Chroniques

Meshuggah – Koloss

Que dire sur Meshuggah qui n’ait pas déjà été dit, des milliers de chroniques au mémoire de musicologie en passant par un article dans la très académique revue “Music Theory Spectrum” ? Lors de la promotion, Mårten Hagström (guitare) et Tomas Haake (batterie) expliquaient que ce dernier opus avait été composé de façon collégiale, en studio, marquant ainsi une franche rupture avec leurs méthodes habituelles. “ObZen” (2008), dernier album en date, avait divisé les fans, de par son orientation plus commerciale (il est permis de rire, tant la musique de Meshuggah est éloignée de tout ce qui peut sembler commercial, mais le mal était fait). Le titre “Bleed” fera néanmoins date dans l’histoire du metal en raison de sa complexité d’exécution. Voici venu le moment tant attendu par toute une frange de la sphère math metal (un qualificatif que le groupe abhorre) : “Koloss” est arrivé dans les bacs le 26 mars.

On est d’emblée saisi par la qualité de la production, qui semble un instant renouer avec les grands opus du groupe, “Nothing” (2002) en tête. Le kit de Tomas Haake revient au premier plan, lui qui avait été si maltraité par la production de “ObZen” et entièrement programmé lors de “Catch 33” (2005). Autant le dire tout de suite : ce nouvel effort de nos suédois préférés ravit parfois, mais déçoit souvent, sans trop que l’on sache pourquoi. Est-ce le chant de Jens Kidman, qui finit par déranger alors même qu’on s’y était finalement habitué, album après album, l’intégrant comme une texture de plus sur la musique si riche du combo d’Uméa ? Est-ce le jeu de Fredrik Thordendal (guitare), qui a trop souvent recours à des automatismes, certes si personnels, mais trop souvent rabâchés tout au long de la discographie du groupe (en faisant abstraction de son phénoménal album solo) ? Est-ce le son d’ensemble, mené par ces guitares à huit cordes toujours aussi vicieuses et alambiquées, qui, faisant autrefois du groupe un précurseur absolu d’un genre dont il posait lui-même les jalons disque après disque, le rendent aujourd’hui moins attrayant, après presque dix ans de “copycats” – frénétiques démonstrateurs de prétendues polyrythmies, de mesures composées et autres pirouettes musicologiques qui auront fini par diluer la si saisissante originalité d’une formation unique ? Ou s’agit-il tout simplement de compositions moins inspirées que par le passé ? “Koloss” est un peu tout ça à la fois. Il serait inutile de décrypter chaque titre, les fans de Meshuggah viennent d’horizons si différents que chacun pourra – probablement – y trouver son compte. L’album offre des moments de grâce à qui saura s’y plonger. Le fameux “Break Those Bones Whose Sinews Gave It Motion” en tête, qui parvient en un morceau à résumer tout ce qui fait le grand Meshuggah, celui qui sait émouvoir tout autant que titiller l’intellect; mais il déçoit tout autant en s’abaissant au niveau du groupe de metalcore lambda lors de “The Demon’s Name Is Surveillance”. Quelques surprises sont néanmoins à prévoir, comme le dernier titre (qui sera décidément toujours une surprise chez Meshuggah), “The Last Vigil”, une lente plage atmosphérique qui pourra évoquer tour à tour une composition de Philip Glass ou Sigur Ros.

“Koloss” est aussi donc un album de transition pour un combo qui,  après avoir rencontré un -mérité- succès public avec “ObZen”, semble tenter de renouer avec ses fans de la première heure (ceux qui les ont soutenu de la brutalité glaciale de “Chaosphere” au conceptualisme de  “I” (2004) ou “Catch 33”, sans oublier les grooves innovateurs de “Nothing”), tout en essayant de ne pas s’aliéner sa nouvelle fanbase, au risque de décevoir les deux. Le groupe reste unique, et la suite de son histoire reste à écrire. Nous ne sommes pas à l’abri d’un immense disque de Meshuggah. “Koloss” n’est pas celui-là.

Informations

Label : Nuclear Blast
Date de sortie : 26/03/2012
Site web : www.meshuggah.net

Note RUL

2/5