Chroniques

FEVER 333 – STRENGTH IN NUMB333RS

Est-ce que vous sentez la fièvre venir ? La musique a toujours eu un rôle contestataire. Selon l’époque, la contestation venait d’un style plutôt qu’un autre. Seulement voilà, depuis une décennie, le rock a perdu sa verve engagée. Il y a bien eu des éclats de ci et là mais aucun véritablement capable de faire des différences. Alors quand Jason Butler (ex-Letlive), Stephen Harrison (ex-The Chariot) et Aric Importa (Night Verses) lancent FEVER 333 en 2017, le concept du groupe semble incorporer une dimension politique et sociale importante. Dans une époque secouée par les meurtres de personnes de couleur en pleine rue par la police américaine ou par la folie de Donald Trump, nul doute que le climat donne des choses à dire et que le rap US n’a pas le monopole quand il s’agit de faire passer des messages.

Ce n’est donc pas un simple album que nous sommes amenés à écouter, mais bien tout un concept basé sur la reprise du pouvoir par le peuple. Tout dans cet ensemble nous mène à ça, les samples utilisés, les nombreux passages parlés, les textes de Butler ainsi que l’atmosphère tendue tout au long du disque. Si l’on s’arrêtait à ces paramètres, on pourrait croire que nous avons dans les mains les dignes héritiers de Rage Against The Machine. Et la filiation est quelque part évidente. Originaire de Californie comme ses aïeuls, FEVER 333 mélange la fureur d’un rock teinté de punk avec des éléments du musique bien plus urbaine avec de nombreux passages empruntés à la trap ou au cloud rap. Une version actualisée du groupe de Zach De La Rocha. Sur le papier seulement.

Car c’est là où le bat blesse. Il y a le fond et la forme. Sur la forme, tout a été parfaitement pensé pour que le concept soit fédérateur au possible et donne une impression de profondeur ancrée dans les rues socialement exclues du Sud des Etats-Unis. Mais dans le fond, il n’y a malheureusement pas grand chose qui accroche l’auditeur. Les chansons suivent souvent le même schéma basique et n’apportent jamais vraiment quelque chose de novateur. Efficace certes, comme le sont des titres comme “PREY FOR ME/3” ou la deuxième partie de “INGLEWOOD/3” mais tout sonne bien trop tiède. La fureur véhiculée par les vocalises de Butler étaient bien plus sincères sur les deux derniers albums de Letlive bien moins vindicatifs pour autant. Les chansons les plus agressives sont toujours adoucies par un refrain pop sans véritable idée nouvelle. Le problème n’est pas d’associer le mélodique avec la colère (Architects, dans un autre registre, a magnifié le refrain mélodieusement furieux sur “Lost Forever//Lost Together” (2014) notamment), mais plus le sentiment aigre que tout dans cet essai a été pensé pour plaire au plus de monde possible. Ce qui est légèrement problématique quand une chanson aussi insupportable que “ONE OF US” proclame fièrement que la majorité en puissance est une majorité que l’on ne souhaite pas écouter parce qu’elle ne rentre pas dans les cordes.

Au final, cet effort de FEVER 333 est une déception. Les premiers EP lancés par le trio ne révolutionnaient ni la musique, ni l’art de la contestation mais il y avait une fraicheur et une spontanéité qui se traduisait parfaitement par les prestations live incendiaires de la formation. Et nul doute que ce sera toujours un plaisir de voir Butler devenir fou sur scène. Seulement, toute la mise en scène qui en imposait vraiment lors du dernier passage au Zénith De Paris en première partie de Bring Me The Horizon sonne désormais faux. Au même titre que ce “STRENGTH IN NUMB333RS”, tout semble parfaitement orchestré pour donner l’air que ce groupe est dangereux et imprévisible. Il était pourtant possible de faire avancer les choses sans ajouter autant de maquillage autour d’un projet au final pas si original.

Informations

Label : Roadrunner Records
Date de sortie : 18/01/2019
Site web : fever333.com/?frontpage=true

Notre sélection

  • PREY FOR ME/3
  • INGLEWOOD/3
  • AM I HERE?

Note RUL

2.5/5

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Nathan Le Solliec
LE MONDE OU RIEN