’est un peu l’ascenseur émotionnel.

On va faire un tour de table : quel morceau vous surprenez vous à jouer ? Et quel est votre morceau préféré de Sna-Fu ?

Sna-Fu : Une improvisation !

Thornaad Catapulta (guitare) : Euh, on n’est pas tous musiciens, si ? (rires) Des groupes de folk comme Damien Rice, ou des trucs irlandais, des trucs qui n’ont rien à voir avec ce que l’on fait, donc de la guitare folk.

A : Je joue du Chopin, par exemple, j’essaie de faire une adaptation en guitare, mon petit plaisir hivernal. J’aime aller chercher dans d’autres musiques et l’adapter, c’est un pari un peu ridicule, donc parfois ça passe, parfois ça ne donne rien.

DR : Moi, je joue des trucs, mais ça ne me surprend pas. (rires) J’aime bien reprendre des trucs de hippies, genre Janis Joplin. DUBSTEP ! J’ai un côté dubstep.

Saint C. Mayhem (batterie) : En ce moment, c’est la musique électronique.

B : Kylie Minogue… Je ne suis pas trop reprises. Je donne ma langue au chat. Pour le morceau préféré, “Firefriend”, je dirais “Firefriend”.

DR : Le plus dense, le plus sympatoche, le plus violent. Le “plus” finalement. Ca fait vraiment “Dreamorama” pour le côté fresque, ça représente bien le groupe, c’est un gros résumé, un peu un C.V. du groupe.

Vous avez commencé la musique à quel âge ? Qu’est-ce qui vous a poussé à en faire ?

T : Personnellement, mon père était guitariste, donc j’ai eu la chance d’avoir des guitares à la maison, et de belles guitares, une belle Gibson, des années 70. J’ai été baigné dans la musique depuis tout petit, et j’ai fait de la guitare. Spontanément, je pense que j’aurais été vers la musique, peut être pas forcement dans la guitare, mais dans la musique. J’ai commencé vers 14/15 ans, et ça fait 10 ans que j’en fais.

A : Pour moi, c’est ultra classique, j’ai commencé à écouter du rock, avec “Smoke On The Water”, j’ai trouvé ça génial. J’ai tanné mes parents qui m’ont dit que j’allais arrêter l’année suivante, et j’en suis là. La musique électrique, le rock a vraiment été un déclic. J’ai pas eu de culture musicale particulière, mes parents écoutaient des choses assez classiques, donc de la merde, le rock a été la musique que j’ai choisi. Ultra facile le parcours.

B : Je faisais de la batterie, avec mon ami Saint C. Mayhem, ça faisait donc deux batteurs dans le groupe. Il a fallu que je me réoriente, parce que j’étais moins bon que lui. A ce moment, j’ai essayé de faire de la guitare, j’ai alors pris des cours et je me suis rendu compte que c’était vraiment pas possible. On m’a mis un micro, et j’ai crié.

Les autres de Sna-Fu : Et j’ai criéééééééé, criéééééééééééééééééééé. (ndlr : paroles de la chanson “Aline” d’un chanteur de variété française)

B : Et j’ai donc crié, crié.

Les autres de Sna-Fu : Pour qu’elle revienne ! (ndlr : suite de la chanson)

B : Et j’ai kiffé.

DR : J’ai fait assez longtemps de…

B : Djembé ! (rires)

DR : Piano, plus ou moins sous la contrainte parentale. Au début, j’ai parlé musique à mes parents, et ils m’ont inscrit au piano. J’en ai fait quelques années, et ça m’a vite saoulé. J’ai négocié le fait de continuer le piano, mais je voulais faire de la basse, du coup j’ai abandonné le piano. Ça m’a vraiment plu vers 13/14 ans, et après, je suis rentré dans Sna-Fu.

Sna-Fu : Et chez toi, à Noël, “joue-nous un petit air de basse”.

DR : Depuis, je suis la fierté de mes parents.

SCM : Il y a également des musiciens dans la famille, donc j’ai fait du piano, et j’ai trouvé ça trop gai. J’ai voulu faire du hard-rock, du coup j’ai fait de la batterie, pour cogner. (rires)

Un groupe qui vous a époustouflé scéniquement ?

B : La plus grande époustouflade, c’était Dillinger, tant pour la technicité que pour la prestation scénique. A tous les niveaux, à chaque fois, il ont un show de lumières intéressant, ils sont carrés comme pas possible, ils bougent dans tous les sens. Et puis ils font des cupcakes ! (rires) Il y a aussi The Hives, Mars Volta (bonne époustouflade), Andrew W.K, que de l’amour, que du bonheur, de la musique quoi.

DR : Et Bridge aussi ! Le concert en soi, n’était pas ouf, mais le moment était intense. C’est un des groupes qu’on a idolâtré et qu’on idolâtre toujours. On voulait absolument le voir en concert, et ils se sont reformés pour une date unique en 2006/2007 à Stockholm, donc on a fait l’aller-retour pendant la nuit pour voir ce concert. Ils ont pas super bien joué, mais c’était mortel !

T : J’ai vu le “Requiem Philharmonique” de Mozart, et c’était le chaos. Tout simplement surpuissant.

Un mot pour la fin ?

T : Pour la faim dans le monde, tu veux dire ? (rires)

DR : On espère qu’on va continuer à envoyer du lourd ce soir, et que ça va continuer ce soir. N’oubliez pas de regarder notre nouveau clip “Mangekyou No Taiyou“.

B : On aimerait qu’un jour, un groupe en interview dise qu’il a été époustouflé par Sna-Fu. La scène française n’est pas morte.

Sna-Fu : Et merci à RockYourLife! !

Crédit photo : Pierre Gregori

Site web : sna-fu.com