Tout commence en 2016 avec une tournée commune baptisée Savage Imperial Death March, réunissant Melvins et Napalm Death sur les routes américaines. L’alchimie est évidente, suffisamment pour que les deux groupes remettent le couvert en 2025 avec une deuxième édition de la tournée, assortie cette fois d’un mini‑LP AmRep – enregistré par Buzz Osborne (voix/guitare) et Dale Crover (batterie) côté Melvins, Barney Greenway (voix), Shane Embury (basse) et John Cooke (guitare) côté Napalm Death – réservé à quelques centaines de collectionneurs chanceux, autour d’un tirage plafonnant à l’ordre du millier d’exemplaires.
Ipecac Recordings élargit aujourd’hui la diffusion avec deux titres supplémentaires, et Savage Imperial Death March peut enfin être évalué pour ce qu’il est : la conséquence logique d’une longue complicité entre deux groupes qui ont fait de l’anticonformisme et l’expérimentation leur marque de fabrique.
Un chaos contrôlé
Côté batterie, l’absence de Danny Herrera (Napalm Death, batterie) et de ses blast beats oriente immédiatement le disque. Dale Crover tire l’ensemble vers un sludge épais plutôt que vers le grindcore pur à la Scum. “Rip The God” est un dirge cérémoniel que Barney Greenway électrise dès qu’il entre, transformant le pas lourd des Melvins en charge frontale tout en préservant l’ossature pachydermique du riff. “Some Kind Of Antichrist” démarre comme un hymne noise‑rock avant de dériver vers un ambient industriel qui évoque moins le Napalm brutal des débuts que les dérives dark ambient de Shane Embury avec son projet Dark Sky Burial.
“Tossing Coins Into The Fountain Of Fuck” convoque justement les wilderness years (1994/98) de Napalm Death sans perdre le groove pesant des Melvins, tandis que John Cooke lacère l’espace de leads vrillés qui empêchent le morceau de se figer, donnant l’impression d’entendre les deux groupes se répondre à armes égales dans un même corps. Quant à “Nine Days Of Rain”, il installe une tension post punk agonisante à la Killing Joke, seulement brisée par des penchants bruitistes et de douloureuses lamentations.
Une performance libre
Les deux inédits de la version Ipecac méritent qu’on s’y attarde. “Awful Handwriting” est un collage électro-noise bancal, beats primitifs et synthés tordus sous une glossolalie de Buzz Osborne et les aboiements de Greenway. “Comparison Is The Thief Of Joy” prend une autre direction : presque entièrement électronique, gothique et lent, une voix de soprano qui flotte au-dessus de synthés menaçants et d’une boîte à rythmes. Le tout se referme sur un motif de clavier qui évoque très fortement “Jump” de Van Halen. Certainement une blagounette de fin de séance plutôt qu’un sample officiellement revendiqué. Chez Melvins, aussi à l’aise dans les galeries d’art contemporain que dans les salles de concert, cette impulsion dadaïste est une signature, et Napalm Death embrasse ici pleinement ce terrain de jeu.
Savage Imperial Death March est fun, bizarre et difficilement classable. Ni indispensable ni dispensable, le disque s’apparente davantage à une performance artistique au sens large qu’à une opération commerciale : une étape, un fait d’armes, une collaboration qui n’existe que parce que cinq musiciens en avaient envie et les moyens de le faire sans se justifier auprès de personne.
Informations
Label : Ipecac Recordings
Date de sortie : 10/04/2026
Site web : ipecac.com
Notre sélection
- Some Kind Of Antichrist
- Tossing Coins Into The Fountain Of Fuck
- Nine Days Of Rain
Note RUL
3,5/5







