Chroniques

CocoRosie – Tales Of A Grass Widow

CocoRosie, c’est l’histoire de deux sœurs : Bianca “Coco” et Sierra “Rosie” Casady. Originaires des U.S., elles émigrent dans la capitale française pour lancer un premier album freak psyché nommé “La Maison De Mon Rêve” (2004), les sœurs Cassidy chantent, l’une d’elle joue autant de la harpe que de la guitare tandis que l’autre, se met à la flûte, aux percussions et à la beatbox. Leur second album “Noah’s Ark” (2005) sera acclamé par le public, mêlant savamment rap, folk psyché, via quelques guests. Leur musique évolue mais ne se ressemble pas aux fils des disques, conservant seulement cet univers rêveur et intimiste si particulier tel des “cousines de Björk”.  Et c’est trois ans après “Lemonade” que CocoRosie revient avec “Tales Of A Grass Widow”, un nouveau voyage enchanteur.

Telle, “La Strada” de Federico Fellini, conte avec une poésie et un onirisme fidèle à CocoRosie, la solitude d’une héroïne rendant visite aux fantômes de l’enfance entrecoupée de conversation imaginaire, entre un enfant abandonné et une vieille femme devenue paria, dans une atmosphère de paysages désolés. Dans un hip hop parsemé d’un synthé cotonneux et de la voix de Bianca, une sorte d’ange déchu sortie d’outre-tombe. “Tears For Animals” permet à Antony Hegarty de revenir prêter sa voix à la douceur éléctro des sœurs Cassidy, sous fond de parallélisme entre enfance et écologie, et de la place des femmes dans les pays défavorisés. Antony fera également son apparition dans le nébuleux “Poison” enchanteur, émotif et hypnotique, harmonisé par un arrangement de piano froid et se concluant par le bonus track “Devil’s Island”, un dubstep aux influences orientales. Les percussions africaines seront insufflées dans une électro psyché savamment bricolée, pour, une nouvelle fois, lancer un conte métaphorique sur l’innocence de l’enfance et les traumatismes qui en découlent dans le passage à l’âge adulte. Les flûtes et arrangement vocaux, quasi religieux, permettront un nouveau voyage dans un monde ancestral mystique à la fois amérindien et indien. Après l’ovni “Broken Chariot”, les sœurs Cassidy prouvent qu’elles manient les genres avec brio, passant à un hip hop ska “End Of Time” où la prose de Sierra sera en symbiose parfaite avec la voix lyrique de Bianca, ou encore l’hypnotisant folk électro “Gravediggress”. Plus loin “Far Away” ira tutoyer du doigt la coldwave expérimentale, pour y implanter encore une fois un univers dévasté aux touches subtiles d’espérance. Telle une comptine pour enfant écrite dans un monde peuplé de créatures étranges et de forêts cyclopéennes, “Roots Of My Hair” continue l’exploration capiteuse où chœurs et instruments se mélangent pour ne faire plus qu’un. Il faudra attendre “Villain” pour trouver un défaut à cet album, nettement moins recherché, lisse et tout simplement électro.

“Tales Of A Grass Widow” réussit à l’instar de ses prédécesseurs, à apporter encore une fois de la nouveauté dans l’univers de CocoRosie tant dans l’écriture des textes, que dans la construction des mélodies ou en encore dans l’utilisation des styles de musique. Le traitement du sujet de façon mélancolique et douce amène une atmosphère envoûtante où les claviers, les percussions et les instruments à cordes cloueront les écouteurs dans vos oreilles pour ne plus jamais en sortir. Un opus magistral et magnifique suivi d’une tournée qui affiche déjà complet dans plusieurs salles.

Informations

Label : City Slang
Date de sortie : 27/05/2013
Site web : cocorosiemusic.com

Notre sélection

  • End Of Time
  • After The Afterlife
  • Roots Of My Hair

Note RUL

4/5

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