Avec Nightmare Tripping, le groupe britannique signe un disque dense, excessif et introspectif, où toutes ses époques musicales cohabitent sans filtre. Plus sombre que Amazing Things, plus conscient de lui‑même que Technology, l’album transforme le chaos en langage et l’instabilité en identité. Une expérience totale, parfois étouffante, qui marque un point d’impact dans la trajectoire d’un groupe enfin arrivé à maturité.
Toutes les époques de Don Broco enfin réunies
Don Broco a longtemps avancé par strates successives. Priorities posait les bases d’un rock accrocheur, Automatic affinait la mécanique avec une production plus lisse et une efficacité pop, avant que Technology ne fasse exploser le cadre à coups de riffs hypertrophiés et de groove nu metal. Amazing Things avait déjà amorcé une synthèse survitaminée. Avec Nightmare Tripping, le groupe ne choisit plus entre ces périodes : il les empile, les entremêle et les revendique toutes à la fois.
Dès “Cellophane”, le disque annonce la couleur. L’attaque est agressive mais contrebalancée par ce sens du hook et cette sensibilité pop que Don Broco maîtrise depuis ses débuts. Le morceau fonctionne comme un portail d’entrée pour le reste de l’album, tout en y installant l’ambiance électrique. “Disappear” élargit ensuite le spectre, “Somersaults” enchaîne les ruptures soudaines avec une instrumentation en couches et un chaos contrôlé.
Le morceau‑titre, “Nightmare Tripping” cristallise cette approche chaotique et pop. Le feat avec Nickelback aurait pu relever du gimmick; il devient cependant un levier d’ampleur supplémentaire. L’arrivée de Chad Kroeger apporte une dimension rock de stade assumée.
De critique du monde à introspection brute
Là où Amazing Things observait la société, Nightmare Tripping se replie sur l’individu. Il n’est plus question de pointer du doigt mais de reconnaître ses failles. Cette introspection se ressent directement dans la musique, plus dense, plus abrasive, parfois étouffante. Les quatre premiers morceaux forment un véritable bombardement sensoriel, convoquant autant les racines nu metal du groupe que des textures électro ou industrielles.
Ce trop‑plein appelle un moment de respiration, que “Ghost In The Night” incarne parfaitement. Plus aérien, plus calme, le morceau rappelle les envolées émotionnelles de “One True Prince”. La pression retombe quelques instants.
Mais le calme est de courte durée. “True Believers”, avec Sam Carter, surgit comme un manifeste anarchiste. Massif et taillé pour les foules, le morceau semble directement hérité de l’expérience orchestrale du Royal Albert Hall. “Euphoria” pousse encore plus loin l’hybridation, assumant une techno pop accrocheuse traversée par une tension sourde (comme tout le reste de l’album finalement). Don Broco est constamment sur le fil.
L’excès comme point de rupture
“Pacify Me” est le morceau le plus déroutant du disque : textures industrielles, structures bancales, voix caressantes et hystériques. C’est un titre constamment au bord de la rupture, comme une matérialisation sonore de l’anxiété actuelle et ressentie par le groupe. “Swimming Pools”, plus pop en apparence, joue sur un contraste similaire.
“Hype Man” agit comme un pivot final, avec ses sections plus accessibles, mêlant chant clair et passages plus lourds. Puis “The Corner” clôt l’ensemble dans une relative retenue. Le morceau prend son temps, laissant la voix porter l’émotion, comme un dernier souffle après la tempête.
À force d’accumuler riffs nu metal, influences rétro, expérimentations et changements de ton, Don Broco frôle parfois la saturation, et pourra probablement provoquer un rejet chez les moins connaisseurs du groupe. Certains titres auraient gagné en impact avec davantage de retenue. Mais reprocher cela au groupe serait nier ce qui fait son identité. Nightmare Tripping est volontairement excessif, volontairement instable. Après des années d’évolution permanente, Don Broco ne cherche plus à se contenir ou à se cacher derrière une façade pop. Il accepte ses contradictions et en fait un langage bruyant mais grisant.
Informations
Label : Fearless Records
Date de sortie : 27/03/2026
Site web : www.donbrocomerch.com
Notre sélection
- Nightmare Tripping (Feat. Nickelback)
- True Believers (Feat. Sam Carter)
- Hype Man
Note RUL
4/5







