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Weezer – OK Human

Alors que le monde regardait en direction de “Van Weezer”, dont la sortie est toujours prévue pour mai 2021, les Californiens offrent une belle surprise de début d’année, “OK Human”.

Révélé ce 29 janvier, le projet “OK Human” se positionne à contre-courant de la production musicale actuelle. Un album orchestral, philharmonique, qui revient aux sources de la musique… et de l’humour décalé de Weezer.

Déconnexion totale

Douze titres et aucune intervention de sonorités nécessitant l’électricité. Comme un “fuck” envoyé à cette ère digitale qui nous submerge, “OK Human” (vous avez saisi la blague ? Si non, demandez à “Alexa”) est une véritable bouffée d’air frais, à la fois pleine de nostalgie et d’authenticité.

Ce sont près d’une quarantaine de musiciens qui ont constitué l’orchestre du dernier disque de Weezer, toile de fond d’un riche ensemble symphonique dont le rock des Américains n’est pas forcément un habitué.

“OK Human” est, plus que tout autre, un ensemble qui s’écoute les yeux fermés. Chaque instrument y a sa place et son rôle précis dans le scénario du morceau. La nostalgie musicale y est palpable tout en cultivant le grain de folie si particulier des quatre comparses de Los Angeles.

A la recherche d’Eleanor Rigby

La flûte souffle les premières notes de “All My Favourite Songs” en ouverture d’album, avant que les violons ne viennent donner un air drôlement dramatique à cette satire des réseaux sociaux que l’on pourrait écouter à toute occasion de la journée. Les excellentes envolées lyriques de “Playing My Piano” ou l’agencement des cordes sur “Dead Roses” rappellent indéniablement les sonorités 60’s des Beatles, dont l’allusion devient évidente avec “Here Comes The Rain”.

C’est peut-être la pureté de l’ensemble philharmonique qui donne une saveur extrêmement mélancolique à “OK Human”. La lenteur des cordes et de la batterie sur “Numbers” ou “Bird With A Broken Wing” créent une brume de spleen autour des morceaux tandis que la dépression s’approche doucement à l’écoute de paroles telles que “all my favourite songs are slow and sad”.

 Mais c’était sans compter sur l’humour et le second degré de Weezer, dont l’espoir et les bonnes ondes saupoudrent généreusement ce “OK Human”.

Père Cuomo, raconte-nous une histoire

La bande de Rivers Cuomo ne rigole pas avec la musique. Mais les paroles ne manquent pas d’humour pour autant. Comme pour contrebalancer la perfection instrumentale de “OK Human”, le groupe nous offre une belle poilade grâce à des mélodrames des temps modernes. A prendre au second degré malgré leur fond de vérité.

De nombreuses histoires faussement naïves y sont contées. Comme celle d’un oiseau qui n’arrive plus à voler et qui scrute un imbécile de chat toujours à l’affût dans “Bird With A Broken Wing” ou encore celle des rêveries quotidiennes d’un artiste dans “Playing My Piano” : “My wife is upstairs / My kids are upstairs / And I haven’t wash my hair in three weeks”.

“La Brea Tar Pits”, en outro, livre une crise existentielle orchestrée par des violons taquins jouant avec les codes musicaux du cinéma, comme pour donner vie à ces saynètes qui se matérialiseraient dans nos oreilles.

Certains titres comme “Screens” ou “Here Comes The Rain” viennent plus visiblement redonner quelques accès d’entrain en deuxième partie de disque grâce à leur rythme sautillant et leurs paroles aussi teintées d’espoir.

“OK Human” était inattendu mais restera inoubliable. Ce retour aux sources instrumentales et viscérales de la musique conjugué au grain de folie de Weezer confère un caractère unique à cet album qui transportera les mélomanes.

Informations

Label : Warner Music
Date de sortie : 29/01/2021
Site web : weezer.com

Notre sélection

  • Playing My Piano
  • All My Favourite Songs
  • Bird With A Broken Wing

Note RUL

 4/5

Ecouter l’album

1 Commentaire

  1. Résumé que je partage parfaitement! Une atmosphère générale en parfaite résonnance avec notre époque marquée par le développement exponentiel du virtuel, un assez remarquable pied de nez à un quotidien qui devient de plus en plus aseptisé et superficiel. J’avais déjà ressenti ce genre d’émotion avec le dernier album de Ron Sexsmith, Hermitage, que je trouve également très agréable et réussi. Authenticité, singularité, subtilité…, autant d’ingrédients qui rendent ce type d’albums extrêmement savoureux.

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Mathilde Deau
Inconditionnelle de festivals et ouverte à toute proposition musicale.