Il y a quelque chose de cruel dans le temps qui passe. Il éloigne de ce que l’on était, transforme les blessures en souvenirs, mais ne les fait jamais complètement disparaître. Après plus de vingt ans d’existence, Motionless In White aurait pu utiliser Decades pour contempler le chemin parcouru. Le groupe préfère s’intéresser à ce qu’il en reste : une colère toujours présente, des fantômes que le succès n’a pas suffi à faire taire et cette peur, profondément humaine, de perdre une partie de soi à force d’avancer. Car survivre aux années ne signifie pas forcément en sortir indemne. Parfois, cela consiste simplement à apprendre à porter tout ce qu’elles nous ont pris.
Tout ce que le temps n’efface pas
Derrière l’arrogance presque provocatrice de “Decades”, il y a d’abord le refus de disparaître. Celui de laisser les critiques, les échecs ou les années décider du moment où l’histoire doit prendre fin. Le passé n’est pas idéalisé : il devient la preuve que le groupe est encore là, malgré tout ce qui aurait pu l’arrêter. Une victoire qui ne ressemble pourtant jamais à un apaisement.
Car plus le disque avance, plus cette résistance laisse apparaître son prix. “log_in//crash_out” s’éloigne rapidement de la simple critique des réseaux sociaux pour dresser le portrait d’une humanité qui sacrifie peu à peu son identité au profit des algorithmes. Des images comme “We offer our souls to the circuitry” ou “The price of attention is human connection” illustrent parfaitement cette perte progressive de soi, où la quête d’attention finit par remplacer les véritables relations humaines. Un constat sombre, renforcé par des métaphores particulièrement fortes, avant qu’un breakdown aussi brutal que libérateur ne vienne rappeler qu’il est toujours possible de reprendre le contrôle.
Avec “R.I.P.”, Motionless In White explore une relation où l’amour et la souffrance deviennent indissociables. Les images de mort, omniprésentes à travers “I’d never rest in peace” ou “I’d never sleep without you buried next to me”, traduisent l’impossibilité de faire le deuil d’un lien pourtant déjà brisé. Plus qu’une simple rupture, le morceau raconte cette dépendance émotionnelle où partir revient à perdre une partie de soi, jusqu’à ne plus savoir où s’arrête l’amour et où commence l’autodestruction.
Refuser de disparaître avec eux
La douleur se transforme ensuite en colère dans “Playing God”. Motionless In White s’attaque à une époque où la visibilité semble avoir remplacé la vérité. Entre “falsify truth to fabricate views” et “I am death by engagement”, le groupe dénonce une industrie où le mensonge, les polémiques et les relations parasociales deviennent les nouveaux moteurs de la réussite. Plus qu’une attaque contre les réseaux sociaux, le morceau vise ceux qui sont prêts à tout pour exister, jusqu’à sacrifier leur intégrité sur l’autel des clics et de l’engagement.
Mais derrière cette confrontation demeure une peur plus profonde : celle de ne plus savoir qui l’on devient une fois le bruit retombé. “Afraid Of The Dark” transforme la peur en moteur plutôt qu’en obstacle. À travers des lignes comme “I turned my struggles into my strength” ou “Rebuilt by what broke me”, Chris Motionless montre que les épreuves ne disparaissent jamais vraiment, mais qu’elles peuvent devenir le socle sur lequel on se reconstruit. Un message profondément personnel, porté par un refrain qui invite à avancer malgré l’incertitude, sans laisser l’obscurité dicter notre chemin.
Au-delà des décennies
Decades ne raconte donc pas vingt années de réussite, mais tout ce qu’il a fallu abandonner, affronter et reconstruire pour les traverser. Motionless In White ne regarde pas son passé avec nostalgie : il lui fait face, en accepte les cicatrices et refuse de lui appartenir entièrement. Le temps a changé le groupe, sans parvenir à l’effacer. Et peut-être que durer signifie simplement cela : ne plus chercher à redevenir celui que l’on était, mais continuer malgré tout à reconnaître celui que l’on est devenu. L’album ne plaira sans doute pas autant à ceux qui attendaient une déferlante de violence permanente, mais il récompense largement ceux qui prendront le temps d’écouter ce qu’il a réellement à raconter.
Informations
Label : Roadrunner Records
Date de sortie : 17/07/2026
Site web : www.motionlessinwhite.net
Notre sélection
- log_in//crash_out
- Decades
- Playing God
Note RUL
4/5







