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Ghost – Impera

Cardinal Copia laisse sa place à Papa Emeritus IV pour un nouvel album. Là où Prequelle (2018) avait abandonné la timeline des Papes satanistes en introduisant le Cardinal Copia, la boucle est bouclée avec Impera qui voit l’accession à la papauté du Cardinal, renommé pour l’occasion (et de part ses nouvelles responsabilités) Papa Emeritus IV.

Fallait-il y voir un retour aux sources et au metal/doom sombre de Opus Eponymous (2010) ? Ou alors la continuité du rock teinté de metal grandiloquent et clinquant de Meliora (2015) ? A moins que ce ne soit la suite du chemin putrescent entamée avec Prequelle et son rock 80’s, rythmé par des textes inspirés par les grandes épidémies ?

Passons du Moyen-Age obscur à la décadence victorienne

Faisons place à “Imperium” pour débuter ce nouveau voyage cette fois-ci, à une époque plus proche de la nôtre. Ici, on est passé du Moyen-Age à l’ère victorienne de l’industrialisation intensive et d’un puritanisme de façade. On note d’ailleurs la superbe pochette du disque faisant penser aux machines infernales de cette époque et dont on retrouve des croquis dans les livres d’histoire.

Déclins des empires, transhumanisme et eugénisme, éveil des nations et des consciences, mais aussi Années Folles (superbement illustré par le morceau “Twenties”, peignant avec brio cette période façon Metropolis de Fritz Lang) et perversion morale. On passe du pinacle incandescent au quatrième sous-sol pré conflit mondial. Ghost nous prend par la main et nous entraîne dans un monde décadent. Laissons nous guider par l’infernal Papa Emeritus IV.

Plus dure sera la chute

Morceau instrumental dans la veine de ceux déjà précédemment proposés par le groupe, “Imperium” est d’une grande richesse et nous met de suite dans l’ambiance : sombre, travaillée et grandiloquente. Comme une espèce de marche martiale (on peut aussi lorgner du côté de The Black Parade), “Kaisarion” enchaîne immédiatement et là : première claque.

Tobias Forge a bien digéré ses influences glam/hard rock/rock FM des années 80. Le Suédois ne s’est jamais caché de son attrait pour ce style, puisqu’il a lui même fait partie d’une formation de hair/glam metal dans sa jeunesse.

“Kaisarion” régurgite justement tout cela à la sauce Ghost. Porté par un cri primal, le titre s’ouvre comme un morceau d’Iron Maiden ou Metallica. Tout en guitare speed et batterie presque pop punk, rythmé par la voix de Papa Emeritus IV (qui d’ailleurs n’a jamais été si belle), on est embarqué dans un rollercoaster d’un peu plus de cinq minutes. Un excellent morceau nous ouvrant l’appétit pour la suite.

Pop suédoise

Ghost a toujours brillé par son écriture imparable (n’oublions pas que les Suédois sont parmi les meilleurs auteurs compositeurs et ont un sens inné de la musique pop, référons nous à ABBA pour l’illustration), mais n’en a pas oublié le reste : un développement musical dense, parfois au sein du même morceau. “Call Me Little Sunshine” le démontre : crépusculaire mais étrangement addictif, empruntant au rock sombre de Black Sabbath et renouant avec les plaisirs coupables de Tobias Forge, et son doom le plus obscur. Cet effet de répulsion/attirance est le cœur même du personnage de Papa Emeritus IV et l’album en souligne le contraste. Une petite confiserie pop qui nous fait avaler d’autant plus facilement et inconsciemment les textes les plus sombres.

Rallongeant jusqu’à la lie les ponts (“Griftwood”, “Call Me Little Sunshine”), Tobias Forge étire au maximum les ambiances. Rares sont les morceaux faisant moins de quatre minutes sur Impera, et pourtant chacun d’eux est ouvragé, travaillé comme le rouage d’une machine infernale, si bien illustré encore une fois par la pochette de l’album et ses multiples facettes. Chaque écoute nous permet de déceler quelques arpèges, quelques notes de clavecin rehaussant un texte, des chœurs sombres. Un ensemble d’une densité et d’une richesse rare, même si on aurait pu retirer l’instrumental “Bite Of Passage”, pas forcément nécessaire dans le déroulé du disque. Mais c’est là un petit bémol vite oublié tant la complexité et, paradoxalement, l’immédiateté de Impera, sont si présentes.

Impérial

Les textes sont emprunts de romantisme gothique (Chateaubriand n’est pas là, et c’est à se demander si ses romans ne font pas partie des livres de chevet de Forge), de vénérations de Satan et d’appels à rejoindre le côté obscur des enfers. Le tout est porté par des titres formidablement bien écrits. “Spillways” et son piano faisant penser à Toto est un tube en puissance; “Hunters Moon” a une vraie personnalité, quelque peu en décalage avec le reste de ce Impera. Et que dire de “Darkness At The Heart Of My Love”, sirupeux et rappelant les meilleures heures des slows des années 80 par des groupes comme Scorpions ou Guns N’ Roses.

“Respite On The Spitafields” est un peu le “Life Eternal” de Prequelle. Malgré ses paroles convenues, il clôt en beauté l’album sur une note plus positive et optimiste, enrobé de chœurs crépusculaire et d’une guitare électrique lancinante.

Nothing Ever Last Forever

Impera est moins commercial que Prequelle. Les morceaux sont moins immédiats mais ont une fraîcheur pop addictive. Ghost parle ici aux puristes des années 80 mais aussi aux néophytes emo, les rassemblant tous dans une grande messe satanique. Il n’en oublie pas son sens du grand guignol, chaque morceau émulant des images et des sensations que l’on a hâte de voir illustrées par la scène.

Impera reprend les grands courants rock fondateurs de l’éducation musicale de Tobias Forge, en y ajoutant sa touche pop décalée et cinématographique. Le courant lancé par Meliora trouve ici sa suite logique après Prequelle et son ambiance crépusculaire.

Le sexe, la décadence, le grand spectacle et le satanisme. Un cycle s’achève, un autre commence. La ballade se termine en douceur et on a envie que d’une chose : qu’elle recommence. Attrapez la main qui vous est tendue et plongez dans l’univers de Ghost, vous n’en ressortirez que convaincu.

Informations

Label : Universal Music / Virgin Records
Date de sortie : 11/03/2022
Site web : ghost-official.com

Notre sélection

  • Watcher In The Sky
  • Spillways
  • Respite On The Spitafields

Note RUL

 4,5/5

1 Commentaire

  1. Moins ‘commercial’?! On croit entendre du Rush, du Def Leppard voire du Bon Jovi par moments. Un album résoluement taillé pour la radio, totalement à l’opposé du doom metal mystique des 3 premiers albums. Plus le même groupe depuis 2016, ceci expliquant cela.

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Laura Navarre
J'ai annoncé à mes parents à 16 ans que mon objectif professionnel était de produire la prochaine tournée de U2. Depuis de l'eau a coulé sous les ponts (et U2 fait de la musique relativement passable). Passionnée de musique depuis son plus jeune âge, je me suis écartée du chemin musical parental (Queen & la chanson française), pour rejoindre celui autrement plus sympathique du ROCK.