ChroniquesSlideshow

Hellripper – Coronach

Vendredi 27 mars, c’était la fête des bêtes à cornes. Enfin surtout d’une seule. Celle qui trône sur chaque visuel de Hellripper depuis que La Chèvre a décidé que le blackened thrash méritait un messie, et que ce messie s’appellerait James McBain. Après plus d’une décennie à prêcher dans l’underground, le voilà qui signe chez Century Media pour son quatrième album. Les témoins de La Chèvre frappent désormais aux portes des grandes maisons de disques. Et ils ont des arguments.

Des riffs en granit

McBain a grandi à Aberdeen, petite ville côtière du nord-est de l’Écosse, et ça s’entend. Coronach, du nom d’un chant funèbre improvisé des Highlands qui accompagnait les défunts lors des veillées, sent la tourbe et le granit. Une authenticité frappante quand on est habitué à se faire servir de la littérature ésotérique bas de gamme et du folklore viking en kit. Les légendes qu’il convoque sont locales, charnelles, et nettement plus inquiétantes que les habituels emprunts à la grande braderie nordique. Au menu : un prêtre buveur de sang et son fantôme, des succubes gaéliques, des faits réels de profanation de sépulture et des maladies putrides et létales, le tout par-delà des paysages épiques.

Adam Burke (Nightjar Illustration) a su traduire tout ça en une pochette saisissante. La silhouette colossale de La Chèvre se découpe au-dessus des Highlands pendant que trois figures spectrales, les fameuses Baobhan Sith, dérivent dans la brume des premiers plans. C’est beau, c’est glaçant, et ça prépare exactement au déluge qui s’annonce.

Une tempête maîtrisée

McBain a toujours su conjuguer vitesse et intelligence et ici, les deux curseurs sont poussés à fond. “Hunderprest” ouvre les hostilités dans un fracas entre chaotic hardcore et blackened thrash. Une accroche à la Converge, des riffs fulgurants à la Toxic Holocaust, et solo final qui flirte avec le Megadeth période Countdown To Extinction. Bref, le kiff. Plus surprenant encore, “Baobhan Sith (Waltz Of The Damned)” fait cohabiter rythmique valsante, accès de violence hardcore, death metal et un passage à la Kvelertak troué par des chants d’oiseaux. Et ça tient ! Ce qui devrait être un gloubiboulga indigeste devient rapidement une leçon de songwriting.

Ailleurs, “Blakk Satanik Fvkkstorm” et son attitude punk lâche les chevaux en mode black n’roll. On est à la croisée des mondes entre Venom, Bathory et Motörhead. C’est la formule testée et approuvée qui a propulsé Hellripper sur le devant de la scène, à l’instar des cultes Midnight. Rien à redire, ça poutre toujours autant.

Des titres contagieux

Coronach dit aussi quelque chose sur la durée. Ceux qui ont suivi Warlocks Grim & Withered Hags (2023) reconnaîtront dans “Mortercheyn” un clin d’œil direct à “The Nuckelavee”. “Mortercheyn” est le terme écossais qui désigne la maladie que la créature maléfique propage dans les cultures et les cheptels. Une métaphore directe pour imager le délitement actuel du monde.

McBain le décrit lui-même comme “un morceau crust, trempé dans une atmosphère sinistre à mi‑chemin entre le black metal de Watain et l’agression brute de groupes comme Martyrdöd ou Skitsystem, avec des clins d’œil évidents à Whiplash et Agent Steel dans le travail de guitare, et des ambiances inconfortables inspirées par Aphex Twin et Venetian Snares.“. C’est l’un des titres les plus marquants du disque. Il illustre parfaitement ce que Coronach accomplit : transformer une mythologie locale en œuvre qui se construit album après album, avec la patience d’un vrai auteur.

Un final épique, la Claymore levée

Le morceau éponyme referme l’ensemble sur près de neuf minutes. On y entend clairement l’architecture des grandes fresques à la Metallica, des solos qui lorgnent du côté d’Iron Maiden et un essai de chant clair que Robb Flynn pourrait revendiquer sans rougir. C’est la pièce maîtresse d’un disque qui en compte plusieurs, et elle résume bien où en est McBain aujourd’hui : un compositeur qui n’a plus besoin de prouver quoi que ce soit et qui, précisément pour cette raison, se permet de tout prouver.

Coronach est l’album charnière que la discographie de Hellripper réclamait. Assez immédiat pour retourner un club en tournée, assez riche pour faire mentir tous ceux qui persistent à prendre le blackened thrash pour une musique de décérébrés alcoolisés. Ici, la Chèvre trône tout en haut de la chaîne alimentaire. ALL HAIL THE GOAT!

Informations

Label : Century Media Records
Date de sortie : 27/03/2026
Site web : www.hellripper.com

Notre sélection

  • Hunderprest
  • Coronach
  • Mortercheyn

Note RUL

 4,5/5

Ecouter l’album

Ecrire un commentaire