Six ans après le départ de Tom Meighan, Kasabian semble enfin avoir cessé de vivre avec son fantôme. Avec The Alchemist’s Euphoria (2022) puis Happenings (2024), le groupe a progressivement appris à fonctionner autrement, tandis que Sergio Pizzorno apprivoisait le rôle de frontman. ACT III devait initialement paraître en juillet avant d’être repoussé au 4 septembre pour être encore peaufiné. Un délai supplémentaire qui n’est pas anodin : après plusieurs années de reconstruction, Kasabian semble vouloir livrer un album qui acte définitivement cette nouvelle identité.
Car le contexte a changé. Le rock britannique dont Kasabian fut l’un des emblèmes dans les années 2000 n’occupe plus la même place, et la comparaison permanente avec la période Meighan commence enfin à perdre de son importance. ACT III n’est donc pas vraiment le disque du retour. C’est plutôt celui d’un groupe qui cherche à avancer sans avoir à justifier constamment la direction prise.
Sergio prend définitivement le micro
Le principal changement est désormais presque devenu une évidence : Sergio Pizzorno ne cherche plus à être Tom Meighan. Là où les premiers albums de l’après-2020 pouvaient encore donner l’impression d’un équilibre à trouver, sa voix et sa personnalité occupent ici tout l’espace qu’elles réclament.
“SOULMATE” en est une parfaite illustration. Son spoken word, son refrain atmosphérique et son potentiel rassembleur possèdent tout ce qu’on attend d’un morceau de rock britannique capable de fédérer une foule, mais l’interprétation de Pizzorno lui donne une identité différente. Même constat sur “Hippie Sunshine”, porté par des chœurs qui s’élèvent progressivement : Kasabian n’essaie plus de reproduire sa formule historique, il l’adapte à celui qui la porte désormais.
Cette prise de possession trouve son expression la plus intéressante dans “GREAT PRETENDER”. Musicalement proche d’une ballade pop rock, le titre pourrait sembler plus consensuel, mais quelque chose passe véritablement dans la voix et l’interprétation. Et son contexte lui donne une résonance particulière : Pizzorno a souvent évoqué le sentiment d’imposture ressenti en devenant le chanteur principal d’un groupe qui avait déjà connu les sommets. Ici, ce vécu semble enfin transformé en matière artistique plutôt qu’en simple épisode biographique.
Une formule qui reste efficace
Il serait toutefois exagéré de présenter ACT III comme une révolution. Kasabian reste Kasabian, avec cette capacité à faire cohabiter guitares, groove et textures électroniques. “NOTHING BETTER THAN THIS” l’illustre avec son rythme dansant et ses nappes synthétiques, tandis que “SILVER APPLE EYES” pousse davantage le curseur vers un groove aux accents disco. Des choix cohérents pour un groupe qui a toujours entretenu une relation particulière avec le dancefloor.
Le problème est que cette efficacité peut aussi devenir une limite. “SUPERPOWERS” déroule ainsi une construction parfaitement maîtrisée, mais sans surprise majeure ni véritable prise de risque. Et avec seulement 32 minutes pour dix titres et trois interludes, certains morceaux donnent parfois l’impression de ne faire qu’esquisser une idée avant de passer à la suivante.
Ces respirations instrumentales participent d’ailleurs à la construction en trois actes suggérée par le titre de l’album. Elles apportent une dimension presque cinématographique et cassent la linéarité, mais leur présence laisse aussi une drôle d’impression : pourquoi trois interludes pour un disque déjà aussi court ? L’intention est perceptible, sans toujours sembler indispensable.
Quelques vraies raisons de rester
Heureusement, ACT III gagne en relief lorsqu’il accepte de sortir de sa mécanique la plus évidente. “THE GURU AND THE CRYPTO TIME MACHINE” est ainsi l’un des sommets du disque. Piano, mystère, questionnement et une belle construction instrumentale : Kasabian y prend le temps d’installer une ambiance plutôt que de courir après le refrain.
“GLIDE” va encore plus loin dans cette direction. Très marqué par le piano et la mélancolie, le morceau montre un Sergio Pizzorno particulièrement à l’aise lorsqu’il abandonne les postures de frontman conquérant. Une facette plus fragile qui enrichit un album autrement très tourné vers le mouvement et le live.
C’est justement sur scène que “HYPER RISING” devrait prendre toute son ampleur. Rythmiques qui se déplacent, ruptures, refrain immédiat : le morceau possède les composantes du rock anglais moderne capable de provoquer un mouvement de foule. Quant à “SAY YOU (CLOSER)”, il choisit de refermer le disque en douceur, avec une coloration jazzy et gospel qui évite le traditionnel final explosif.
Reste que l’on aurait aimé davantage de cette matière. ACT III est court, parfois très efficace, souvent élégant, et il contient quelques belles réussites. Mais après une sortie repoussée pour être peaufinée, on pouvait espérer un disque plus dense et surtout un peu plus rock. Kasabian semble aujourd’hui avoir définitivement accepté de ne plus être le groupe de Tom Meighan, et c’est sans doute la meilleure nouvelle de cet album. Reste maintenant à voir jusqu’où Sergio Pizzorno veut pousser cette nouvelle liberté.
ACT III ne ressuscite donc pas le Kasabian des grandes années : il n’en a d’ailleurs plus vraiment besoin. Il confirme plutôt l’existence d’un groupe qui a trouvé son nouvel équilibre, à défaut d’avoir encore trouvé le disque qui justifierait pleinement cette troisième vie.
Informations
Label : Sony Music / Columbia
Date de sortie : 04/09/2026
Site web : www.kasabian.co.uk
Notre sélection
- GREAT PRETENDER
- THE GURU AND THE CRYPTO TIME MACHINE
- GLIDE
Note RUL
3,5/5







