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Coldplay – Everyday Life

Coldplay a toujours été un groupe tiraillé entre la création pure et la “normalisation” de sa musique. Il suffit de mettre en opposition “A Head Full Of Dreams” (2015), monstruosité mièvre et commercialement viable, et “Ghost Stories” (2014) qui s’il était loin d’être parfait, renouait avec les racines créatrice du groupe.

Pour “Everyday Life”, la tentation de la création a été la plus forte. Les métaphores artistiques, les rêveries et les songes mélancoliques sont au cœur de ce nouveau disque. Par contre, point de couleurs aussi tranchées que sur le précédent album. On s’est éloigné des pianos éclaboussés de couleurs, ds tapis indiens et des tournées mondiales. En effet, le quatuor a indiqué ne pas vouloir tourner dans les années à venir pour préserver la planète. Soit. Cela nous laissera plus de temps pour digérer la complexité de ce “Everyday Life”.

L’opposition entre ambition (ou grandiloquence ?) et raison (ou résignation ?)

L’ambition se manifeste dans ces deux parties, “Sunrise” / “Sunset”. A la différence des deux albums de Foals sortis cette année, les deux facettes de l’album de Coldplay sont cruellement complémentaires et liées, comme deux sœurs siamoises soudées l’une à l’autre.

Elle s’illustre sur le magnifique premier titre “Sunrise”. Un morceau instrumental de violon déchirant, sublime et mélancolique. Mais aussi sur les plaisirs fugaces et déroutants. “Cry Cry Cry” et son blues renversant est une petite perle. Le chant quasi grégorien de “When I Need A Friend” est incroyable, et que dire encore du dépouillement presque résigné de “WOTW/POTP” ?

Justement, cette résignation si présente dans cet ensemble. Coldplay s’essaie enfin à la politique, ou au moins à la constatation d’une certaine crise sociale. “Trouble In Town” traite des troubles et violences policiers. “Orphans” et l’histoire en filigrane d’une petite fille réfugiée syrienne, sous les bombes tombant à Damas. “Guns” et sa critique acerbe des armes à feu, et son allusion à peine voilée à Donald Trump.

Il reste de l’espoir

Malgré tout, Coldplay reste un groupe profondément optimiste et humain. Même si le monde est dans un état déplorable, les Britanniques continueront de chanter l’amour (“Church”, morceau élégiaque et à la structure très Coldplay-esque) ou l’espoir (“Everyday Life” qui nous rappelle que nous ne sommes que des êtres pétris d’erreurs et de sensibilité). Cette joie, ce dynamisme, est présent via l’orchestration sur “Arabesque”. Son sujet grave est contrebalancé par un groove imparable et des cuivres d’une chaleur étincelante. Stromae prête sa voix sur quelques lignes de ce morceau, une occasion de pouvoir profiter de sa verve mythique.

Pourtant, la deuxième partie du disque nous semble plus embryonnaire. Elle est moins aboutie. On navigue entre des compositions difficilement abordables (tout en restant relatif), à d’autres presque simplistes. Difficile dans ce cas de lier les deux parties/concepts de cet album. Finalement, ce ne sont pas deux siamoises que nous avons entre les mains, mais deux sœurs avec chacune sa personnalité, sa part de lumière et d’ombre.

Un album à l’image de la vie : plein de joie et de larmes, traversée par une dualité permanente. Quelque peu fourre-tout, parfois simple(t), “Everyday Life” démontre une vision plus globalisée de la musique de Coldplay. Les influences sont multiples. Les instruments de plus en plus nombreux. Reste que cette dualité peut rebuter le public le moins préparé.

Informations

Label : Warner Music
Date de sortie : 22/11/2019
Site web : www.coldplay.com

Notre sélection

  • Arabesque
  • Sunrise
  • Guns

Note RUL

 3,5/5

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