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Sam Fender – Seventeen Going Under

Le petit prodige de la pop engagée anglaise Sam Fender revient quasiment sur la pointe des pieds avec Seventeen Going Under.

Être sous influence

Autant crever l’abcès tout de suite : on est dans la continuité de Hypersonic Missiles (2019), et l’influence de Bruce Springsteen est toujours aussi prégnante. C’est presque gênant, et l’on aurait aimé que cette influence soit moins marquée cette fois (“Get You Down” est très proche de ce qui avait été proposé sur le premier album et donc signé du sceau du Boss). Pas de prise de risque majeure musicalement : on reste dans de la pop rock bien tournée.

Le vécu, là où peut être il se sent moins dans la musique, est présent dans les textes. Emprunt de nihilisme, l’ensemble s’ouvre sur le sombre titre éponyme. Les textes restent profondément politiques, sociaux (“Aye”, morceau en deça du reste de l’album mais au texte fort) et profondément emprunts de l’anxiété sociale environnante. Musicalement la différence ne se fait presque pas sentir et le grand bond en avant est dans les paroles.

….et s’en détacher pour créer sa propre narration

Fender offre une vraie belle progression qualitative. Il élimine la politique maladroite de son prédécesseur et la remplace par des détails pointus nés de son expérience. Cela détonne de l’influence lyrique de Springsteen, notamment le désir d’ajouter un éclat romantique et romanesque : une sorte de choc des titans entre la musique parfois paresseuse, et le coup au cœur que l’on peut recevoir via les textes puissants de l’artiste.

Sam Fender trouve aussi sa future marque de fabrique. Un mix commercial/politique, facile d’accès et profondément pop (d’ailleurs les titres “Long Way Off” ou “The Leveller” sont suffisamment sages pour être largement diffusés). Gardant les pieds sur terre malgré l’incroyable succès de son premier disque, Fender n’oublie pas de nous livrer ses réflexions sur l’état du monde. Quelques fulgurances plus inattendues se cachent malgré tout dans cet album quelque peu sage (ou emprunt de maturité ?): “Spit Of You” semble être tout droit sorti d’une B-side de Springsteen; “The Dying Light” est une perle au piano, d’une douceur et d’une intensité rare.

L’artiste anglais se révèle également un vocaliste impressionnant. Un vrai travail de maîtrise a été effectué depuis son premier album. il gagne ici en intensité, en tessiture plus grave et en émotion brute.

Un étrange disque que celui-ci : embrassant à la fois les problématiques de son époque ainsi que celles d’il y a quarante ans. Un album iconoclaste, en décalage de Hypersonic Missiles, mais plus sensible et plus mature. Sam Fender emprunte ici son propre chemin, loin des préoccupations creuses de 2021. En prenant à bras le corps les histoires de son Angleterre à lui, il se pose comme un storyteller incisif et inspiré.

Les plus fans de sa pop dansante risqueront d’être déçus mais les aficionados de musique plus “sociale” seront servis. A voir si Sam Fender s’imposera comme un artiste de son temps, très “working class”. En tout cas, il est bien parti pour.

Informations

Label : Universal Music / Polydor
Date de sortie : 08/10/2021
Site web : www.samfender.com/homepage

Notre sélection

  • Spit Of You
  • Get You Down
  • Seventeen Going Under

Note RUL

 4/5

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Laura Navarre
J'ai annoncé à mes parents à 16 ans que mon objectif professionnel était de produire la prochaine tournée de U2. Depuis de l'eau a coulé sous les ponts (et U2 fait de la musique relativement passable). Passionnée de musique depuis son plus jeune âge, je me suis écartée du chemin musical parental (Queen & la chanson française), pour rejoindre celui autrement plus sympathique du ROCK.