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Dust Lovers – Green Screens

Groupe nantais actif depuis 2012, Dust Lovers a traversé plusieurs mues successives. Du stoner sableux des débuts sous le nom Texas Chainsaw Dust Lovers jusqu’aux ambiances rugueuses et cinématographiques de Film Noir et Fangs, le groupe a toujours eu le goût des décors construits, des atmosphères chargées, d’une certaine théâtralité. Green Screens marque un nouveau changement de pellicule. Les synthés occupent désormais le premier plan, le cadre s’est resserré, la lumière est plus froide. Le titre dit quelque chose d’essentiel sur la démarche du disque, ces fonds verts du cinéma sur lesquels n’importe quelle réalité peut être projetée, remplacée, falsifiée. Mais, que l’on se rassure, derrière cette esthétique froide et contrôlée, le groupe ne renonce ni à l’abrasion ni à l’impact physique.

Mécanique de précision

Le morceau éponyme ouvre le film sans ménagement. Des synthétiseurs bagarreurs et saturés s’entrechoquent sur une rythmique à la pulsation presque techno/rave, et la froideur digitale de l’ensemble installe immédiatement un climat à part. Nine Inch Nails n’est pas loin, et la conclusion du morceau le confirme. Ce “an image of an image of an image of an image…” qui boucle sur lui-même comme un signal qui se dévore sonne comme un écho conscient à “Copy Of A”, cette mise en abyme verbale que Trent Reznor utilisait pour dire l’effacement du réel sous les couches de reproduction.

La suite du disque ne relâche pas la pression. “Trouble” frappe avec l’économie de moyens d’un groupe qui sait exactement ce qu’il veut, un refrain qui accroche, une énergie taillée pour le live. “Gold Medals” pousse le curseur vers quelque chose de plus agressif et de plus ironique, rythmique effrénée et claviers glaçants au service d’une parodie de masculinisme testostéroné que Clément Collot habite avec un sarcastisme parfaitement dosé. “YES Life” joue la comédie de l’euphorie artificielle, souriante en surface et profondément perturbante en dessous. “My Body Be Cold” ramène une densité plus organique qui rappelle certains moments de Fangs, tandis que “No Sleep Till I Die” réconcilie les deux visages du groupe dans une nervosité instable qui colle parfaitement à son sujet.

Derrière tout ça, Nagui Mehany cadre les riffs avec la précision de quelqu’un qui sait que trop en faire tuerait le plan, Antoine Gérémia sculpte les synthés et les samples avec un sens aigu de la texture, et Mattis Durand comme Hugo Pollon tiennent une mise en scène rythmique qui ne vacille jamais.

Écrans froids, anxiété chaude

Green Screens ne cherche pas le happy end. Le groupe pose son constat sans détour : les corporations ont gagné, la résistance s’est faite difficile, et cet album en est la traduction sonore la plus directe qu’ils aient jamais livrée. Ce cadre politique pourrait écraser la musique, la réduire à un manifeste. Il n’en fait rien. Il l’informe plutôt, sourdement, comme un sous-texte qui colore chaque scène sans jamais chercher à en prendre le contrôle. Ce qui en résulte est dense, tendu, parfois franchement inconfortable, et c’est précisément dans cet inconfort que le disque trouve sa raison d’être. Dust Lovers a toujours su que le fond vert ne vaut que par ce qu’on choisit d’y projeter. Sur Green Screens, le groupe y projette l’époque telle qu’elle est, sans filtre flatteur ni distance ironique de façade, et le résultat est un disque courageux dans ses choix, cohérent dans son exécution.

Informations

Label : Le Cèpe Records
Date de sortie : 24/04/2026
Site web : texaschainsawdustlovers.bandcamp.com

Notre sélection

  • Gold Medals
  • Trouble
  • No Sleep Till I Die

Note RUL

 4/5

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