Dix années se sont écoulées depuis Phenotype. Dix ans durant lesquels les fans de Textures ont cru ne jamais entendre la suite de ce diptyque ambitieux. La rupture annoncée en 2018 semblait marquer la fin définitive du groupe. Pourtant, Textures revient avec Genotype, septième album et miroir génétique de son prédécesseur. Plus qu’une simple prolongation, l’opus explore en profondeur l’ADN du groupe. Ce retour pose alors une question : le groupe cherche-t-il à se réinventer ou à consolider les fondations qui ont forgé sa singularité ?
Mathcore is back!
Pour ce grand retour, Textures propose une ouverture pleine de suspense. “Void”, introduction instrumentale de 3 minutes, agit comme une véritable passerelle avec Phenotype. Loin de créer un quelconque vide, le morceau installe une montée en tension progressive et annonce un album aux accents futuristes, où volupté et puissance cohabitent dans un metal progressif contemporain.
Et cette ouverture donne immédiatement le ton ! Genotype se déploie comme un disque progressif pensé avec rigueur et efficacité. Les compositions, portées par des rythmiques millimétrées, témoignent d’un sens aigu de l’architecture musicale. La longue période d’absence semble avoir nourri une écriture plus maîtrisée, où chaque morceau est conçu comme une montée en tension. “Measuring The Heavens” en est un exemple parlant : son ouverture futuriste calme et planante cède la place à un break puissant qui redéfinit brutalement les enjeux du morceau.
Cette précision structurelle se retrouve dans chaque aspect de l’ADN de Textures. Difficile d’imaginer le groupe sans ses rythmiques syncopées et ses riffs djent lourds et graves. Batterie, basse et guitares s’imbriquent avec une précision chirurgicale, donnant tout son sens à l’étiquette math metal. Pourtant, Genotype ne se limite pas à une démonstration technique : le groupe trouve le juste milieu entre complexité et lisibilité, rendant l’ensemble aussi immersif qu’envoûtant.
Ce caractère millimétré est renforcé par une esthétique futuriste omniprésente, notamment grâce à l’usage du vocodeur. Cet outil, qui donne une texture robotique à la voix, projette l’auditeur dans un univers dystopique où la machine domine l’humain.
Pourtant, Genotype ne se limite pas à une froideur mécanique. La voix de Daniël de Jongh apporte une dimension humaine à ces morceaux complexes, incarnant une résistance organique face à un univers dominé par la technologie. Ce contraste explose sur “Nautical Dusk”, où son chant clair et mélodieux tranche avec la brutalité des breaks mathématiques.
Si Genotype est résolument progressif, “Walls Of The Soul” en est la synthèse parfaite. En près de huit minutes, ce dernier morceau explore les confins de l’âme humaine. Il s’ouvre sur une introduction douce et complexe, mêlant batterie syncopée et guitares claires, prolongeant cette atmosphère planante et futuriste avant d’évoluer vers un registre djent massif, dominé par la distorsion et des growls puissants; un retour assumé à l’ADN du groupe. Puis le morceau se referme dans une atmosphère onirique et aérienne, avant de s’interrompre brutalement. Une conclusion à la fois frustrante et captivante, qui laisse l’auditeur suspendu, comme si le cycle n’était jamais vraiment terminé… ou prêt à redémarrer.
Introspection génétique
Si Textures signe un retour marqué par une technique impeccable et des compositions millimétrées, cette rigueur s’étend aussi aux paroles. Genotype s’inscrit dans la continuité directe de Phenotype, prolongeant le concept amorcé sur l’album précédent.
Petit détour par la biologie pour mieux comprendre la démarche du groupe. Le phénotype désigne l’ensemble des caractéristiques visibles d’un individu, héritées de son patrimoine génétique, tandis que le génotype correspond aux informations génétiques elles-même, invisible mais fondamentale. Deux notions distinctes, mais indissociables à l’image de Phenotype et Genotype, conçus comme les deux faces d’un même diptyque.
Avec Genotype, Textures explore la face cachée de Phenotype, l’enrichit et le complète. Là où Phenotype exposait l’enveloppe extérieure, Genotype ouvre un univers intérieur, profondément introspectif, plongeant dans les méandres d’un esprit humain inquiet, fragmenté et tourmenté.
L’inquiétude est d’ailleurs l’une des thématiques centrales de l’ensemble. Textures interroge la place de l’humain dans un monde où la cohabitation avec la machine devient de plus en plus étroite, et où la crainte du remplacement technologique s’intensifie. “At The Edge Of Winter”, single en featuring avec Charlotte Wessels, incarne parfaitement cette tension. Le clip illustre un univers dystopique, fait de décors blancs, froids et aseptisés, où des humains sont contrôlés par des entités robotiques. L’hiver évoqué dans le titre pourrait alors symboliser l’hiver de l’humanité elle-même, menacée par l’essor incontrôlé de l’intelligence artificielle.
Une autre thématique forte de Genotype réside dans la volonté de donner la parole à celles et ceux qui évoluent en marge. “Vanishing Twin” est une ode à celles et ceux qui traversent des périodes d’ombre, de doute et d’incompréhension. Le morceau se veut porteur d’espoir, rappelant que l’obscurité n’est jamais définitive. La phrase très imagée “I’m climbing up the ladder“, répétée comme un mantra, agit comme une invitation à continuer d’avancer, à chercher la lumière malgré les difficultés.
Genotype s’impose finalement comme un cri intérieur : complexe, technique, mais profondément humain. Pour répondre à la question initiale, Textures parvient à se renouveler sans jamais renier son ADN. Après dix années de recul, le groupe livre un album mature, efficace et résolument moderne. Plus lent et plus introspectif que Phenotype, Genotype conjugue riffs massifs et refrains mélodiques mémorables, invitant autant à la réflexion sur le monde qui nous entoure qu’à l’introspection personnelle.
Informations
Label : Kscope
Date de sortie : 23/01/2026
Site web : texturesband.com/
Notre sélection
- At The Edge Of Winter
- Nautical Dusk
- Vanishing Twin
Note RUL
4/5







