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Corrosion Of Conformity – Good God / Baad Man

Depuis No Cross No Crown (2018), C.O.C. a perdu Reed Mullin, décédé en 2020, puis Mike Dean, qui quitte le navire en 2024. De la formation classique, il ne reste que Pepper Keenan et Woody Weatherman. Mettre la clé sous la porte aurait été compréhensible, mais ils ont fait l’inverse. Ils se retrouvent dans le “Riffissippi” de Pepper, et bingent Discharge, ZZ Top, Motörhead, Black Sabbath et Neil Young, comme deux mômes qui redécouvrent pourquoi ils ont commencé.

Pour reconstruire le collectif, ils rappellent le batteur Stanton Moore (déjà présent sur In The Arms Of God, en 2005) et recrutent Bobby “Rock” Landgraf, connu pour son passage comme guitariste chez Down et comme guitar tech pour Pantera. Ils composent sans filet jusqu’à ce que la matière déborde. Warren Riker (Down, Cathedral, Cynic, Fugees), pour la première fois aux manettes, baptise l’ensemble “Dark Side Of the Doom“.

Au fil des sessions, deux entités se dessinent, et donneront naissance à un généreux double album, à l’ancienne. Le premier, Good God, est abrasif et rentre dedans. Le second, Baad Man, revisite les racines southern du groupe, entre groove lancinant et jams enfumées.

Deux disques, une seule âme

Le premier, Good God, est abrasif et rentre dedans. “Good God? / Final Dawn” pose le décor, façon générique de série d’action des 90s. “You Or Me” s’impose avec un groove massif, avant un break psyché déconcertant et une véritable éruption finale. “Gimme Some Moore” régale en renouant avec leur mélange signature de punk hardcore et de sonorités stoner, épaulé par Al Jourgensen (Ministry) en guest.

Ce disque s’achève avec l’épique “Run For Your Life”. Un titre qui s’étire sur neuf minutes, comme une épopée à travers les contrées du fuzz, avec Black Sabbath et Led Zeppelin vissés sur la banquette arrière. Prochain arrêt ? Le sud des États-Unis, entre routes poussiéreuses et chicken wings fumantes.

Le titre éponyme “Baad Man” se charge de jouer les panneaux d’entrée. Le paysage sonore qui se dresse devant nous rappelle Grand Funk Railroad et ZZ Top, avec des refrains accrocheurs et une rythmique mouvante. Pas de doute, nous sommes bien arrivés en terres cajuns.

“Asleep On The Killing Floor” est un petit sommet de stoner psychédélique, et un cas d’école sur l’art de mixer agression frontale et riffs hypnotiques. Et surtout, quel groove ! Le jeu expressif et vivant de Stanton Moore, associé à la voix reconnaissable entre mille de Pepper, est un vrai régal.

On retiendra aussi le blues nonchalant de “Handcuff County”, ou encore les cowbells du très 70’s “Swallowing The Anchor”. C’est “Forever Amplified”, qui ferme le bal dans un registre stoner/gospel d’une intensité rare, accompagné par la voix de la chanteuse jazz-funk néo-orléanaise Anjelika “Jelly” Joseph, et une avalanche de guitares bien beurrées.

Pour rendre Reed fier

Au delà de la maestria évidente, le véritable liant est la production de Warren Riker. Le son respire, il est vivant et organique. Loin du metal moderne ultra calibré, on peut entendre le bois craquer, le groupe jouer dans la même pièce et sentir les lampes des amplis chauffer.

Stanton Moore n’imite pas Reed Mullin, il l’honore avec un jeu très swing et un drive très live. Bobby Landgraf, à la basse, s’intègre comme s’il avait toujours été là. Pepper le confesse sans détour : ces morceaux ont été écrits pour rendre Reed fier.

Est-ce un monument au sens de Blind ou Deliverance ? Probablement pas. Mais sortir une œuvre aussi libre, cohérente et vivante dans ce contexte dépasse la simple compétence. Pepper appelle ça “une drôle de lettre d’amour à tout ce qui est rock n’roll“. C’est exactement ça.

Informations

Label : Nuclear Blast
Date de sortie : 03/04/2026
Site web : coc.com

Notre sélection

  • Asleep On The Killing Floor
  • Run For Your Life
  • Forever Amplified

Note RUL

 4/5

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