Chroniques

Yarol – Yarol

Passant de la fusion heavy et psychédélique du groupe FFF à la power pop de Mud ou au rock sous adrénaline de Black Minou, Yarol Poupaud navigue depuis le début de sa carrière entre plusieurs univers et styles musicaux.

A la vue de tous ces styles on pouvait craindre pour son album solo l’indigestion. Il n’en est rien. L’album démarre fort et nous surprend avec l’afro beat avec ses percussions chaudes de “Sale” et son “de bouche à pipe à tête à claques” écrit par Benjamin Biolay. L’enchaînement avec le heavy funk de “Caroline” (on ne peut s’empêcher de penser à du Kings Of Leon musclé) puis le rock énervé du premier single “Boogie With You” illustre parfaitement la démarche de Yarol : regrouper toutes ses influences et faire un disque dansant qui lui ressemble.

L’ensemble est déroutant mais cohérent. L’apport du producteur Dimitrio Tikovoï (il a travaillé notamment avec Placebo, Sophie Ellis Bextor ou The Horrors) se fait ressentir sur les morceaux contenant de l’électronique comme “What Am I Supposed To Do” et le deuxième single “Girls” qu’on pourrait croire sorti d’un album de Yelle. Yarol continue son exploration de la musique moderne avec le rock musclé de “No Filter” et le rock de stade façon Foo Fighters de “Trouble On The Wire”. Et nous sommes déjà la moitié de l’album !

Le reste est un melting pot de toutes les variantes de rock : blues, rock psychédélique teinté de synthétiseurs et indé des années 2000. La pépite de l’essai qu’il serait dommage de ne pas souligner reste l’enchaînement “Voodoo Love” / “Runaway”. Sur la première on s’imagine déambuler sur le soleil brûlant dans les rues poussiéreuses de la Nouvelle Orléans. Yarol a été biberonné aux westerns spaghetti et ça se sent. La seconde nous décoiffe avec son rock agressif et énervé. On se prend un mur de guitares qui nous laisse pantelant. Cette fois ci le décor est planté dans une banlieue crasseuse d’Angleterre, un pub sentant la cigarette et la bière. Inutile pour la production de muscler les guitares : Yarol sait en tirer le meilleur et l’a perfectionné avec son précédent projet Black Minou. Ce groupe a également servi à Yarol de crash test pour ses chansons. Cela lui permet aujourd’hui de nous livrer un disque maîtrisé de bout en bout et sans temps mort.

Qu’en est-il du romantisme? Yarol nous dévoile une vraie sensibilité pop douce-amère et mélancolique sur des morceaux comme “The End Of The World” ou “Something’s Gonna Happen”. Parfaitement exécutés, ils permettent une bouffée d’air entre deux titres plus âpres.

L’ovni de “Yarol” est clairement “Black Cat Bone”. C’est aussi la chanson représentant globalement l’album : un morceau de plus de cinq minutes regroupant une rythmique 60’s façon The Who, un chant en anglais bluesy à souhait et un groove apporté par des choeurs féminins. Il amène également un twist agréable et surprenant avec un changement de tempo en milieu de morceau. On passe d’un titre de Motown à du rock groovy. Un véritable morceau à tiroir qui illustre la virtuosité de Yarol.

Les influences musicales sont marquées et présentes sur cet album mais ont le mérite de ne pas écraser l’identité de l’artiste. Chaque titre nous rappelle par sa structure, sa rythmique ou son style global un autre artiste. Yarol ne recrache pas juste cinquante ans de musique rock : il nous propose un road trip décoiffant au coeur de la musique qui le fait vibrer. Il nous propose une réécriture de ses influences sans être indigeste. On l’accompagnera volontiers dans ce voyage dans le temps. Ce premier effort est impeccable et satisfera les fans de rock au sens large. Attention malgré tout à ne pas nous proposer le même concept sur un éventuel prochain opus. Celui nous semblera être une simple régurgitation mécanique et sans saveur.

 

Informations

Label : Universal Music / Polydor
Date de sortie : 01/02/2019
Site web : fr-fr.facebook.com/yarolpoupaudofficial

Notre sélection

  • Girls
  • Trouble On The Wire
  • Voodoo Love

Note RUL

4.5/5

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