Fondé en 2013 à Hastings, Kid Kapichi s’est imposé comme l’un des visages les plus bruts d’une jeunesse britannique en quête de changement, autant social que politique. Depuis ses débuts, le groupe incarne une colère viscérale nourrie par l’austérité, les fractures sociales et la défiance envers les élites. Une musique frontale, souvent rageuse, qui n’a jamais cherché à arrondir les angles.
Mais avec Fearless Nature, Kid Kapichi ose un pas de côté. La contestation reste bien présente, mais elle se double désormais d’un regard plus intérieur, transformant sensiblement la nature du propos.
Un album charnière, façonné par la rupture
Ces derniers mois ont été marqués par de gros bouleversements internes. Le départ de Ben Beetham et George Macdonald aurait pu fragiliser le groupe; il agit ici comme un catalyseur.
“L’enregistrement de cet album a été une expérience très cathartique“, explique Jack Wilson. “Ben et George ont décidé de quitter le groupe, mais comme ils ont été une pièce essentielle de l’écriture, c’était formidable de les avoir encore en studio.“
Coproduit par Ben Beetham et Mike Horner, qui ont largement façonné l’ADN sonore du groupe, Fearless Nature apparaît comme une œuvre de transition, mais surtout de reconstruction. Le disque explore la peur, le doute et la vulnérabilité, là où Kid Kapichi avançait auparavant porté presque exclusivement par la confrontation.
Cette évolution s’entend rapidement. “Leader Of The Free World” et “Intervention” posent le décor : toujours politiques, toujours acérés, mais moins démonstratifs, plus réflexifs. La colère ne disparaît pas; elle se transforme, gagne en profondeur et en nuance.
Des morceaux comme miroirs émotionnels
Au fil de l’album, Kid Kapichi joue avec les contrastes. “Shoe Size” conserve ce groove tendu et ce sens du refrain accrocheur, tout en laissant filtrer une fragilité nouvelle.
Lorsque “Stainless Steel” surgit, au cœur du disque, l’ambiance devient presque cinématographique. Jack Wilson y expose ses failles, refusant l’image de l’homme ou du groupe “inoxydable“. Sa voix, plus posée et plus nuancée, évoque par instants le génie mélodique de Grian Chatten, leader des cousins irlandais Fontaines D.C., avec cette capacité rare à transformer l’angoisse en chant fédérateur.
L’émotion atteint un sommet sur “Worst Kept Secret”, beau, touchant, presque désarmant, tandis que “Patience”, porté par un tempo plus lent et des rythmiques évoquant un Blur apaisé, agit comme une respiration bienvenue.
À l’inverse, “Dark Days Are Coming” replonge l’auditeur dans une tension sourde, reliant tourments personnels et climat social anxiogène.
Les visuels prolongent intelligemment cette démarche, notamment le clip de “Rabbit Hole” qui évoque un road-trip introspectif, une fuite en avant teintée de nostalgie et de quête de renouveau. En clôture, le morceau agit comme un vertige final, doux-amer, profondément humain.
Avec Fearless Nature, Kid Kapichi troque le poing levé pour le regard droit dans le miroir et nous entraîne dans un voyage intérieur au cœur d’une Angleterre fatiguée mais vibrante, marquée par les crises et les fractures, mais encore pleine de ressources et d’élans vitaux. Moins frontal dans la forme, mais plus habité dans le fond, l’album s’impose comme un disque qui se révèle écoute après écoute, confirmant que l’émotion et la lucidité peuvent frapper tout aussi fort que la rage.
Informations
Label : Spinefarm Records
Date de sortie : 16/01/2026
Site web : www.kidkapichi.com
Notre sélection
- Worst Kept Secret
- Stainless Steel
- Rabbit Hole
Note RUL
4,5/5







