Quand BRITPOP paraît soudainement le 16 janvier 2026, Robbie Williams n’est plus un artiste à prouver. Avec plus de trente ans de carrière derrière lui et un statut d’icône pop britannique solidement installé, ce treizième album studio arrive dans le contexte particulier d’un artiste qui regarde en arrière pour réécrire un moment clé de son histoire. Annoncé puis dévoilé par surprise, BRITPOP s’inscrit dans le geste artistique clair de revisiter cette époque que Williams a vécue de l’intérieur sans jamais vraiment y appartenir musicalement, l’ère de la britpop.
L’album jamais sorti en 1995
Pour comprendre BRITPOP il faut revenir à 1995. Cette année-là, Robbie Williams quitte Take That en plein triomphe, alors même que la britpop incarnée par des groupes tels qu’Oasis, Blur, Pulp, ou encore Suede redéfinissent l’identité musicale britannique. À l’époque, Robbie Williams est à la fois trop pop et trop marqué par le boys band pour appartenir à cette mouvance. Quand il entame sa carrière solo ce sera dans un registre qu’il maîtrise parfaitement, une pop grand public dont il s’impose rapidement comme l’une des figures centrales s’installant durablement au sommet des charts. BRITPOP se présente donc comme l’album qu’il aurait aimé sortir à ce moment-là. Un disque rétrospectif, certes, mais pas figé car il incarne un imaginaire largement réactivé en 2025 notamment par le ras de marré qu’à engendré le retour d’Oasis sur scène.
Une pochette comme manifeste
La pochette du disque donne immédiatement les clés du projet. On y voit Robbie Williams représenté dans un portrait peint exposée dans une salle de musée, entourée de portraits aux allures XVIIᵉ siècle. Le chanteur porte une veste Adidas rouge, référence directe à celle qu’il arborait au festival de Glastonbury en 1995. Un vêtement devenu emblématique de l’esthétique britpop, largement popularisée par des groupes comme Oasis ou Blur dans leur appropriation assumée du sportswear comme uniforme culturel.
La composition représente deux activistes, T-shirts “Just Stop Pop” (arrête la pop) sur le dos, jetant de la peinture rose fuchsia sur le portrait de Robbie Williams. Impossible de ne pas penser aux actions militantes contemporaines dans les musées où des activistes lancent soupe ou peinture sur des œuvres pour provoquer et désacraliser. Cette image est fondamentale car Robbie Williams ne sanctuarise pas les années 90, il les met en débat. Il accepte que son héritage soit attaqué et remis en circulation. La pochette raconte déjà cet équilibre entre hommage et remise en mouvement qu’incarne l’album BRITPOP.
Entre hommage, appropriation et inégalités
Dès l’ouverture, BRITPOP surprend. Le titre “Rocket” en collaboration avec Tony Iommi de Black Sabbath lance l’album sur un mur de guitares saturées, un terrain rarement exploré par Robbie Williams. La collaboration entièrement britannique est aussi symbolique qu’efficace. Tony lommi impulse une lourdeur rock qui contamine l’ensemble du disque lui donnant une texture plus abrasive que ce à quoi Williams nous avait habitués. Le contraste est fort avec “Spies” qui ramène une écriture plus identifiable d’une pop à la Robbie Williams portée par une rythmique plus agressive.
BRITPOP fonctionne par zones de réussite très nettes, mais aussi par moments plus discutables. Des titres comme “Pretty Face”, “You” ou encore “Pocket Rocket” qui clôt le disque, peinent à trouver leur place dans un projet pourtant très fortement scénarisé. Ces morceaux plus convenus affaiblissent légèrement la cohérence narrative. La conclusion avec “Pocket Rocket” laisse un goût d’inachevé : “It’s OK Until The Drugs Stop Working” aurait constitué une fin bien plus percutante, tant sur le plan émotionnel que conceptuel.
Heureusement, BRITPOP brille dès qu’il ose pleinement l’exercice. “Bite Your Tongue” évoque immédiatement des sonorités telles que Pulp, tant dans l’esprit que dans la théâtralité. C’est un terrain inhabituel pour Robbie Williams et en cela l’un des morceaux les plus passionnants du disque. “Cocky” flirte avec une esthétique plus vintage comme un vieux Rolling Stones, rappelant que la britpop s’inscrit elle-même dans un héritage plus ancien du rock anglais.
Mais c’est “All My Life” qui s’impose comme le cœur du projet. Clairement influencé par le répertoire des frères Gallagher, le morceau assume ses guitares, ses élans mélodiques et surtout un refrain où Robbie Williams maintient une note haute, portée par des harmonies parfaitement maîtrisées. Il y a là une vraie couleur mancunienne, ville fondatrice du mythe britpop.
Avec “Morrissey”, Williams va plus loin que l’hommage. Au-delà du titre qui convoque directement le nom du mythique frontman de The Smiths, les couplets évoquent immédiatement la formation mancunienne tant par leur tonalité que par la mélancolie qui les traverse. Pourtant, loin de l’imitation, Williams insuffle au morceau une touche très personnelle et reconnaissable. Ici, il ne s’agit plus d’imiter mais de s’approprier un héritage, rappelant que sans des formations comme The Smiths ou The Stone Roses, la britpop n’aurait jamais existé. Enfin, “It’s OK Until The Drugs Stop Working” très David Bowie dans l’esprit, synthétise à merveille le projet en un regard lucide sur la musique anglaise et ses acteurs historiques.
En réalité, BRITPOP est un album de réconciliation, certes parfois inégal, mais foncièrement référencé. Robbie Williams se demande ce qu’il aurait été s’il avait eu l’opportunité d’en être à l’époque. En cela, BRITPOP est un disque nécessaire dans la carrière du chanteur et prouve que Robbie Williams reste un artiste conscient de son héritage et capable de le bousculer.
Informations
Label : Sony Music / Columbia
Date de sortie : 16/01/2026
Site web : robbiewilliams.com
Notre sélection
- All My Life
- Bite Your Tongue
- Cocky
Note RUL
4/5







