Depuis quelques années, une question revenait inlassablement autour de Muse. Le trio britannique était-il encore capable de surprendre ? Après les expérimentations synthétiques de Simulation Theory (2018) et l’approche plus immédiate de Will Of The People (2022), Matt Bellamy, Chris Wolstenholme et Dominic Howard semblaient surtout avoir pleinement assumé tous les codes qui font leur identité, au risque parfois de donner l’impression d’avoir déjà exploré l’ensemble de leur propre univers. Avec The Wow! Signal, dixième album studio inspiré du mystérieux signal radio capté en 1977 et longtemps considéré comme une possible manifestation de vie extraterrestre, Muse répond de la plus belle des manières en regardant une nouvelle fois vers les étoiles, mais surtout vers lui-même.
L’esprit de synthèse
Dès l’ouverture, “The Dark Forest” donne le ton. Inspiré de la célèbre théorie du même nom selon laquelle toute civilisation intelligente choisit le silence pour survivre dans l’immensité de l’univers, le morceau accumule sans retenue tout ce qui fait l’ADN du groupe entre chœurs liturgiques, cordes grandiloquentes, synthétiseurs et envolées progressives. Une entrée en matière spectaculaire qui aurait pu sombrer dans l’excès si elle ne reposait pas sur une écriture aussi maîtrisée. Car c’est peut-être là la plus grande réussite de The Wow! Signal. Derrière son esthétique de science-fiction, le disque se révèle être l’un des plus personnels qu’ait jamais composé Muse. Loin des couplets politiques et des dystopies technologiques qui occupent les précédents albums le trio britannique utilise ici le cosmos comme métaphore de l’isolement et de la quête de sens. Le mystère extraterrestre n’est finalement qu’un prétexte pour évoquer le besoin profondément humain d’entrer en contact avec quelque chose qui nous dépasse.
Musicalement, Muse retrouve avec The Wow! Signal une forme de synthèse particulièrement réjouissante. Les guitares abrasives de “Cryogen” rappellent les fulgurances d’Origin Of Symmetry (2001), tandis que “Hexagons” renoue avec ce qui a fait la grandeur de Black Holes And Revelations (2006). La production, assurée aux côtés de Dan Lancaster évite au groupe de sombrer dans la simple redite. Chaque arrangement semble pensé pour servir le propos sans jamais alourdir un ensemble pourtant particulièrement dense malgré le tracklisting réduit à dix titres, une bande originale d’une précision chirurgicale.
L’une des plus belles surprises du disque demeure “Nightshift Superstar”, improbable fusion entre disco, funk quelque peu robotique et de grosses guitares. Le morceau témoigne une nouvelle fois de l’incroyable capacité du trio à intégrer des influences radicalement différentes. À l’inverse, “Shimmering Scars” et “Be With You”, dévoilé quelques semaines plus tôt en guise de premier aperçu de l’album, offrent des moments de respiration plus intimistes où l’émotion prend le pas sur la démonstration de force. Sur ce dernier, la ligne de basse de Chris Wolstenholme agit comme un véritable battement de cœur lancinant enveloppant la voix de Matt Bellamy dans une atmosphère presque mystique.
Plus loin dans l’écoute, l’exercice du duo avec Ellie Goulding sur “Hush” pouvait légitimement susciter quelques interrogations. Pourtant, l’alchimie fonctionne étonnamment bien. La douceur cristalline de la chanteuse britannique contraste avec la puissance habituelle de Bellamy et donne naissance à l’un des morceaux les plus accessibles du projet.
Enfin, impossible de ne pas évoquer “Space Debris”, conclusion bouleversante de l’ensemble où les débris flottant dans l’espace deviennent la métaphore des fragments laissés par une relation brisée. Rarement Bellamy s’était montré aussi vulnérable dans son écriture, offrant au disque une dimension émotionnelle que l’on n’attendait plus forcément du trio britannique.
Un message envoyé à l’univers
Avec ses dix morceaux et sa durée resserrée, The Wow! Signal évite l’excès de remplissage. Chaque titre trouve sa place dans cet ambitieux voyage interstellaire qui agit comme une réconciliation entre toutes les époques de Muse. On y retrouve le gigantisme d’Absolution (2003), les expérimentations de The 2nd Law (2012), les ambitions progressives d’Origin Of Symmetry (2001), les riffs de guitare lourd qu’on a adoré sur Drones (2015) ou Will Of The People (2022) (Mention spéciale à “Unravelling” qui incarne parfaitement cette synthèse). Près de trente ans après ses débuts, Muse continue donc de surprendre. Cette fois, le signal envoyé dans l’univers est une quête plus intime. Peu importe si personne ne répond car le voyage, lui, valait largement le détour !
Informations
Label : Warner Music
Date de sortie : 26/06/2026
Site web : www.muse.mu
Notre sélection
- Cryogen
- Unravelling
- The Dark Forest
Note RUL
4/5







