ChroniquesSlideshow

Rammstein – Zeit

Seulement trois ans après son album éponyme, Rammstein revient par surprise. Rammstein à peine digéré, les Allemands opèrent un retour assez fracassant quoiqu’inattendu. Mais comme nous ne sommes pas des fines bouches et qu’un disque de Rammstein est très souvent une belle surprise… Los geht’s!

On reprend les bases

Sur un point général, la continuité avec Rammstein se fait entendre. Alternant entre conventionnel (les riffs martiaux, l’utilisation de boucles électroniques) et surprise (l’utilisation du vocoder, un travail sur les sons et les ambiances, et beaucoup de mélodies au piano), les fans ne seront pas déroutés ni perdus. Pour le dire simplement (et quelque peu grossièrement) : c’est du Rammstein.

Alors reprenons ensemble les bases.

Les gros riffs de guitare martiaux et brutaux ? On a : “Giftig” et ses réminiscences de “Sehnsucht” ou “OK”, se posent toutes les deux comme des dignes descendantes des premiers albums du sextette et assurent la continuité du son.

Les boucles électroniques ? OK, Rammstein en a sous le coude également. “Zick Zack”, un pur tube en puissance rythmé par les boucles électroniques et “Zeit”, autre exemple d’une ballade nimbée de sons électro. C’est d’ailleurs surprenant que “Zeit” et “Schwarz”, sortes de power ballades rock, ouvrent l’ensemble. Mais c’est un choix audacieux tant que le clavier sur “Schwarz” est composé et joué comme une dentelle noire, si pur et si gracieux.

… Et on les améliore

Les claviers et les atmosphères sont particulièrement importants au sein de cet album, et tendent à créer une ambiance romantique et funeste, toute en mélancolie. Rammstein a toujours crée des ambiances plus ou moins sombres et travaillées (on se rappelle de “Puppe” ou “Mein Teil”), mais ici elles sont d’autant plus exacerbées via les claviers de Flake.

Passons aux différences : Le vocoder sur “Meine Tränen”, titre sur lequel Till Lindemann pousse sa voix quasiment jusqu’au point de rupture. Déchirant et très émouvant, quoique le traitement de la voix du chanteur est surprenant.

“Adieu” et sa mélancolie prégnante : magnifique titre de fin de disque reprenant par ci par là quelques composantes des précédents morceaux. Là où nous avons l’habitude d’un Rammstein parfois plus grivois (“Dicke Titten” se pose en héritier de “Pussy”, la puissance en moins mais l’ajout d’une espèce de fanfare grotesque en plus), c’est très intéressant de découvrir une facette plus mélancolique des artistes. Peut-être qu’à l’aube de la soixantaine, Till Lindemann sent venir le temps des mises au point ? En tout cas, cette respiration de fin d’album fait office de conclusion douce amère.

Là où Rammstein était à la fois plus évident et plus commercial, Zeit décide de ne pas prendre l’auditeur par la main mais au contraire de le laisser écouter et digérer ses morceaux. Chaque écoute nous permet de mieux appréhender les instruments, les chœurs féminins, les subtiles touches d’émotion. Les thèmes entamés par le précédent disque sont toujours là : le grotesque et le tragique, comme une parabole funeste de l’humanité. Sauf qu’il s’agit ici d’une vision assombrie de ce paradoxe : d’où le “Adieu” final, message presque d’outre tombe des Allemands. A voir si ce sera la touche finale d’un chapitre entamé il y a une vingtaine d’années.

Informations

Label : Universal Music / Island Def Jam
Date de sortie : 29/04/2022
Site web : rammstein.de

Notre sélection

  • Schwarz
  • Adieu
  • Giftig

Note RUL

 4,5/5

2 commentaires

  1. Dans la droite ligne de l’album précédent, d’ailleurs certaines chansons semblent avoir été composées a l’epoque, le groupe ayant déclaré avoir presque de quoi enregistrer 2 albums.
    Sur plusieurs des morceaux, les paroles sont des poèmes de till Lindemann,leader et chanteur du groupe, issu du recueil “nuits slencieuses” traduit en français par emma wolf, disponible dans les bonnes” épiceries culturelles… ”
    D’ailleurs, La traduction des paroles (de tout les albums) est disponible , par ci par la sur le net, et apporte bcp, pour comprendre le caractère poétique, iconoclaste, teinté d’humour noir… Du groupe, pour ceux qui n’ont pas fait allemand 2eme langue, comme moi..

Ecrire un commentaire

Laura Navarre
J'ai annoncé à mes parents à 16 ans que mon objectif professionnel était de produire la prochaine tournée de U2. Depuis de l'eau a coulé sous les ponts (et U2 fait de la musique relativement passable). Passionnée de musique depuis son plus jeune âge, je me suis écartée du chemin musical parental (Queen & la chanson française), pour rejoindre celui autrement plus sympathique du ROCK.