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Indochine – Singles Collection (2001-2021)

A l’occasion de ses quarante ans, le groupe le plus emblématique du rock FM français Indochine sort un nouveau coffret regroupant tous ses singles. Lancement avec le premier volume, “Singles Collection (2001-2021)”.

Trois salles, Trois ambiances

Les trente-sept titres (en comptant “Les petits pianos sans voix” et “Les pianos voix”) ont été mixés par Mick Guzauski. Ingénieur du son touche à tout, il a notamment remixé les albums “Random Access Memories” de Daft Punk et “Back Home” d’Eric Clapton. Éclectique.

Mais reprenons ce qu’est un remix dans le cas de ce disque : l’ingénieur du son est parti des bandes d’origine non mixées, c’est à dire une bande, un instrument. Cela permet de pouvoir jouer avec la présence et la spatialisation de chaque instrument. Un peu plus de guitare par-ci, un peu moins de batterie par là.

A la différence d’un remaster, qui part du mixage de l’époque pour lui donner un petit coup de chiffon. Ici, Indochine a fait le choix d’un véritable remix. En plus de dépoussiérer les morceaux, même si le travail sur les titres présents du début des années 2000 est sûrement moindre vis à vis de celui des années 1980, on retravaille les instruments et les voix. Et cela donne quelques petites pépites comme quelques déceptions.

Entre morceaux alternatifs….

Sur certains morceaux le changement est positif et marqué. Le titre “Crash Me” a un nouveau son qui fait ressortir les cymbales, change la perception de la batterie et donne au finale une écoute beaucoup plus rythmée.

Sur tous les singles postérieurs à “Paradize”, la batterie remixée donne un vrai relief aux titres. Plus sèche et claire sur “Pink Water”, “Memoria”, “Black City Parade” ou “Le Dernier Jour”.

La volonté derrière ces nouveaux mixages est de donner de la dynamique et du relief aux morceaux. Le procédé fonctionne bien sur les chansons de la période 2002-2013 car elles sont assez chargées en instruments et en gimmicks. Cela rend la tâche de les “re-spatialiser” beaucoup plus simple.

“Black City Parade” en tire un vrai bénéfice : le premier mix était relativement mitigé. Ici, le côté électronique est enveloppant, il crée une impression beaucoup plus organique et immersive.

….Et versions liftées

Pour d’autres c’est aussi une proposition musicale différente, voire un morceau alternatif comme “College Boy” avec son changement sur les paroles que l’on entendait déjà sur un remix du Maxi CD. D’où un côté chasse au trésor qui peut ravir les fans du quintette.

Certains morceaux sont basés sur les versions albums (“J’ai Demandé A La Lune”, “Popstitute” et tous les titres de “13“), d’autres sont basés sur les radios edit (“Mao Boy”, “Le Dernier Jour”), d’autres encore sur les clips (“Memoria”, “Alice & June”). Et d’autres encore sur des CD single promo (“Adora” et “Ladyboy”). Sacrément varié !

Les déceptions

Ce travail peut engendrer quelques ratés. La voix sur “Electrastar” devient robotique et perd en chaleur. Certains introductions sont raccourcies et font perdre le charme du titre. La réverbération insistante sur “Ladyboy” est désagréable. Et peut se poser l’intérêt des morceaux instrumentaux.

C’est agréable de redécouvrir les mélodies sous cet angle. Sauf que les arrangements manquent de relief, le pianiste ne fait que sagement suivre la mélodie. Malgré tout, le travail du fan (puisque c’est un fan qui joue) est à souligner.

La problématique de l’évolution d’une œuvre

La grande question de l’évolution ou de la transformation d’une œuvre musicale pour “coller” aux modes actuelles peut se poser dans le processus de remix. Deux visions s’affrontent : le fait qu’une œuvre doit être conservée dans son jus et l’évolution naturelle.

Une œuvre est toujours inscrite dans une époque et un contexte bien particuliers. Les puristes peuvent souligner que dans le cas de la musique, la remettre au goût du jour avec de nouvelles technologies, de nouveaux ingénieurs et techniciens n’est pas une bonne idée. Au delà même des considérations techniques, on peut voir cette œuvre comme conçue avec les limites de l’époque, une démarche déterminée ou une vision communiquée à un instant T par l’artiste.

Ici, les nouvelles versions sont plus actuelles et plus au goût du jour. Elles ont évolué avec une technologie qui a progressé. Doit-on considérer une œuvre comme gravée dans le marbre ? La preuve que non. Ce serait oublier les remix/remasters desquels nous sommes abreuvés tous les ans.

On peut considérer que l’œuvre originale était limitée par ses moyens techniques : un album mixé avec ce qui se fait pour l’époque, tout simplement. Alors, quelle œuvre est la plus représentative ? Celle des années 2000, ou celle rafraîchie pour les années 2020 ? Vaste débat qui sera perpétuellement nourri des évolutions techniques.

Tout le monde devrait pouvoir y trouver son compte

En attendant de pouvoir retrouver la formation sur scène, on se mettra sous la dent ce double coffret (en attendant la suite en novembre 2020, cette fois-ci les titres à partir des années 1980).

Les fana de son seront ravis de pouvoir écouter des mix travaillés et très complets. Les fans hardcore d’Indochine, heureux de pouvoir redécouvrir certains morceaux. Et pour les curieux, une belle mise en bouche pour découvrir la carrière d’Indochine.

Informations

Label : Sony Music / RCA Records
Date de sortie : 28/08/2020
Site web : indo.fr

Notre sélection

  • Alice & June
  • Belfast
  • Le Grand Secret (Les Pianos Voix)

Note RUL

 4/5

Ecouter l’album

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Laura Navarre
J'ai annoncé à mes parents à 16 ans que mon objectif professionnel était de produire la prochaine tournée de U2. Depuis de l'eau a coulé sous les ponts (et U2 fait de la musique relativement passable). Passionnée de musique depuis son plus jeune âge, je me suis écartée du chemin musical parental (Queen & la chanson française), pour rejoindre celui autrement plus sympathique du ROCK.