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Puscifer – Existential Reckoning

Le travail terminé avec A Perfect Circle et Tool, Maynard James Keenan retrouve son projet solo. Lui qui décrit Puscifer comme un terrain de jeu où il peut donner libre cours aux voix dans sa tête, en a fait un cadre expérimental duquel nul ne peut savoir quoi attendre.

Entrer en communication avec les aliens

Le groupe annonce dans un communiqué qu’ils sont des agents chargés de retrouver une épouse disparue. La thèse d’un enlèvement extraterrestre semble être la plus probable. Les agents se proposent de “construire des ponts traversables entre l’intuition et la technologie, pour explorer le mycélium métaphorique entre les mathématiques et la passion, l’art et l’ordre, et l’espoir et la preuve.” Un programme intrigant, pour un album qui l’est tout autant.

A défaut de mener une enquête concluante, l’artiste ne se prive pas de faire passer des messages politiques. Puscifer lui laisse plus de marge de manœuvre pour s’exprimer et il en profite. “Apocalyptical” aborde la question de la manipulation des informations. Le danger de l’ère numérique, qui nourrit la population d’informations non vérifiées et finit avec la “thésaurisation du papier toilette”. Les thèmes autour de la manière dont les personnes reçoivent les discours des dirigeants, des élites ou des médias apparaissent comme un fil rouge sur “Existential Reckoning”.

Un expérimentalisme bruitiste, froid et barré

Le disque s’ouvre avec “Bread And Circus” sur des notes de synthés presque dérangeantes. La voix de Maynard, rappelle fortement son travail sur “So Long, And Thanks For All The Fish”. Une fausse candeur, qui soutient un discours corrosif. L’ambiance feutrée du morceau n’est pas sans faire penser à Depeche Mode. D’autres rappels au groupe sont assez présents dans l’ensemble tels que le travail sur la voix dans “Grey Area”. La recherche de sonorités métalliques, qui s’apparentent parfois à du bruitisme est nuancée par les lignes de guitares inspirées de Mat Mitchell.

Des inspirations très Nine Inch Nails ressortent sur un titre comme “The Underwhelming”. Le groove de la fin du morceau fait écho avec le travail de Trent Reznor tout en gardant une personnalité très forte. La consonance pop du refrain juxtaposée à un chant à fleur de peau fonctionne bien. Véritable joyau de l’album, “Apocalytical” représente tout ce que la formation peut faire de mieux. Un savant équilibre d’électro, de rock et de sensualité avec une touche de noirceur.

Un travail (trop ?) minutieux

La production ultra léchée du disque permet de faire ressortir chaque détail sonore et met en avant les effets et techniques employées sur les voix. Maynard et Carina jouent parfois au chat et à la souris, se font écho ou s’unissent à travers une multitude de pistes pour une parfaite osmose. Chaque note vocale apporte du rythme aux morceaux avec précision et parfois redondance.

La richesse des ambiances sur “Bullet Train To Iowa” et “Personal Prometheus” leur confère un aspect sombre et pesant. Les deux titres s’imbriquent avec fluidité. Des guitares organiques, lancinantes et dérangeantes soutiennent le premier. Un savant équilibre, qui met la voix de Maynard au premier plan. Le second créée une atmosphère aérienne, un peu sinistre et oppressante. Chaque son est bien pensé pour apporter une émotion complémentaire. Le bémol de ce “Existential Reckoning” réside pourtant dans cette recherche permanente de perfection qui se fait parfois au détriment de l’émotion.

Puscifer livre un album complexe, aux sonorités froides et synthétiques qui mérite plusieurs écoutes pour en percevoir toute la richesse.

Informations

Label : BMG
Date de sortie : 30/10/2020
Site web : puscifer.com

Notre sélection

  • Apocalyptical
  • The Underwhelming
  • Bullet Train To Iowa

Note RUL

 4/5

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Marion Dupont
Engagée dans la lutte contre le changement climatique le jour, passionnée de Rock et de Metal le soir !