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DIIV – Deceiver

Le moins qu’on puisse dire au sujet de DIIV, c’est que son parcours, depuis bientôt une décennie, est particulièrement chaotique. Déboires judiciaires, départs de membres, addictions et cures de désintoxication ont rythmé les actualités du groupe depuis le chef-d’œuvre qu’est “Oshin” (2012). Après le succès de “Is The Is Are” (2016) et ses nombreuses tournées, les Américains ont cependant ralenti la cadence. Trois ans ont passé, peu de nouveautés ont filtré et l’attente d’un hypothétique album s’est longuement installée jusqu’à cet été.

En réalité, il était clair que quelque chose se préparait dès 2018. Une bonne partie des dix morceaux de “Deceiver” se sont développés à l’épreuve de la scène à l’occasion d’une tournée avec Deafheaven. Mais c’est en studio que tout a été finalisé pour un rendu sonore massif et tout neuf pour DIIV, une fois passé sous le contrôle expert de Sonny Diperri, producteur déjà remarqué aux côtés de petits groupes mignons comme My Bloody Valentine, Nine Inch Nails, ou encore Emma Ruth Rundle. Le résultat est radical. Tous les fans ont ressenti le pouvoir magique de “Oshin” et “Is The Is Are”, où les multiples couches de son vaporeuses, enveloppantes et lointaines envoyaient l’auditeur très haut au-dessus des nuages. Pour “Deceiver”, Zachary Cole Smith et ses acolytes ont décidé de ne plus défier autant la loi de la gravité.

En (a)pesanteur

“Horsehead” impose le ton d’emblée, avec son rythme pesant sur lequel se superposent des guitares alternativement paresseuses et lancinantes. Pour du DIIV, il est surprenant d’entendre les parties instrumentales et les voix se détacher aussi nettement les unes par rapport aux autres, avec un travail aussi précis sur les textures des instruments. “Deceiver” est probablement l’album qui exploite le plus le côté “shoegaze propre” de la formation. Le son se fait puissant et abrasif par moments. A l’inverse, on retrouve des passages plus aériens et portés sur la mélodie. La longue et étourdissante montée en puissance de “Acheron” en final forme la parfaite synthèse de ces différentes ambiances.

Pour “Oshin”, Smith voulait que la voix se fonde dans le mur sonore. Ici, détachée de l’instrumentation, elle exprime beaucoup d’émotions, comme sur le morceau le plus lumineux de l’ensemble, “For The Guilty”. Les parties vocales sont d’une grande pureté, dans la lignée d’Elliott Smith. Elles viennent bien souvent lisser avec douceur les tensions du disque. L’un des plus beaux titres de DIIV à ce jour, “Like Before You Were Born”, révèle notamment un Zachary Smith comme on ne l’a jamais entendu.

La thérapie par la musique

A l’image de son chant davantage mis en avant, le frontman se montre ouvert, presque vulnérable. Les paroles autour du pardon, de la compréhension de soi et de son rapport aux autres sont les thèmes majeurs du disque. Il évoque également le problème de la dépendance sur “Skin Game”, sujet nourri par une auto-réflexion salvatrice lors des ces dernières années. Thématiquement, humainement, mais aussi dans la composition, Smith s’est lancé dans des chemins qu’il avait jusque là peu emprunté en écrivant l’album en collaboration avec le bassiste Colin Caulfield. Et l’effort a été largement récompensé.

DIIV fait donc un grand pas en avant avec ce troisième album, assurément l’une des meilleures sorties de l’année. Tout en s’ouvrant de belles perspectives pour l’avenir, les Américains confirment leur statut de groupe emblématique du revival shoegaze/dream pop des années 2010.

Informations

Label : Captured Tracks / Differ-Ant
Date de sortie : 04/10/2019
Site web : diiv.net

Notre sélection

  • Like Before You Were Born
  • Horsehead
  • For The Guilty

Note RUL

 4,5/5

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Gabrielle de Saint Leger
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