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St. Negus – Mumathil

Douze ans de tournées avant de poser son propre nom sur un disque. Nagui Mehany a fait le tour : Dust Lovers et deux Hellfest, un orchestre symphonique à Moscou, des clubs de New York où on lui collait l’étiquette Black Zeppelin. Le pseudonyme qu’il choisit dit quelque chose sur la façon dont il voit ce projet : “Negus”, titre impérial éthiopien signifiant “Roi des Rois“, auquel s’ajoute la dimension spirituelle du Saint. Un nom qui ne cherche pas la modestie. Cinq titres enregistrés entre trois pays, chantés en anglais et en arabe égyptien, quelque part entre heavy blues rugueux, stoner rock et influences moyen-orientales : avec Mumathil, Mehany cesse enfin de choisir entre ses différentes vies.

“Shanghai” ouvre le disque et l’on comprend immédiatement ce qui nous attend

Une décharge brute de heavy blues, ce genre très codifié dont il est si difficile de s’affranchir des clichés. Le risque ? Tomber dans la bande-son d’une pub de parfum avec Johnny Depp et une bande de loups perdus dans le désert. St. Negus évite le piège avec une nonchalance déconcertante. Né d’un riff que Nagui gardait en réserve depuis 2018, le morceau raconte, selon ses propres mots, une histoire d’amour qui se défait dans les silences et le larsen.

Là où “Shanghai” regarde l’intime, “Gold Veins” élargit le cadre : le racisme en face, sans métaphore ni détour, sur un fond heavy blues qui rappelle ce que Gary Clark Jr. peut avoir de plus noir et de plus beau. Le titre éponyme se démarque par son riff rampant et une voix en arabe égyptien qui habite chaque syllabe avec la conviction de ceux qui chantent enfin dans leur propre langue. “ممثل – Mumathil “signifie “acteur” et le texte explore cette idée avec une précision mordante : comment on joue un rôle pour tenir debout, jusqu’au moment où le personnage finit par prendre le dessus sur l’homme.

Avec “شهاب – Shihab”, tout bascule. L’oud fait son entrée, les références s’orientalisent naturellement, et l’alchimie fonctionne sans démonstration. L’ensemble dégage une vraie dimension cinématographique. Un goût pour les paysages sonores intenses que Nagui partage avec ses compagnons des Dust Lovers. Et cette montée en puissance trouve son aboutissement dans “Gems” : le morceau le plus habité de l’EP, celui où toutes les trajectoires se rejoignent avec une étonnante évidence.

La production porte une signature collective

Nicolas César à l’enregistrement et au mix, Christophe Hogommat (producteur, ex-Dust Lovers) et Tom Gardner, dont le CV affiche Lana Del Rey et Gogol Bordello, à l’enregistrement des basses. Le mastering revient à Alexandre Tartière. Ce soin se sent sans s’imposer. Les guitares gardent leur rugosité, les mélodies restent lisibles, et rien n’est poli là où la friction était cherchée.

Le clip de “Shanghai”, tourné à New York par Pablo Mancera Bustamante et monté par Ismaël El Iraki (cinéaste, survivant du Bataclan) montre St. Negus se mettre en joue, cribler son propre reflet de balles, jusqu’à littéralement finir en flammes. Filmé en novembre 2025, pendant le dixième anniversaire des attentats, c’est un objet frontal et physique qui dit quelque chose sur l’état d’esprit du disque entier. Cette dimension-là ne s’entend pas directement dans la musique, mais elle y est quand même. Quelque part dans l’épaisseur du son.

Mumathil n’est pas un premier EP qui cherche à plaire. C’est un premier EP qui cherche à exister.

Informations

Label :
Date de sortie : 22/05/2026
Site web : www.instagram.com/st.negus

Notre sélection

  • ممثل – Mumathil
  • Gold Veins
  • Gems

Note RUL

 4/5

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