Nul ne peut échapper à la course effrénée du temps. Pas même Dave Mustaine. Le 14 août dernier, Vic Rattlehead, mascotte osseuse de Megadeth, annonce la fin du groupe. À grands renforts de visuels post-apocalyptiques horriblement générés par IA, on découvre la sortie imminente d’un ultime album testamentaire, suivie d’une longue tournée d’adieu. Le compte à rebours de l’extinction est bel et bien lancé.
The Punishment Due
À 64 ans, Dave Mustaine a eu une vie bien remplie. Repéré comme guitariste lead de Metallica, il est rapidement évincé au moment de l’enregistrement de Kill ’Em All. Il laisse derrière lui un joli paquet de riffs et la promesse d’une vie au soleil. Piqué au vif, il passera le reste de sa carrière à tenter d’effacer l’affront du printemps 1983.
Il forme dans la foulée Megadeth avec pour seul et unique cap d’emmerder Metallica. De faire toujours plus fort, plus vite et plus thrash qu’eux, et surtout, avec un plus grand succès. Une ambition brièvement concrétisée avec Rust In Peace, avant que les Mets n’acquérissent le statut de demi-dieu de l’industrie musicale avec leur Black Album. Pas de bol.
Le reste appartient à l’histoire. Une histoire faite de gloires et d’échecs, d’excès et de repentance. D’anticonformisme et de révélation divine. Avec, en bonus, des vignobles, une ceinture noire de BJJ et, en malus, une guerre constante contre sa propre santé.
Affaibli par une sténose, puis vainqueur d’un cancer de la gorge, Mustaine doit ensuite composer avec la maladie de Dupuytren. Cette affection touche sa main gauche et entraîne une flexion irréductible des doigts. Jouer devient douloureux. Parfois impossible.
La sortie s’impose alors comme une évidence. Et puisqu’elle est inévitable, autant partir selon ses propres termes.
Pour ce 17ᵉ album, l’heure est donc au bilan. C’est un MegaDave partiellement consumé, solennel, qui se présente face à un monde qu’il ne reconnaît plus. De là à faire le lien avec la superbe pochette de l’album, il n’y a qu’un pas.
Angry Again
À l’écoute, aucune surprise : cet album est exactement là où on l’attend. Pour ce dernier disque, Mustaine retrouve Dirk Verbeuren derrière les fûts, célèbre ses retrouvailles avec James LoMenzo à la basse et accueille Teemu Mäntysaari (Wintersun), débarqué en urgence pour remplacer Kiko Loureiro. Le résultat ? Du Megadeth pur jus. Pour le meilleur. Et pour le pire.
“Tipping Point” relève fièrement le défi de l’ouverture. Carte sur table, l’opener est une avalanche de riffs thrash, blindé de hooks et porté par une rythmique affamée. Impossible de passer à côté de la prestation impeccable de Teemu, impressionnant pour ses débuts.
Seule ombre au tableau : une production trop propre. Lissant les aspérités naturelles du thrash, elle laisse la part belle à la voix fatiguée de Mustaine au centre de la scène.
Les racines punk du genre s’incarnent vite avec “I Don’t Care”. D’abord franchement cringe, plombé par ses gimmicks vocaux et des paroles douteuses, le morceau gagne pourtant en efficacité à l’usage. Notamment grâce à un duel de solos particulièrement jouissif et une énergie réminiscente. Mustaine s’en fout de ce qu’on pense. Et il ne doit rien à personne. Le message est clair.
Hello Me, Meet the Real Me
Le reste de l’ensemble ressemble à une étrange séance de psychothérapie. Le mid-tempo “Hey God?!” expose les doutes et l’incompréhension du frontman. “Let There Be Shred” est un exercice de frime égocentrique sur fond d’astiquage de manche, pendant que “Puppet Parade” questionne l’illusion du libre arbitre chez des individus asservis. La métaphore fonctionne, à la fois sur un plan personnel (Mustaine aveuglé par sa propre colère et soumis à la pression de l’industrie) et institutionnel.
Sur la forme, le morceau est excellent. Un concentré de thrash aux penchant mélodiques, une formule que le groupe a perfectionné pendant les années 90 , entre Youthanasia et Cryptic Writings. Sur le fond, c’est plus discutable. Difficile de ne pas tiquer sur de telles analogies dans un contexte géopolitique où des peuples entiers versent leur sang pour une liberté bien réelle.
Les habituelles charges anti-guerre remplissent aussi le ventre mou du disque, notamment sur “Made To Kill” et l’oubliable “Obey The Call”.
Je vous aime, je dois partir
S’il ne fallait retenir qu’un seul titre de cet album, ce serait “The Last Note”. Véritable pinnacle émotionnel, tous les leviers sont activés et prêts à nous arracher les larmes. Dès l’introduction en spoken word, Mustaine fait l’état des lieux : “The roar I lived for / It starts to die“. S’ensuit un mid-tempo magnifique, qui aurait trouvé sa place sur Cryptic Writings, aux côtés de “She-Wolf”.
Le champ lyrique du morceau restera aussi sombre que son introduction et dévoile toute l’amertume cachée derrière cette retraite forcée. Alors que l’écho du dernier power chord du groupe résonne, une guitare acoustique retentit. Dave annonce définitivement son retrait. “I came, I ruled, I disappear.” La dimension testamentaire est totale.
Difficile de rester de marbre face à une telle épitaphe. Une conclusion fière et parfaitement exécutée. Un titre historique pour nous permettre de faire le deuil en douceur d’un groupe mythique. Bref, une belle façon de mettre un terme à sa carrière, dignement.
Mais ce serait bien trop simple car, rappelons, il s’agit de Dave Mustaine. Et comme bien souvent, la demie mesure et la retenue n’est pas son fort.
Dans une ultime provocation, il nous offre une reprise de “Ride The Lightning” des éternels rivaux Metallica. Un titre dont il est crédité compositeur. Une manière pour lui de boucler la boucle et de lever l’index une dernière fois en direction de Lars et James.
La reprise, accélérée et quasi note pour note, n’apporte rien. Elle souligne surtout les limites vocales de Mustaine et montre à quel points les ravages du temps peuvent aussi éroder les montagnes. Avis aux groupes tentés de réenregistrer leurs classiques : c’est une mauvaise idée et personne ne veut entendre ça. Vraiment.
Une prise de risque fidèle au tempérament de feu du frontman, qui risque de passer une fois encore pour le plus grand seumard de sa génération. Mais aux détracteurs, MegaDave a déjà répondu : “I don’t care!“
Informations
Label : BLKIIBLK
Date de sortie : 23/01/2026
Site web : www.megadeth.com
Notre sélection
- The Last Note
- Puppet Parade
- Tipping Point
Note RUL
3,5/5







